Les joueuses du club nord-coréen de football féminin Naegohyang ont marqué l’histoire en remportant la Ligue des championnes de la Confédération asiatique de football, une compétition féminine équivalente à la Ligue des champions européenne. Leur titre continental a été célébré avec une intensité émotionnelle rare lors d’une cérémonie officielle à Pyongyang, en présence du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, selon Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Les footballeuses du club Naegohyang ont remporté la Ligue des championnes féminine de l’AFC le 25 mai 2026.
  • Le 1er juin 2026, elles ont été reçues par Kim Jong-un au centre d’entraînement de l’école des cadres du Parti du travail à Pyongyang.
  • Les images diffusées par la Télévision centrale de Corée (KCTV) montrent les joueuses en larmes, « applaudissant de joie et sautant sur place ».
  • Cette cérémonie s’inscrivait dans le cadre du 80e anniversaire de la fondation de l’École centrale des cadres du Parti des travailleurs de Corée.
  • Le quotidien sud-coréen Chosun Ilbo souligne un contraste marqué entre leur attitude rigide lors de leur visite en Corée du Sud et leur émotion lors de cet hommage.

L’équipe de Naegohyang a traversé la frontière pour affronter l’équipe sud-coréenne de Suwon en demi-finale, un déplacement qui avait été marqué par une attitude plus réservée. Pourtant, une semaine après leur victoire en finale, les émotions se sont libérées de manière spectaculaire. Sous les yeux de Kim Jong-un, les joueuses ont laissé éclater leur joie, selon les images relayées par l’agence panasiatique DRM News et le quotidien Chosun Ilbo.

Le reportage diffusé le 2 juin 2026 par la Télévision centrale de Corée (KCTV) a mis en lumière cet instant, montrant les championnes en larmes et exprimant une « profonde émotion », comme l’a décrit le Chosun Ilbo. La cérémonie s’est tenue sur la pelouse du centre d’entraînement de l’école des cadres du Parti du travail, un lieu symbolique pour le régime nord-coréen, à l’occasion du 80e anniversaire de sa fondation.

Un contraste saisissant entre deux visages de l’équipe

L’attitude des joueuses lors de leur passage en Corée du Sud avait été marquée par une certaine retenue. Les images de l’époque montraient une équipe disciplinée, voire rigide, conforme à l’image souvent projetée par les athlètes nord-coréens lors de leurs déplacements internationaux. Pourtant, lors de leur retour triomphal à Pyongyang, c’est une autre facette qui a été révélée : celle de jeunes femmes débordantes de joie, en larmes, serrant la main de Kim Jong-un sous les ovations.

Cette dualité, soulignée par le Chosun Ilbo, reflète peut-être une libération des émotions après des semaines de pression sportive et politique. Pour autant, rien n’indique que cette joie soit feinte ou manipulée. Les larmes et les applaudissements filmés par la KCTV semblent spontanés, reflétant une satisfaction sincère après des années d’efforts.

— À Pyongyang, l’émotion était palpable, a indiqué le Chosun Ilbo, ajoutant que les joueuses avaient « applaudi de joie et sauté sur place de bonheur » en présence du dirigeant. —

Un titre continental pour une équipe méconnue

La victoire de Naegohyang en Ligue des championnes féminine de l’AFC constitue une performance remarquable pour le football nord-coréen, souvent éclipsé par les résultats des équipes masculines. La compétition, équivalente à la Ligue des champions européenne, oppose les meilleures équipes féminines du continent asiatique. Pour une nation comme la Corée du Nord, où le sport est étroitement lié à la propagande d’État, une telle consécration prend une dimension particulière.

Les images diffusées par la KCTV, ainsi que les commentaires du Chosun Ilbo, révèlent une fierté nationale à peine voilée. Le reportage de 5 minutes 25 secondes, diffusé le 2 juin, a été largement partagé sur les réseaux sociaux nord-coréens, renforçant l’impact symbolique de l’événement. Les joueuses, dont certaines avaient déjà participé à des compétitions internationales, sont désormais célébrées comme des héroïnes nationales.

La couverture médiatique de cet événement s’inscrit dans une stratégie plus large du régime, qui utilise le sport comme un outil de légitimation et de cohésion sociale. En offrant à Kim Jong-un une victoire à célébrer, l’État nord-coréen renforce son image de puissance régionale, y compris dans le domaine sportif.

Et maintenant ?

À court terme, les joueuses de Naegohyang pourraient être appelées à participer à de nouvelles compétitions internationales, bien que leur participation dépende des décisions des autorités nord-coréennes. Leur statut de championnes d’Asie pourrait également ouvrir la voie à des échanges sportifs plus fréquents avec d’autres pays, une hypothèse qui reste cependant incertaine dans le contexte actuel de tensions géopolitiques. Pour l’heure, leur avenir immédiat semble lié à la célébration de leur titre et à leur rôle dans la propagande sportive du régime.

Cette victoire rappelle également que le football féminin en Asie continue de progresser, malgré les défis structurels et politiques. Pour la Corée du Nord, elle représente une rare lueur de succès sportif sur la scène internationale, susceptible de renforcer l’image du pays à l’extérieur de ses frontières.

D’après le Chosun Ilbo, les joueuses de Naegohyang avaient adopté une attitude plus réservée lors de leur déplacement en Corée du Sud pour la demi-finale, probablement en raison des contraintes liées au protocole nord-coréen et à la pression politique. Leur passage en territoire ennemi, même sportif, impose des règles strictes pour éviter toute image perçue comme une collaboration avec Séoul.