En dépit des sanctions internationales renforcées et de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, les armateurs grecs continuent d’étendre leur influence, profitant d’une conjoncture économique favorable pour contourner les restrictions et rejeter toute régulation supplémentaire de leurs activités. Selon Le Monde, cette résistance s’inscrit dans un contexte où les prix du fret maritime restent élevés, offrant aux compagnies grecques des marges de manœuvre rares dans un secteur en pleine mutation.

Ce qu'il faut retenir

  • Les armateurs grecs, malgré les sanctions internationales, enregistrent une croissance de leurs bénéfices en 2026, avec une hausse des tarifs du fret estimée à 30 % sur un an.
  • Le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial, reste fermé depuis janvier 2025, perturbant les routes maritimes traditionnelles et créant des opportunités pour les transporteurs grecs.
  • Les compagnies grecques refusent catégoriquement tout encadrement supplémentaire de leurs activités, malgré les pressions des institutions européennes et internationales.
  • La transition verte impose des coûts supplémentaires, mais les armateurs grecs misent sur des navires moins chers à exploiter pour maintenir leur compétitivité.

Une croissance portée par la crise géopolitique

La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive aux tensions entre l’Iran et les pays du Golfe, a redirigé une partie du trafic maritime vers la route du Cap de Bonne-Espérance, plus longue mais évitant la zone à risque. Cette réorientation, analysée par Le Monde, a permis aux armateurs grecs de capter une partie des flux commerciaux en provenance d’Asie et à destination de l’Europe. Les compagnies comme Danaos Corporation ou Star Bulk Carriers ont ainsi vu leurs carnets de commandes se remplir, avec des contrats à long terme signés à des tarifs records.

Parallèlement, les sanctions contre la Russie, toujours en vigueur en juin 2026, ont maintenu les prix du gaz et du pétrole à des niveaux élevés, favorisant indirectement le transport maritime de ces énergies. Les armateurs grecs, historiquement spécialisés dans le transport de vrac et de conteneurs, en profitent pour diversifier leurs activités et renforcer leur domination sur des marchés clés.

Des profits en hausse, mais une transition énergétique sous tension

Avec des marges bénéficiaires atteignant 25 % dans certains segments, les armateurs grecs affichent une santé financière insolente. Pourtant, cette prospérité s’accompagne de défis majeurs. Les nouvelles réglementations européennes, comme l’extension du système de taxe carbone (ETS) aux navires à partir de 2024, imposent des coûts supplémentaires. Selon les estimations de l’Organisation maritime internationale (OMI), ces mesures pourraient réduire les bénéfices des compagnies de 5 à 10 % d’ici 2027.

Face à ces contraintes, les armateurs grecs privilégient des navires plus anciens, moins chers à l’achat et à l’exploitation, mais aussi plus polluants. Une stratégie risquée, tant les attentes en matière de décarbonation du secteur se renforcent. «

Nous ne pouvons pas nous permettre de remplacer toute notre flotte du jour au lendemain, a déclaré Efstratios-Georgios Koronakis, président de la Fédération hellénique des armateurs (UHSS). Les coûts seraient prohibitifs, et nos clients ne sont pas prêts à payer plus pour un fret « vert ». »

L’Europe et les États-Unis sous pression pour agir

Face à l’intransigeance des armateurs grecs, l’Union européenne examine la possibilité d’instaurer des sanctions ciblées contre les compagnies les plus récalcitrantes. Une mesure évoquée lors du dernier Conseil des ministres des Transports à Bruxelles, mais qui divise les États membres. Les pays comme la France et l’Allemagne, soucieux de respecter les engagements climatiques, poussent pour un durcissement des règles, tandis que la Grèce, dont l’économie dépend fortement du secteur maritime, freine des quatre fers.

Aux États-Unis, le département du Commerce a annoncé en mai 2026 l’extension des contrôles à l’exportation sur certains équipements maritimes, ciblant notamment les navires âgés de plus de 15 ans. Une décision qui pourrait toucher des dizaines de bateaux grecs, selon les analystes. « Cette mesure est un signal fort, a indiqué un haut fonctionnaire américain sous couvert d’anonymat. Mais son efficacité reste à prouver, car les armateurs grecs ont l’habitude de contourner les restrictions. »

Et maintenant ?

D’ici la fin 2026, la Commission européenne doit rendre publics les résultats de son audit sur l’impact des sanctions maritimes et des nouvelles réglementations environnementales. Un rapport qui pourrait servir de base à de nouvelles mesures contraignantes, notamment sur les navires les plus polluants. Côté grec, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis mise sur des négociations pour obtenir des dérogations, tout en accélérant le renouvellement partiel de sa flotte. Reste à voir si ces efforts suffiront à concilier croissance économique et transition écologique.

Pour les observateurs du secteur, une chose est sûre : tant que les prix du fret resteront élevés et que les routes alternatives continueront d’être exploitées, les armateurs grecs garderont une longueur d’avance. Mais à quel prix pour l’environnement et pour leur réputation internationale ?

Les acteurs majeurs incluent Danaos Corporation, Star Bulk Carriers, Euronav et Frontline, qui figurent parmi les plus grandes sociétés de transport maritime au monde. Ces entreprises exploitent des flottes de navires adaptées aux marchés du vrac et des conteneurs, bénéficiant directement des tensions géopolitiques actuelles.