Entre les collines de Latium et les plaines de Toscane s’étend la Maremme, une région où les paysages de pâturages et de maquis abritent une tradition équestre et pastorale vieille de plusieurs millénaires. Selon Euronews FR, la figure du buttero, gardien de troupeaux à cheval, incarne toujours cette culture rurale, malgré un déclin démographique et technique. À Canale Monterano, une association locale, Butteri di Canale Monterano, s’attache à transmettre ce patrimoine aux nouvelles générations, entre techniques ancestrales et innovations modernes.
Ce qu'il faut retenir
- Le buttero trouve ses origines dans les traditions étrusques, bien antérieures aux cow-boys américains, et reste un acteur clé de l’élevage bovin en Maremme.
- Les tâches du buttero incluaient autrefois le marquage au fer (merca), la gestion des enclos et le dressage des chevaux et des bœufs maremmane, des pratiques aujourd’hui partiellement abandonnées.
- L’association Butteri di Canale Monterano organise chaque année le Riarto, une fête traditionnelle qui célèbre la transhumance et les épreuves d’adresse comme la capture du veau à la lacciara.
- Les nouvelles générations, comme Marta Papa (27 ans) ou son frère Alessandro (21 ans), perpétuent ce métier par attachement familial, mais reconnaissent les défis économiques et techniques qui pèsent sur cette profession.
Un métier vieux de plus de 3 000 ans
Le terme buttero puise ses racines dans le grec ancien, où βουτόρος signifie « piqueur de bœufs ». Mais son histoire plonge bien plus loin encore, remontant à l’époque étrusque, vers le VIIIe siècle avant notre ère. Selon Euronews FR, cette pratique était alors au cœur de la vie rurale en Maremme, une région où plus de 70 % de la population vivait de l’agriculture et de l’élevage. Contrairement aux cow-boys, apparus bien plus tard en Amérique du Nord, le buttero est avant tout un gardien de troupeaux, dont le savoir-faire s’est transmis quasi intact à travers les siècles.
Rinaldo Camilletti, éleveur à Canale Monterano et propriétaire d’un domaine bovin et ovin, incarne cette transmission familiale. « J’avais des oncles, les cousins de ma mère. Pour entretenir le souvenir et garder la tradition vivante, nous ne l’avons jamais abandonnée, même modestement », explique-t-il. Avec son fils Cesare, il perpétue un métier où le cheval reste un outil indispensable, loin d’être un simple symbole nostalgique. « Ici, le cheval n’est pas un vestige du passé, mais un partenaire de travail essentiel », souligne-t-il.
Une journée type entre tradition et modernité
Autrefois, les journées du buttero débutaient avant l’aube. Ses missions ? Rassembler les vaches de race maremmane, les conduire dans des enclos de châtaignier appelés rimessini, et procéder au sevrage des veaux. Pour cela, il s’appuyait sur des chevaux dressés, capables d’évoluer sur un terrain vallonné et parfois accidenté, ainsi que sur des chiens de berger. Une fois les animaux regroupés, venait le moment du marquage au fer, ou merca : une cérémonie collective où chaque propriétaire apposait son emblème sur ses bêtes, permettant de les identifier à distance. « À l’époque, pas de puces électroniques ni de boucles auriculaires. La merca était une fête, un événement social où tout le village participait », raconte Camilletti.
Marta Papa, vétérinaire et jeune buttera de 27 ans, nuance cette vision romantique. Pour elle, le rôle du buttero a évolué : « Ce n’est pas une question de direction, mais d’accompagnement. Nos chevaux et nos vaches sont nés ici, ils connaissent le territoire mieux que nous. Mon travail consiste à les épauler ». Son frère Alessandro, âgé de 21 ans, a choisi la même voie, guidé par l’attachement à ses racines. « Vivre dans ce cadre me plaît énormément. Pour moi, c’est une vraie bouffée d’air », confie-t-il. Pourtant, tous deux reconnaissent que les méthodes ont changé. Les tracteurs et les engins agricoles ont remplacé une partie du travail à cheval, même si l’équitation de travail reste centrale pour les opérations délicates.
Le Riarto : quand la tradition revit une journée par an
Chaque mois de mai, l’association Butteri di Canale Monterano organise le Riarto, une fête qui célèbre l’héritage des butteri avant la transhumance printanière. Selon Euronews FR, cet événement reconstitue les échanges de marchandises et les compétitions d’adresse qui rythmaient autrefois la vie des gardiens de troupeaux. Parmi les épreuves phares figure la capture du veau, une réinterprétation moderne de la merca. Des équipes de trois cavaliers doivent attraper un veau à l’aide d’une lacciara, une corde souple, puis le marquer à la craie. Contrairement aux rodéos américains, cette technique exige une grande précision et une connaissance approfondie des animaux.
« Avant, la gestion et l’identification du bétail reposaient sur des savoirs empiriques, explique Marta Papa. Chaque buttero savait reconnaître ses animaux, leurs parcours et leurs habitudes. Aujourd’hui, des lois interdisent le marquage au fer, et les méthodes se sont standardisées ». Si le Riarto permet de maintenir vivante cette mémoire, il souligne aussi les défis auxquels fait face la profession. « Beaucoup de butteri n’exercent plus ce métier comme activité principale. C’est devenu une pratique marginale, en nombre comme dans son quotidien », constate-t-elle. Pour le bétail aussi, les changements sont sensibles : « Les petites attentions quotidiennes d’autrefois, comme les soins personnalisés, se sont perdues avec la mécanisation et la recherche d’efficacité ».
Dressage des chevaux et vie sur les pâturages : l’héritage oublié
Un autre aspect méconnu de la vie du buttero concerne le dressage des chevaux et des bœufs. Les équidés, souvent capturés à l’état sauvage dans les montagnes environnantes, devaient être domestiqués pour répondre aux besoins du travail. Camilletti évoque une technique spécifique, appelée « a mazzetto » : « Le filet utilisé permettait de tenir les rênes d’une seule main, laissant l’autre libre pour manipuler les animaux ou tenir une lance ». Une méthode exigeante, car ces chevaux, peu habitués à l’homme, avaient un caractère difficile.
Les bœufs maremmane, quant à eux, étaient dressés pour tirer d’immenses charrettes en bois. « Leur tempérament était tout aussi vif, mais leur force était indispensable », précise l’éleveur. Hors saison, les butteri vivaient dans des cabanes sommaires, construites avec des branches et de la végétation. Leur alimentation reposait sur des plats simples comme l’acquacotta, une soupe de légumes sauvages, tandis que les osteria servaient de lieux de sociabilité pendant les rares moments de repos. « C’était une vie rude, mais qui avait son charme », confie Camilletti.
Une chose est sûre : tant que des éleveurs comme Rinaldo Camilletti, Marta Papa ou son frère Alessandro continueront de seller leurs chevaux chaque matin, la Maremme gardera vivante l’âme des butteri.
Le buttero puise ses origines dans les traditions étrusques (vers le VIIIe siècle av. J.-C.) et reste avant tout un gardien de troupeaux, dont les méthodes de travail et le dressage des animaux se transmettent depuis plus de 3 000 ans. Contrairement au cow-boy, dont l’épopée remonte au XIXe siècle en Amérique du Nord, le buttero incarne une culture pastorale continue, étroitement liée à un territoire précis : la Maremme, entre Latium et Toscane.