Selon Ouest France, les croyances populaires sur la santé mentale, bien que souvent présentées comme du simple bon sens, peuvent en réalité renforcer nos peurs et nos angoisses au quotidien. Une distorsion que dénonce Sacha Bachim, psychologue et psychothérapeute spécialisé dans les thérapies comportementales et cognitives. Dans son ouvrage « Psycho détox, 50 idées reçues sur la santé mentale qui vous retournent le cerveau », il analyse comment ces représentations erronées façonnent nos comportements et, parfois, aggravent notre mal-être.

Ce qu'il faut retenir

  • Les idées reçues en santé mentale, bien qu’apparaissant rassurantes, peuvent créer des attentes irréalistes et générer de l’anxiété, selon Sacha Bachim.
  • L’auteur, psychologue spécialiste des thérapies comportementales et cognitives, publie « Psycho détox », un livre qui décrypte 50 croyances trompeuses sur le psychisme.
  • La « romantisation rétrospective », concept central de son analyse, consiste à idéaliser le passé ou certaines situations pour mieux éviter d’affronter le présent.
  • Bachim souligne l’importance de distinguer les connaissances fondées scientifiquement des simples préjugés pour protéger sa santé mentale.

Des croyances ancrées, mais potentiellement dangereuses

À première vue, les idées reçues semblent offrir une forme de réconfort. Elles simplifient des concepts complexes et donnent l’illusion d’une maîtrise sur l’inconnu. Pourtant, comme l’explique Sacha Bachim, ces croyances, souvent transmises par la culture populaire ou les réseaux sociaux, peuvent s’avérer contre-productives. Elles brouillent notre perception de la réalité et, dans certains cas, alimentent des mécanismes d’évitement ou de déni.

Le psychologue cite notamment la tendance à idéaliser le passé, une tendance qu’il qualifie de « romantisation rétrospective ». Cette illusion consiste à se remémorer une époque ou une situation sous un jour uniquement positif, gommant ainsi les difficultés rencontrées. Résultat : on se prive des leçons que ces expériences auraient pu nous apprendre, tout en nourrissant une insatisfaction chronique face au présent.

Quand le bon sens devient un piège

L’un des exemples les plus parlants avancés par Bachim est l’idée que « tout le monde a ses propres vérités ». Si cette affirmation peut sembler bienveillante, elle ouvre la porte à une relativisation excessive des faits scientifiques. En santé mentale, où les preuves cliniques sont essentielles, cette croyance peut conduire à minimiser des troubles comme la dépression ou l’anxiété, voire à les nier. Autre piège classique : la conviction que « les problèmes psychologiques sont une question de volonté ». Cette idée reçue, encore largement répandue, stigmatise les personnes souffrant de troubles mentaux en les accusant implicitement de faiblesse.

Selon Bachim, ces distorsions ne sont pas anodines. Elles contribuent à retarder la recherche d’aide professionnelle et à entretenir des cycles d’anxiété ou de dépression. « On se raccroche à ces idées parce qu’elles nous rassurent, mais elles finissent par nous enfermer », précise-t-il. Son livre vise précisément à démêler le vrai du faux, en s’appuyant sur des données scientifiques et des études cliniques.

« Il ne s’agit pas de tout glorifier, mais de se protéger, consciemment, contre les distorsions d’une « romantisation rétrospective ». »
— Sacha Bachim, psychologue et psychothérapeute

La santé mentale, un champ propice aux mythes

Le domaine de la santé mentale est particulièrement vulnérable aux idées reçues. Contrairement à d’autres branches de la médecine, où les diagnostics reposent sur des examens tangibles, la psychiatrie et la psychologie s’appuient en partie sur des interprétations subjectives. Cette ambiguïté laisse une large place aux interprétations personnelles, souvent teintées de culture, de traditions ou de préjugés. « Les croyances sur la santé mentale évoluent avec les époques, mais certaines persistent malgré les avancées scientifiques », note Bachim.

Parmi les mythes les plus tenaces, celui qui associe la dépression à une simple « baisse de moral » reste tenace. Pourtant, comme le rappellent les experts, la dépression est une maladie à part entière, aux causes biologiques, psychologiques et environnementales. Une autre croyance répandue veut que « les enfants n’ont pas de problèmes psychologiques ». Or, les troubles anxieux ou dépressifs touchent également les plus jeunes, avec des conséquences parfois graves sur leur développement.

Comment se prémunir contre ces distorsions ?

Pour Sacha Bachim, la première étape consiste à prendre conscience de l’influence de ces idées reçues sur nos pensées et nos comportements. Il recommande de questionner les affirmations trop simplistes et de privilégier les sources fiables, comme les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou des sociétés savantes. « La santé mentale est un sujet sérieux. Il mérite qu’on s’y intéresse avec rigueur, sans céder aux raccourcis », insiste-t-il.

Et maintenant ?

Alors que les réseaux sociaux continuent de diffuser massivement des contenus non vérifiés sur la santé mentale, les professionnels appellent à une meilleure éducation du public. Des campagnes de sensibilisation, comme celles menées par l’Assurance Maladie ou des associations comme Santé Mentale France, pourraient jouer un rôle clé dans la lutte contre ces mythes. Une chose est sûre : l’enjeu est de taille, alors que les troubles anxieux et dépressifs touchent près de 20 % de la population française chaque année, selon les dernières estimations. Les prochaines années seront déterminantes pour voir si la société parvient à adopter une approche plus réaliste et moins stigmatisante de la santé mentale.

La sortie du livre de Sacha Bachim, « Psycho détox », intervient à un moment où la santé mentale est plus que jamais au cœur des débats. Entre les conséquences de la crise sanitaire, les pressions sociales et les défis économiques, les Français sont confrontés à un stress croissant. Dans ce contexte, les idées reçues ne sont pas qu’une curiosité : elles deviennent un enjeu de santé publique. Comment, dès lors, espérer réduire les tabous si l’on persiste à confondre préjugés et vérités ?

Une idée reçue est une croyance largement répandue, souvent présentée comme une évidence, mais qui n’est pas nécessairement étayée par des faits scientifiques. Un préjugé, en revanche, implique un jugement de valeur négatif, comme l’idée que les personnes dépressives « manquent de volonté ». Les deux peuvent être dangereux, car ils déforment la réalité et retardent la prise en charge adaptée, selon Sacha Bachim.