Selon Courrier International, le métier de géologue, souvent considéré comme l’un des plus sûrs dans la réalité, se transforme en véritable parcours du combattant à l’écran. Une étude récente publiée dans Geology Today et relayée par le magazine américain Science met en lumière un constat surprenant : un géologue sur trois meurt dans les films, une statistique bien supérieure à celle d’autres professions fictives.
Ce qu'il faut retenir
- Sur 202 personnages de géologues répertoriés dans 141 films (1919-2023), 69 meurent ou sont retrouvés morts.
- Le meurtre est la première cause de décès (30 cas), loin devant les catastrophes naturelles (12 cas).
- Les premiers films mettaient en scène des géologues en quête de pétrole, tandis que les productions récentes privilégient les catastrophes naturelles et les menaces extraterrestres.
- Les personnages féminins et racisés sont sous-représentés dans ces rôles.
- L’étude, menée par des géologues cinéphiles sur plus de dix ans, est publiée pour la première fois dans une revue scientifique.
Une analyse inédite sur plus d’un siècle de cinéma
Publiée en avril 2026 dans Geology Today, cette étude s’appuie sur l’analyse de 141 films américains et britanniques sortis entre 1919 et 2023. Ses auteurs, quatre géologues cinéphiles, ont recensé 202 personnages explicitement identifiés comme géologues, dont 69 ont péri à l’écran. « Ce n’est qu’après plus de dix ans de collecte de données que nous avons pu publier nos résultats dans une revue scientifique », a déclaré l’un des chercheurs, cité par Science.
Pour établir ces statistiques, les auteurs ont croisé plusieurs bases de données cinématographiques et visionné eux-mêmes un grand nombre de films. Seuls les personnages clairement identifiés comme géologues ont été pris en compte, excluant les rôles ambigus ou métaphoriques. « Nous voulions éviter les biais et nous concentrer sur des cas précis », a précisé l’équipe.
Le meurtre, principale menace pour les géologues fictifs
Contre toute attente, les risques liés à la géologie – glissements de terrain, sables mouvants ou éruptions volcaniques – ne représentent qu’une minorité des décès. Sur les 69 cas répertoriés, seulement 12 décèdent d’accidents naturels, tandis que 30 sont victimes de meurtres. Parmi les exemples les plus célèbres figure le professeur Dent, incarné par Anthony Dawson dans « James Bond 007 contre Dr No », dont la mort illustre parfaitement cette tendance.
« Ces personnages sont souvent des antagonistes ou des obstacles pour le héros, ce qui explique leur taux de mortalité élevé », explique l’un des coauteurs. Les géologues gentils, en revanche, ont statistiquement plus de chances de survivre – même si leur rôle reste marginal dans le cinéma.
Un reflet des préoccupations sociétales à travers le temps
L’étude révèle aussi une évolution significative des rôles attribués aux géologues à l’écran. Dans les premières décennies du cinéma, ces personnages étaient souvent associés aux westerns, où leur mission consistait à découvrir du pétrole ou des ressources naturelles. « Ces intrigues reflétaient les enjeux économiques de l’époque, marquée par l’industrialisation et la recherche de matières premières », souligne un chercheur.
Depuis les années 1970, les scénarios se sont diversifiés. Les géologues sont désormais au cœur de films catastrophes, de blockbusters mettant en scène des monstres ou des menaces extraterrestres, ou encore de productions abordant les catastrophes climatiques. « Ces changements illustrent l’évolution des préoccupations globales, passant de la conquête des ressources à la gestion des risques environnementaux », analyse l’étude.
Une représentation encore très masculine et blanche
Autre constat marquant : les personnages de géologues restent majoritairement masculins et blancs. « Sur les 202 cas étudiés, moins de 10 % étaient des femmes, et une infime minorité représentaient des minorités ethniques », précise l’un des auteurs. Ce déséquilibre reflète, selon lui, les stéréotypes persistants dans l’industrie cinématographique.
« Les réalisateurs ont souvent du mal à imaginer des scientifiques de fiction sortant des clichés traditionnels », explique-t-il. Pourtant, des exceptions existent, comme dans des films récents où des femmes ou des personnages issus de divers horizons jouent des rôles scientifiques majeurs. Reste à savoir si ces évolutions se traduiront par une meilleure représentation dans les futures productions.
En attendant, le cinéma continue de peindre les géologues sous un jour bien particulier : celui de héros malgré eux, souvent condamnés à une fin tragique. Une tendance qui, pour l’instant, ne semble pas prête à disparaître.
Parmi les films cités dans l’étude figurent notamment « Les Dents de la mer » (où un géologue est tué par le requin), « Le Pic de Dante » (catastrophe volcanique), et bien sûr « James Bond 007 contre Dr No », où le professeur Dent est assassiné. D’autres exemples incluent « San Andreas » pour les séismes ou « The Core » pour les risques géologiques extrêmes.