Avec 4,9 millions de barils de pétrole transitant chaque jour entre janvier et juin 2025, les détroits danois du Grand Belt et de l’Öresund figurent désormais parmi les routes maritimes les plus empruntées au monde. Une performance qui vaut à ces voies d’eau, situées à l’entrée de la mer Baltique, les surnoms de « détroit d’Ormuz nordique » ou de « nouveau canal de Suez », selon Courrier International, qui s’appuie sur des données compilées début avril 2026 par DR, la radiotélévision publique danoise.

Ces chiffres, issus des dernières statistiques disponibles de l’Agence d’information sur l’énergie du ministère américain de l’Énergie, placent les détroits danois en quatrième position mondiale en volume de pétrole transporté. Ils représentent à eux seuls 4,7 % de la consommation mondiale de cette ressource, devançant ainsi des axes stratégiques comme le cap de Bonne-Espérance. Seuls les détroits de Malacca et d’Ormuz (avant les récentes tensions militaires) conservent une fréquentation supérieure.

Ce qu'il faut retenir

  • 4,9 millions de barils par jour ont transité par les détroits danois au premier semestre 2025, selon DR.
  • Ces voies représentent 4,7 % de la consommation mondiale de pétrole, d’après l’Agence d’information sur l’énergie américaine.
  • Les détroits du Grand Belt et de l’Öresund sont désormais la quatrième route maritime la plus fréquentée pour le transport de cette ressource.
  • Cette hausse s’explique par le contournement des sanctions de l’Union européenne contre le pétrole russe, exporté vers l’Asie.
  • Seuls le détroit de Malacca et le détroit d’Ormuz (avant les conflits récents) surpassent ce trafic.

Un trafic en hausse depuis l’invasion de l’Ukraine

Le boom enregistré ces dernières années s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par les sanctions européennes imposées à la Russie après son invasion de l’Ukraine en 2022. Les exportations russes de pétrole, autrefois principalement destinées à l’Europe, se sont réorientées vers des marchés asiatiques comme la Chine et l’Inde, explique un expert cité par Courrier International.

Cette diversification des flux a transformé les détroits danois en une plaque tournante incontournable. « Les sanctions de l’Union européenne à l’égard du pétrole russe ont contraint la Russie à l’exporter vers de nouveaux acheteurs par voie maritime, en particulier la Chine et l’Inde », rappelle-t-il. Un « cocktail dangereux », selon certains analystes, en raison des risques environnementaux et géopolitiques associés à ce trafic accru.

Des infrastructures sous pression et des enjeux écologiques

Le pont d’Öresund, reliant la Suède au Danemark, voit ainsi passer sous sa travée centrale un nombre croissant de tankers. Les médias locaux évoquent un « cocktail dangereux », tant pour la sécurité maritime que pour l’environnement. Les détroits, déjà fréquentés par des navires de commerce classiques, doivent désormais absorber un trafic pétrolier bien supérieur à leur capacité initiale.

Côté danois, les autorités multiplient les mesures de surveillance, mais le défi reste de taille. « On parle d’un trafic qui a été multiplié par deux en trois ans », indique un responsable maritime sous couvert d’anonymat. Les risques d’accidents, comme des collisions ou des marées noires, deviennent une préoccupation majeure pour les riverains et les ONG environnementales.

Un rôle économique ambigu pour le Danemark

Pour le Danemark, ce trafic représente une manne financière non négligeable. Les droits de passage perçus sur les navires empruntant les détroits – notamment le Grand Belt, où un péage est obligatoire – contribuent à renflouer les caisses de l’État. En 2025, ces recettes ont atteint un niveau historique, selon les estimations du ministère des Transports danois.

Pourtant, la question de l’impact environnemental pèse de plus en plus dans le débat public. « Le Danemark se trouve dans une position inconfortable : entre le gain économique immédiat et les coûts à long terme pour l’écosystème de la Baltique », souligne un chercheur en géopolitique interviewed par Courrier International. Les associations écologistes appellent à une régulation plus stricte, voire à un moratoire sur le trafic pétrolier dans ces eaux.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redessiner la carte de ce trafic d’ici la fin de l’année 2026. La Commission européenne doit rendre publique, en juin, une évaluation actualisée de l’efficacité des sanctions contre le pétrole russe. Une révision de ces mesures pourrait entraîner une nouvelle réorientation des flux, avec des conséquences directes sur le volume transitant par les détroits danois.

Par ailleurs, le Danemark a annoncé la tenue d’un sommet international sur la sécurité maritime en mer Baltique pour le mois de septembre. Objectif : renforcer la coopération régionale face à l’augmentation des risques. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à concilier impératifs économiques et préservation environnementale.

En définitive, si les détroits danois confirment leur statut de corridor stratégique pour le pétrole russe, leur avenir dépendra autant des décisions politiques européennes que des pressions exercées par la société civile. Une équation complexe, où chaque acteur semble avoir son mot à dire.

Ils sont devenus une voie alternative après que l’Union européenne a imposé des sanctions contre le pétrole russe en 2022. La Russie a dû se tourner vers des marchés asiatiques comme la Chine et l’Inde, et les détroits danois offrent une route maritime plus courte et sécurisée que le cap de Bonne-Espérance ou le détroit de Malacca.