Selon Franceinfo - Culture, la pratique de la lecture chez les jeunes Français âgés de 8 à 19 ans connaît un déclin marqué. Les données recueillies révèlent que cette tranche d’âge lit désormais « presque plus », avec des chiffres inquiétants qui soulignent une rupture générationnelle dans les habitudes culturelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 8 et 19 ans, la lecture chez les jeunes Français est en forte baisse, avec des taux de pratique qui chutent drastiquement.
  • Les données indiquent que moins d’un jeune sur deux lit régulièrement, contre une majorité dans les années 1990.
  • Les écrans, les réseaux sociaux et les loisirs numériques sont pointés du doigt comme principales causes de ce désengagement.
  • Les inégalités sociales jouent également un rôle, avec des disparités marquées entre les milieux favorisés et défavorisés.

Un effritement des habitudes de lecture chez les jeunes

Les chiffres publiés par Franceinfo - Culture confirment une tendance de fond. Entre 2010 et 2025, la proportion de jeunes lisant régulièrement a reculé de près de 40 %, passant de 62 % à 23 %. Cette baisse est d’autant plus marquée chez les adolescents de 15 à 19 ans, où le taux de lecteurs occasionnels ne dépasse pas 12 %. Les raisons de ce désamour sont multiples : saturation des écrans, concurrence des plateformes de streaming, et manque de temps dédié à la lecture, selon les experts interrogés.

Les résultats varient également selon les milieux sociaux. Les enfants issus de milieux favorisés lisent encore deux fois plus que ceux des quartiers populaires, où la lecture est souvent perçue comme un luxe. « Le décrochage scolaire est directement lié à cette désaffection pour les livres », a souligné Marie-Claire Murrin, sociologue spécialiste des pratiques culturelles, dans une récente interview.

Les écrans, principaux responsables du déclin

Les écrans sont désignés comme les principaux coupables de ce recul. Une étude menée en 2024 par l’Observatoire des pratiques culturelles révèle que les jeunes passent en moyenne 4 heures par jour sur leur smartphone, tablet ou console, au détriment des livres. Les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les contenus vidéo en ligne captent une part croissante de leur attention. « On ne peut pas rivaliser avec l’instantanéité et l’interactivité des écrans », a expliqué Jean-Paul Armand, directeur d’une bibliothèque municipale en Île-de-France.

Pourtant, certains acteurs tentent de contrer cette tendance. Des initiatives comme les « bibliothèques nomades » ou les ateliers d’écriture dans les collèges visent à réintroduire le livre dans le quotidien des adolescents. Cependant, leur impact reste limité face à l’omniprésence des écrans. « Les jeunes ne lisent plus par obligation, mais ils consomment des histoires autrement, via les livres audio ou les séries », a précisé Armand.

Des disparités sociales et territoriales marquées

Les inégalités d’accès à la lecture se creusent entre les territoires. Les zones rurales, où les bibliothèques sont moins nombreuses, affichent des taux de lecture bien inférieurs à ceux des grandes villes. À titre d’exemple, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, seulement 8 % des jeunes déclarent lire au moins un livre par mois, contre 25 % en centre-ville. Ces écarts reflètent des disparités plus larges, comme l’accès à l’éducation ou aux loisirs culturels.

Les politiques publiques tentent de répondre à ce défi. Le ministère de la Culture a lancé en 2025 un plan de « démocratisation de la lecture », incluant des subventions pour les bibliothèques et des partenariats avec les établissements scolaires. « L’objectif est de rendre la lecture attractive, sans tomber dans le moralisme », a indiqué Rima Abdul Malak, ministre de la Culture, lors d’une conférence de presse en mai 2026.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour inverser la tendance. Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé l’intégration d’un « quart d’heure de lecture » quotidien dans les emplois du temps des collèges à partir de septembre 2026. Une mesure qui pourrait, si elle est bien appliquée, permettre de réhabituer les élèves au livre. Par ailleurs, les acteurs du livre misent sur des formats innovants, comme les romans graphiques ou les livres interactifs, pour capter l’attention des jeunes. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à combler le fossé générationnel.

Cette situation interroge sur l’avenir de la lecture en France. Les générations futures continueront-elles à considérer le livre comme un objet culturel central, ou assistera-t-on à une marginalisation progressive de cette pratique ?

Les conséquences sont multiples : baisse des compétences en compréhension écrite, réduction du vocabulaire, et impact sur la réussite scolaire. Des études montrent également un lien entre la lecture et le développement de l’empathie ou de la pensée critique, des compétences essentielles à l’âge adulte.