Alors que l’Union européenne s’interroge sur la réglementation des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), dites « éternelles » en raison de leur persistance dans l’environnement, un paradoxe apparaît : les équipements présentés comme des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique – les climatiseurs et les pompes à chaleur – seraient en réalité leurs principaux émetteurs sur le continent. C’est ce que souligne l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique du Monde, soulignant ainsi les tensions entre transition énergétique et préservation de la santé publique.
Ce qu'il faut retenir
- Les climatiseurs et pompes à chaleur sont identifiés comme les principales sources d’émissions de PFAS en Europe, selon une analyse citée par l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans Le Monde.
- Ces équipements, promus pour décarboner les bâtiments, libèrent des PFAS lors de leur fabrication, installation ou fonctionnement.
- Les PFAS, substances chimiques indestructibles, s’accumulent dans l’environnement et sont associées à des risques sanitaires majeurs.
- L’Union européenne examine actuellement un projet de restriction de ces substances, ce qui pourrait impacter directement ces technologies.
- Jean-Baptiste Fressoz rappelle dans sa chronique que cette situation illustre les contradictions des politiques environnementales contemporaines.
Les PFAS, ces polluants « éternels » au cœur du débat européen
Les PFAS, ou « forever chemicals », sont des composés chimiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. Leur particularité tient à leur quasi-indestructibilité : elles ne se dégradent pas dans la nature, d’où leur surnom. En Europe, leur utilisation est désormais sous surveillance accrue, notamment en raison de leur toxicité avérée pour la santé humaine et les écosystèmes. Plusieurs États membres, dont la Suède et l’Allemagne, ont poussé pour un encadrement strict, voire une interdiction partielle de ces substances. La Commission européenne travaille actuellement sur un projet de restriction qui pourrait entrer en vigueur d’ici 2027, selon des discussions en cours au sein des institutions bruxelloises.
Climatiseurs et pompes à chaleur : des solutions vertes… mais polluantes ?
Dans sa chronique publiée dans Le Monde, Jean-Baptiste Fressoz met en lumière un paradoxe frappant. Les équipements censés aider à réduire l’empreinte carbone des bâtiments – comme les climatiseurs réversibles ou les pompes à chaleur – seraient en réalité parmi les principaux émetteurs de PFAS en Europe. Ces substances sont en effet présentes dans les fluides frigorigènes utilisés par ces machines, mais aussi dans certains composants électroniques ou isolants. Leur libération intervient lors de la fabrication, de l’installation ou même de l’entretien de ces dispositifs. « On assiste à une ironie de l’histoire, où les technologies vertes deviennent des vecteurs de pollution durable », explique l’historien.
Cette situation pose un défi de taille pour les politiques publiques. D’un côté, l’Union européenne mise sur l’électrification des systèmes de chauffage et de climatisation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. De l’autre, l’utilisation massive de ces équipements pourrait aggraver la contamination par les PFAS, créant un cercle vicieux difficile à briser. Les experts soulignent que cette contradiction n’est pas anecdotique : elle touche directement les objectifs climatiques du Vieux Continent.
Un projet de restriction qui fait débat
La Commission européenne a proposé en 2023 un projet de restriction des PFAS, visant à réduire leur utilisation dans de nombreux secteurs, y compris celui des équipements thermiques. Ce texte, actuellement en discussion au Parlement européen et au Conseil de l’UE, prévoit une interdiction progressive de ces substances d’ici 2030, avec des dérogations pour certains usages industriels critiques. Les climatiseurs et pompes à chaleur seraient directement concernés, sauf si des alternatives sans PFAS sont développées d’ici là. Les industriels du secteur, réunis au sein de l’European Heat Pump Association (EHPA), ont déjà alerté sur les risques de pénurie et de hausse des coûts que pourrait entraîner une telle mesure.
Pourtant, les défenseurs de l’environnement estiment que cette restriction est indispensable. « Il est urgent de sortir de la dépendance aux PFAS, même si cela implique de repenser certains pans de notre transition énergétique », a déclaré un représentant de l’ONG ChemTrust à Le Monde. Le débat oppose ainsi deux impératifs : la lutte contre le changement climatique et la protection de la santé publique, deux enjeux qui devraient pourtant aller de pair.
Cette situation interroge plus largement sur la durabilité des solutions technologiques mises en avant pour répondre à la crise climatique. Faut-il privilégier des technologies immédiatement disponibles, même si elles comportent des risques sanitaires, ou investir massivement dans des alternatives encore en développement ? La réponse déterminera en grande partie l’efficacité – et la crédibilité – des politiques environnementales européennes dans les années à venir.
Les PFAS sont associées à plusieurs risques pour la santé, notamment des cancers (rein, testicules), des troubles de la thyroïde, une immunodépression, et des problèmes de fertilité. Leur accumulation dans l’organisme, même à faible dose, est considérée comme préoccupante par les autorités sanitaires européennes.