Les valeurs technologiques asiatiques ont marqué une pause jeudi, sous la pression des incertitudes entourant l’intelligence artificielle et ses perspectives de rentabilité. À Tokyo et Séoul, les principaux indices boursiers ont reculé de manière significative, confirmant une prise de bénéfices après le rebond spectaculaire enregistré la semaine précédente. Selon Le Figaro, cette correction intervient alors que les investisseurs réévaluent les valorisations des géants de la tech, malgré les promesses affichées par l’IA.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Nikkei perd 1,95 % à Tokyo, tombant à 65 007 points, tandis que le Kospi de Séoul chute de 4,74 % à 6 285 points.
  • Cette correction fait suite à un rebond technique des actions liées à l’IA, mais les experts soulignent que les fondamentaux économiques restent flous.
  • Les cours du pétrole restent volatils, avec un baril de WTI à 75,85 dollars (+0,84 %) et un Brent à 80,14 dollars (+0,87 %).
  • L’or atteint un nouveau sommet à 4 286 dollars l’once (+0,9 %), porté par les tensions géopolitiques et les anticipations sur les taux américains.

Tokyo et Séoul plombés par les doutes sur l’IA

Les Bourses de Tokyo et Séoul ont ouvert en baisse jeudi matin, sous l’effet d’une nouvelle vague de prises de bénéfices sur les valeurs technologiques. À Tokyo, l’indice phare Nikkei a reculé de 1,95 % pour s’établir à 65 007 points, tandis que le Topix, indice élargi, perdait 0,45 % à 4 027 points. De son côté, l’indice Kospi de Séoul a chuté de 4,74 %, tombant à 6 285 points, un niveau qui reflète l’inquiétude des investisseurs face aux perspectives de rentabilité des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle.

Cette correction intervient après un rebond technique des actions liées à l’IA, qui avait suivi l’effondrement des cours observé en juillet. Selon Le Figaro, les analystes estiment que cette hausse récente s’essouffle, les investisseurs réévaluant les valorisations à la hausse après les pertes enregistrées. « La hausse des actions tech à Wall Street au cours de la semaine écoulée a été spectaculaire, donc un repli à ce stade serait tout à fait normal », a déclaré Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Les experts anticipent une période de stabilisation

Les analystes de Monex Securities estiment qu’une correction était prévisible après le rebond significatif des dernières semaines. « Le marché boursier devrait chercher à se stabiliser à court terme, tout en surveillant de près l’évolution des résultats d’entreprises », ont-ils souligné. Cette prudence s’explique par l’absence de réponse claire à plusieurs questions majeures : quel volume de capital sera finalement déployé dans l’IA ? Quel sera l’impact de la concurrence chinoise ? Quelles entreprises parviendront à capter les retombées économiques de cette technologie ?

Interrogé par Bloomberg, Rajeev de Mello, gérant chez Gama Asset Management, a prévenu que les interventions des fonds spéculatifs, bien qu’ayant contribué à relancer les titres, n’ont pas résolu les problèmes de fond. « Les marchés doivent encore déterminer quelles entreprises tireront profit de l’IA à long terme », a-t-il ajouté.

Le pétrole et l’or : des marchés sous tension

Alors que les Bourses asiatiques reculaient, les marchés des matières premières restaient volatils. Les cours du pétrole ont d’abord fléchi en début de journée avant de se redresser. Vers 02h00 GMT, le baril de WTI nord-américain progressait de 0,84 % à 75,85 dollars, tandis que le Brent, référence du marché mondial, gagnait 0,87 % à 80,14 dollars. Cette évolution s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient, où l’Iran a annoncé mercredi s’être accordé avec le Sultanat d’Oman sur un nouvel itinéraire de transit des navires dans le détroit d’Ormuz.

Cependant, toute réouverture de cette voie maritime, par laquelle transitait autrefois un cinquième du brut mondial, reste conditionnée à un accord entre Téhéran et Washington. Dans l’immédiat, l’incertitude persiste : un pétrolier a signalé avoir entendu des explosions alors qu’il transitait par le détroit, selon une agence maritime britannique. Michael Wan, analyste à la banque MUFG, a tempéré l’optimisme : « L’Iran a annoncé avoir conclu un accord avec Oman sur un itinéraire de navigation, une étape potentielle vers la réouverture d’Ormuz. Mais l’incertitude sur le chemin que prendront ces pourparlers reste entière. »

L’or atteint un nouveau sommet

Dans un mouvement inverse à celui du pétrole, le cours de l’or a continué de progresser, atteignant 4 286 dollars l’once (+0,9 %). Cette hausse s’explique par deux facteurs principaux. D’une part, la perspective d’un apaisement des tensions entre les États-Unis et l’Iran a rassuré les investisseurs. D’autre part, les chiffres de l’emploi privé américain, inférieurs aux attentes, ont réduit les probabilités d’un relèvement des taux par la Réserve fédérale en septembre.

Selon Kathleen Brooks, « depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les métaux précieux n’ont pas joué leur rôle de valeur refuge ». En effet, les investisseurs ont souvent cédé l’or pour se procurer des liquidités, ce qui a entraîné des fluctuations marquées. « Ils ont eu tendance à progresser lorsque la situation s’améliorait », a-t-elle rappelé. Par ailleurs, un statu quo monétaire de la Fed favoriserait l’or, dont la rémunération reste nulle, contrairement à d’autres actifs.

Le yen japonais reste stable malgré les interventions

La monnaie japonaise s’est stabilisée à 157,68 yens pour un dollar, quelques jours après une intervention conjointe de Tokyo et Washington sur le marché des changes visant à soutenir sa valeur. Cette mesure illustre les tensions persistantes autour des politiques monétaires des grandes puissances économiques et leurs répercussions sur les marchés asiatiques.

Et maintenant ?

Les prochains jours pourraient être marqués par une volatilité accrue, les investisseurs continuant à évaluer les perspectives de l’IA et l’impact des tensions géopolitiques sur les marchés. La publication des résultats trimestriels des grandes entreprises technologiques, ainsi que les annonces de la Fed sur sa politique monétaire, seront des indicateurs clés à surveiller. À moyen terme, la capacité des économies asiatiques à soutenir leur secteur technologique sans créer de bulles spéculatives restera un enjeu majeur.

Cette période de correction pourrait donc n’être qu’une phase temporaire avant une nouvelle orientation des marchés, selon l’évolution des données économiques et géopolitiques. Une question reste en suspens : les valorisations actuelles des entreprises technologiques sont-elles soutenables à long terme, ou faut-il s’attendre à de nouvelles corrections ?