La Securities and Exchange Commission (SEC) américaine vient de valider un cadre réglementaire inédit pour la tokenisation des titres financiers, marquant un tournant dans l’intégration des technologies blockchain au cœur des marchés traditionnels. Selon Cryptoast, Ondo Finance devient le premier acteur à en bénéficier avec l’émission de versions tokenisées d’un ETF de BlackRock et d’actions de Micron Technology, toutes deux négociables sur le réseau Ethereum.

Ce qu'il faut retenir

  • La SEC a validé un modèle de tokenisation des actifs financiers via un agent de transfert enregistré, permettant leur représentation sur la blockchain Ethereum.
  • Ondo Finance lance les premières actions et ETF tokenisés aux États-Unis, en partenariat avec Broadridge pour les obligations réglementaires (communication, votes, etc.).
  • Ces tokens, émis sur Ethereum, confèrent les mêmes droits économiques que les titres traditionnels, mais leur accès reste actuellement réservé aux investisseurs institutionnels hors États-Unis.
  • Le marché des actifs tokenisés pourrait atteindre 5 500 milliards de dollars d’ici 2030, selon une estimation de Citi citée par Cryptoast.
  • L’écosystème Ethereum et les infrastructures comme Chainlink gagnent en importance, avec des initiatives récentes pour promouvoir la blockchain auprès des institutions financières.

L’annonce, faite le 2 juillet 2026 par Ondo Finance sur X (ex-Twitter), s’inscrit dans une dynamique plus large de migration des infrastructures financières vers la blockchain. Les versions tokenisées de l’ETF iShares Core S&P 500 (IVV) de BlackRock et des actions de Micron Technology (MU) ont été déployées sur Ethereum, sous le régime du modèle de third-party custodial tokenization. Ce modèle, détaillé par la SEC en janvier 2026, permet de dissocier la détention des actifs – assurée par des dépositaires traditionnels – de leur représentation sous forme de tokens, émise par un intermédiaire réglementé.

Le choix d’Ethereum comme infrastructure s’explique par sa maturité technologique et son adoption croissante par les acteurs institutionnels. Comme l’indique Ondo Finance dans son communiqué : «

As America turns 250, U.S. securities have come onchain on U.S. rails.
» Cette phrase souligne l’ambition des États-Unis de positionner leur système financier au cœur de l’innovation blockchain, plutôt que de le cantonner en périphérie.

Un cadre réglementaire inédit pour une innovation encadrée

Jusqu’à présent, la plupart des actifs tokenisés étaient émis hors des États-Unis ou reposaient sur des montages juridiques fragiles, comme l’a rappelé l’épisode Robinhood/OpenAI en 2024. OpenAI avait alors précisé que les tokens proposés ne constituaient pas des actions de l’entreprise, illustrant les limites des approches non régulées. Le modèle validé par la SEC et déployé par Ondo Finance change la donne : les titres restent détenus dans l’infrastructure financière classique, tandis que seuls leurs droits économiques sont représentés sous forme de tokens sur Ethereum.

Oasis Pro TA, un agent de transfert enregistré auprès de la SEC et acquis par Ondo Finance en 2025, joue un rôle central dans ce dispositif. Il émet les tokens et garantit leur conformité réglementaire, tandis que Broadridge, fournisseur d’infrastructures financières, prend en charge les obligations légales : communication avec les actionnaires, divulgations officielles et gestion des votes par procuration via sa plateforme ProxyVote. Résultat, les détenteurs des tokens bénéficient des mêmes droits que les actionnaires traditionnels, sans les contraintes liées à la détention directe d’actifs.

Une plateforme déjà opérationnelle et scalable

Ondo Finance affirme que sa plateforme héberge déjà plus d’un milliard de dollars d’actions et d’ETF tokenisés, couvrant plus de 430 valeurs. Cette infrastructure, conçue pour prendre en charge les principaux modèles de tokenisation aux États-Unis, marque une étape décisive dans l’adoption des actifs numériques par les institutions. «

Ondo a construit l'infrastructure réglementaire, technologique et opérationnelle nécessaire pour prendre en charge les principaux modèles de tokenisation aux États-Unis.
», souligne la société dans un communiqué.

Pourtant, le produit reste inaccessible aux investisseurs américains, une restriction temporaire liée aux exigences réglementaires. Cette limitation pourrait évoluer dans les mois à venir, à mesure que la SEC affine son cadre et que les acteurs du marché s’adaptent. En attendant, les tokens émis par Ondo Finance sont principalement ciblés vers les investisseurs institutionnels internationaux, attirés par la liquidité et la transparence offertes par la blockchain.

Ethereum et Chainlink en première ligne

L’écosystème Ethereum multiplie les initiatives pour séduire les institutions financières. Le 1er juillet 2026, la Ethereum Foundation et plusieurs grands acteurs du secteur ont lancé l’initiative Ethereum for Institutions, visant à promouvoir Ethereum comme infrastructure de référence pour les stablecoins, les actifs tokenisés et les marchés financiers on-chain. Une dynamique qui s’ajoute aux annonces récentes de Robinhood, qui a lancé sa propre blockchain, ou encore de la DTCC, qui étend son infrastructure on-chain. Le Nasdaq et le NYSE travaillent également sur des projets similaires, signe que la tokenisation s’impose comme une priorité stratégique.

Chainlink, dont le réseau d’oracles fournit les flux de données nécessaires aux actions et ETF tokenisés d’Ondo Finance, apparaît comme un autre bénéficiaire de cette tendance. La synchronisation des prix entre les marchés traditionnels et la blockchain repose en effet sur des données fiables et en temps réel, un domaine où Chainlink s’est imposé comme un leader. Comme le rappelle Cryptoast, cette intégration est « un élément essentiel pour garantir la cohérence des actifs entre les marchés traditionnels et la blockchain ».

Et maintenant ?

L’évolution récente du cadre réglementaire américain ouvre la voie à une adoption plus large de la tokenisation, mais plusieurs défis restent à relever. D’ici la fin de l’année 2026, les acteurs du secteur devraient multiplier les partenariats avec des institutions traditionnelles pour élargir l’offre de titres tokenisés. La SEC pourrait également publier des lignes directrices supplémentaires, précisant les modalités d’accès aux investisseurs américains. Parallèlement, la concurrence entre blockchains (Ethereum, mais aussi Solana ou Polygon) devrait s’intensifier, chaque réseau cherchant à attirer les acteurs financiers avec des promesses de scalabilité et de coûts réduits.

À plus long terme, l’enjeu sera de concilier innovation et stabilité financière. Si les actifs tokenisés représentent une opportunité de modernisation des marchés, leur adoption massive dépendra de la capacité des régulateurs à maintenir un équilibre entre protection des investisseurs et flexibilité réglementaire. Une question qui pourrait dominer les débats lors des prochaines réunions de la SEC, prévues pour l’automne 2026.

Les actions tokenisées offrent plusieurs avantages : une liquidité accrue grâce à la négociation 24h/24 sur des plateformes blockchain, une transparence renforcée grâce à la traçabilité des transactions, et une accessibilité facilitée pour les investisseurs internationaux. Elles permettent également de fractionner les actifs, rendant certains titres plus abordables pour les petits investisseurs.

La SEC a longuement hésité entre l’innovation et la protection des investisseurs, craignant les risques de fraude ou de manipulation sur des infrastructures non régulées. Le modèle de third-party custodial tokenization, validé en janvier 2026, a permis de répondre à ces préoccupations en maintenant les actifs sous la garde de dépositaires traditionnels, tout en autorisant leur représentation sur blockchain.