Selon Le Monde - Education, l’ethnologue Laurent Assouly dresse un constat sans appel : les jeunes diplômés d’aujourd’hui ne considèrent plus le travail comme une priorité secondaire, mais comme une expérience décevante. Dans une tribune publiée par le quotidien, il met en lumière un sentiment de désillusion qui gagne les nouvelles générations, poussant certains à repousser leur entrée sur le marché du travail.

Ce qu'il faut retenir

  • L’ethnologue Laurent Assouly analyse dans Le Monde - Education la désillusion des jeunes diplômés face au marché du travail.
  • Le sentiment d’échec professionnel pousse certains à retarder leur intégration professionnelle.
  • Le travail n’est plus perçu comme une valeur accessoire, mais comme une source de déception pour une partie de la jeunesse.
  • La tribune souligne un changement de paradigme dans la relation des jeunes générations au travail.

Une génération en quête de sens, confrontée à des réalités décevantes

Dans sa tribune au Monde, Laurent Assouly, chercheur et auteur spécialisé dans les mutations du travail et de la consommation, décrit une génération qui a grandi avec l’idée que l’éducation était la clé d’une insertion professionnelle réussie. Pourtant, le fossé entre les attentes et la réalité semble s’être creusé ces dernières années. Les jeunes diplômés, souvent endettés après des années d’études, se heurtent à des emplois précaires, des salaires stagnants et des perspectives d’évolution limitées. « On leur a promis des lendemains qui chantent, mais la mélodie a changé de ton », écrit-il.

Cette désillusion ne touche pas uniquement les secteurs traditionnels. Même les filières réputées, comme le commerce, l’ingénierie ou les sciences humaines, voient leurs diplômés remettre en question l’intérêt même du travail salarié. Certains choisissent de prolonger leurs études, espérant trouver un environnement plus épanouissant. D’autres se tournent vers des activités informelles, le freelance ou l’entrepreneuriat, par refus de s’engager dans des structures jugées trop rigides ou peu gratifiantes.

Le travail n’est plus un repère, mais un choix sous conditions

Le constat d’Assouly s’appuie sur des observations de terrain, recueillies auprès de jeunes diplômés issus de différentes filières. Pour beaucoup, le travail n’est plus perçu comme une obligation sociale ou un passage obligé, mais comme une option parmi d’autres. « Le travail n’est plus devenu secondaire, il est devenu décevant », résume-t-il. Cette phrase résume à elle seule l’évolution des mentalités. Autrefois, entrer sur le marché du travail était une étape naturelle, presque incontournable. Aujourd’hui, certains préfèrent attendre, tester d’autres voies ou même renoncer à un emploi stable au profit d’un équilibre personnel.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par la crise des modèles traditionnels d’emploi. Les CDI se raréfient, les horaires flexibles restent l’exception, et la quête de sens au travail prend le pas sur la simple recherche de revenus. Les jeunes diplômés, souvent mieux informés que leurs aînés sur les droits et les alternatives, n’hésitent plus à poser des conditions : télétravail, missions alignées avec leurs valeurs, ou encore possibilité de se former en continu. Autant dire que le marché du travail doit désormais composer avec une nouvelle donne.

Et maintenant ?

La question qui se pose désormais est de savoir si cette tendance va s’accentuer dans les prochaines années. Avec l’arrivée sur le marché du travail de la génération Z, déjà en partie active, et des futurs diplômés des promotions 2026 et au-delà, les entreprises et les institutions devront s’adapter. Les secteurs en tension, comme la santé ou l’informatique, pourraient être les premiers à réagir en proposant des conditions plus attractives. Pour les autres, le risque est de voir s’aggraver la désaffection pour des métiers déjà en manque de main-d’œuvre qualifiée.

Une remise en question qui dépasse le cadre professionnel

Le phénomène décrit par Laurent Assouly ne se limite pas à la France. Dans plusieurs pays européens, des études récentes montrent une baisse de l’engagement des jeunes envers le salariat traditionnel. Aux États-Unis, le « Great Resignation » a révélé un mouvement massif de départs volontaires, signe que la lassitude face aux conditions de travail n’est pas un cas isolé. En Allemagne, des initiatives comme le « New Work » tentent de repenser le rapport au travail, en insistant sur l’autonomie et le bien-être.

En France, où le diplôme reste un marqueur social fort, cette désillusion pourrait aussi avoir des répercussions sur le système éducatif. Si les jeunes commencent à douter de la valeur de leurs études, les filières universitaires pourraient voir leurs effectifs diminuer. Les pouvoirs publics, les entreprises et les établissements d’enseignement sont donc confrontés à un défi : comment réconcilier les aspirations des jeunes avec les réalités du marché du travail ? La réponse n’est pas simple, mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.

Reste à voir si les prochaines générations de diplômés parviendront à transformer cette désillusion en opportunité, ou si, au contraire, le sentiment de déception continuera de s’amplifier. Une chose est certaine : le monde du travail tel qu’on le connaît est en train de changer, et ceux qui tarderont à s’adapter pourraient en payer le prix.

Selon les observations de Laurent Assouly, les secteurs comme le commerce, l’ingénierie et les sciences humaines sont particulièrement concernés. Ces filières, autrefois perçues comme des valeurs sûres, voient leurs diplômés remettre en question leur utilité sociale et leurs perspectives d’évolution. Les jeunes diplômés de ces domaines sont souvent les premiers à retarder leur entrée sur le marché du travail ou à se tourner vers d’autres activités.