La multiplication des enlèvements et agressions ciblant les détenteurs de cryptomonnaies en France pousse une partie des « baleines » – ces gros investisseurs – à transférer leurs bitcoins vers l’ETF IBIT de BlackRock. C’est ce qu’a révélé Robbie Mitchnick, responsable des actifs numériques du gestionnaire d’actifs, dans une déclaration rapportée par Cryptoast le 27 août 2026.

Selon Mitchnick, les risques liés à la détention physique de cryptomonnaies, notamment les rançons et les défaillances de conservation, incitent désormais ces investisseurs à basculer tout ou partie de leurs avoirs vers des fonds négociés en bourse (ETF) comme IBIT. « Les gens voient ce qui se passe (…), qu’il s’agisse d’enlèvements, de rançons ou de défaillances de conservation, cela les motive à basculer tout ou partie de leurs avoirs [vers les ETF Bitcoin] », a-t-il expliqué.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, les enlèvements liés aux cryptomonnaies sont devenus une réalité récurrente, poussant les investisseurs à reconsidérer leur stratégie de détention.
  • Depuis l’été 2025, les régulateurs américains autorisent les créations en nature (« in-kind »), permettant aux investisseurs d’apporter directement leurs BTC à un ETF en échange de parts, sans conversion en monnaie fiduciaire.
  • Le seuil minimal pour ces conversions vers l’ETF IBIT de BlackRock est passé de 25 millions à 1 million de dollars en juillet 2026, facilitant l’accès à ce mécanisme.
  • Plus de 5 milliards de dollars de bitcoins ont déjà été convertis vers IBIT depuis le lancement de cette offre, selon les données disponibles.

Une solution pour échapper aux risques physiques

La France est particulièrement touchée par cette vague de violences visant les détenteurs de cryptomonnaies, comme en témoignent les affaires régulièrement médiatisées. Ces événements ont poussé les investisseurs à chercher des alternatives plus sûres que la détention de clés privées, souvent ciblées lors d’agressions. Transférer ses bitcoins vers un ETF comme IBIT permet de déléguer la garde des actifs à un tiers professionnel, réduisant ainsi les risques d’enlèvement ou de vol physique.

Cette tendance s’inscrit dans une logique plus large de sécurisation des avoirs cryptographiques, alors que les plateformes de garde et les solutions de stockage physique (comme les cold wallets) sont de plus en plus exposées aux menaces. Pour les baleines, l’enjeu n’est plus seulement de préserver la valeur de leurs actifs, mais aussi leur sécurité personnelle. « On assiste à un changement de paradigme : la peur de l’enlèvement devient un moteur d’adoption des ETF Bitcoin », souligne Mitchnick.

Les ETF Bitcoin profitent de la standardisation des créations « in-kind »

L’accélération de ce mouvement est rendue possible par l’assouplissement des règles américaines. Depuis l’été 2025, les régulateurs autorisent les créations en nature, une procédure qui permet aux investisseurs d’apporter directement leurs bitcoins à un ETF en échange de parts, sans passer par une vente en monnaie fiduciaire. Cette méthode, appelée « in-kind », évite les frais de conversion et préserve la valeur des actifs.

BlackRock a été l’un des premiers à adapter son offre : en juillet 2026, le seuil minimal pour les conversions vers IBIT a été abaissé de 25 millions à 1 million de dollars. Résultat, plus de 5 milliards de dollars de bitcoins ont déjà été convertis vers cet ETF depuis le lancement de cette option. D’autres acteurs comme Bitwise et Grayscale ont emboîté le pas, réduisant eux aussi leurs seuils pour les créations en nature. Chez Bitwise, par exemple, le ticket minimal est passé de 100 à 3 millions de dollars pour les conversions vers BITB, son ETF Bitcoin au comptant.

Un basculement qui interroge sur la philosophie du Bitcoin

Si cette migration vers les ETF répond à des enjeux de sécurité immédiats, elle soulève des questions sur la philosophie originelle du Bitcoin. En confiant ses bitcoins à un ETF, l’investisseur renonce à la souveraineté absolue sur ses actifs, un principe fondateur du secteur crypto. « Not your keys, not your coins » : l’adage, souvent cité dans la communauté, rappelle que la détention de ses clés privées garantit un contrôle total sur ses cryptomonnaies.

En optant pour un ETF, l’investisseur troque un risque physique contre un risque de contrepartie. Ses bitcoins sont détenus par un tiers – en l’occurrence BlackRock et son dépositaire Coinbase Custody – ce qui expose à d’autres vulnérabilités : gel des actifs, faillite du gestionnaire, ou pression réglementaire. De plus, l’investisseur perd la possibilité d’utiliser ses bitcoins librement, notamment pour des transferts en blockchain ou des participations aux couches Layer 2 comme le Lightning Network. En cas de crise de liquidité sur les marchés traditionnels, les rachats pourraient même être suspendus.

Une tendance qui pourrait s’amplifier à l’avenir

Malgré ces inconvénients, le mouvement de conversion vers les ETF risque de s’accélérer dans les mois à venir. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, estime que le processus actuel, encore personnalisé et complexe, tendra vers une standardisation accrue. « Le parcours pour les conversions en nature reste du sur-mesure pour l’instant, mais il devrait se démocratiser », a-t-il indiqué.

Cette évolution marque un rapprochement supplémentaire entre l’écosystème Bitcoin et les infrastructures traditionnelles de Wall Street. Alors que le Bitcoin était initialement conçu comme un outil décentralisé et résistant à la censure, son adoption par les institutions financières risque de le détourner de ses racines cypherpunk. « On assiste à une financiarisation croissante du Bitcoin, au détriment de son ADN originel », observe un analyste du secteur, sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Plusieurs facteurs pourraient influencer la poursuite de cette tendance. D’une part, l’évolution de la régulation en Europe et aux États-Unis – notamment sur les créations en nature – jouera un rôle clé. D’autre part, la réponse des plateformes de garde et des solutions de stockage physique à la menace des enlèvements déterminera si les baleines restent attachées à ces alternatives. Enfin, l’adoption par d’autres grands gestionnaires d’actifs de mécanismes similaires à ceux de BlackRock pourrait accélérer le mouvement, transformant durablement le paysage des investissements en cryptomonnaies.

Reste à voir si cette financiarisation du Bitcoin répondra aux attentes en termes de sécurité et de rentabilité, ou si elle ne fera que déplacer les risques d’un domaine à un autre.

Une création « in-kind » désigne un mécanisme permettant à un investisseur d’apporter directement des bitcoins à un ETF en échange de parts de cet ETF, sans conversion préalable en monnaie fiduciaire. Ce processus évite les frais de conversion et préserve la valeur des actifs, tout en facilitant leur gestion par un tiers professionnel. Selon les régulateurs américains, cette méthode est autorisée depuis l’été 2025.

Les baleines, gros détenteurs de bitcoins, sont de plus en plus exposées aux risques d’enlèvements et d’agressions en France, comme en témoignent les affaires médiatisées. Transférer leurs actifs vers un ETF comme IBIT leur permet de déléguer la garde de leurs bitcoins à un professionnel, réduisant ainsi les risques physiques tout en conservant une exposition au cours du Bitcoin via les parts d’ETF.