Selon Franceinfo - Sport, une étude récente confirme que crier des jurons pendant un effort physique permet d’améliorer significativement les performances. Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine Epsiloon, s’est penchée sur ces travaux qui révèlent un lien surprenant entre langage transgressif et capacité physique. Une expérience menée sur des volontaires démontre que ceux qui laissent échapper des jurons lors d’un exercice de gainage résistent 10 % plus longtemps que les autres.

Ce qu'il faut retenir

  • Un exercice de gainage réalisé avec des jurons permet d’augmenter la résistance de 10 % par rapport à l’utilisation de mots neutres.
  • Les jurons activent un circuit cérébral spécifique, distinct de celui du langage classique, et peuvent être proférés même en cas de lésion de l’hémisphère gauche.
  • Ces effets ont été observés dans plusieurs disciplines : cyclisme (+4,5 %), force de préhension (+8 %) et durée des pompes (+10 %).
  • Les jurons ne doivent pas être confondus avec les insultes : leur pouvoir réside dans leur caractère transgressif, pas dans leur agressivité.

Une étude scientifique met en lumière l’impact des jurons sur l’effort

Des chercheurs ont soumis des volontaires à un exercice de gainage, consistant à se maintenir en équilibre sur une chaise, mains posées au sol. Les participants qui proféraient des jurons – qu’ils soient vulgaires, religieux ou imagés – ont tenu en moyenne 10 % plus longtemps que ceux qui répétaient des mots neutres comme « mercredi ». Cette différence s’explique par le caractère transgressif des jurons, qui active des mécanismes cérébraux liés à la libération de la force et à la désinhibition. Selon Mathilde Fontez, « les jurons tirent leur efficacité de leur capacité à braver un tabou linguistique, qu’il soit social, religieux ou moral ».

Cette découverte s’inscrit dans une série d’études menées depuis plusieurs années sur les effets des jurons. Dans une expérience où des participants devaient plonger leur main dans de l’eau glacée, ceux qui criaient des jurons ont résisté plus longtemps à la douleur. D’autres tests ont montré que des cyclistes performaient 4,5 % mieux en proférant des jurons, tandis que la force de préhension augmentait de 8 % et la durée des pompes de 10 %. Même la mémoire semble bénéficier de cet effet, un phénomène qui intrigue les neuroscientifiques.

Un mécanisme cérébral ancien et universel

Les jurons ne sont pas l’apanage des langues occidentales. Une étude menée au Japon, pays réputé pour sa politesse, a révélé que les participants japonais obtenaient les mêmes résultats en utilisant des jurons adaptés à leur culture. De même, des recherches ont été réalisées en langage des signes, confirmant que le phénomène n’est pas uniquement lié à la parole. Ces résultats suggèrent que les jurons activent un circuit cérébral profond, distinct de celui du langage élaboré. Comme l’explique Mathilde Fontez, « les jurons peuvent fuser même lorsque l’hémisphère gauche du cerveau, responsable du langage, est endommagé. Ils persistent chez les personnes atteintes d’aphasie ou de maladies neurodégénératives comme Alzheimer ».

Les chercheurs émettent l’hypothèse que les jurons activent des mécanismes ancestraux, similaires à ceux impliqués dans la réponse aux menaces. Ils permettraient de libérer une énergie supplémentaire en court-circuitant les inhibitions sociales. À l’inverse, les insultes pures, comme « moulagofre », n’ont pas le même effet : leur pouvoir ne réside pas dans la transgression, mais dans l’agressivité. « Il y a une différence fondamentale entre un juron et une insulte, souligne la rédactrice en chef. Le premier joue sur le tabou, la seconde sur la provocation directe. »

Des applications pratiques pour les sportifs ?

Si ces découvertes ouvrent des perspectives intéressantes pour les athlètes, elles soulèvent aussi des questions éthiques et pratiques. Faut-il encourager les sportifs à crier des jurons pendant les compétitions pour améliorer leurs performances ? Rien n’est moins sûr. D’une part, l’utilisation de jurons peut être perçue comme antisportive, voire provocatrice, surtout dans des disciplines où le fair-play est primordial. D’autre part, leur efficacité dépend du caractère spontané et naturel de leur utilisation – un entraînement à les employer systématiquement risquerait de vider le phénomène de son sens.

Certains spécialistes de la préparation mentale, comme ceux qui encadrent les athlètes de haut niveau, pourraient intégrer ces résultats dans leurs protocoles. Par exemple, l’utilisation de jurons pourrait être recommandée lors des phases d’effort maximal, comme les dernières répétitions en musculation ou les sprints en course à pied. « L’idée n’est pas de transformer les sportifs en machines à jurer, mais de leur offrir un outil supplémentaire pour puiser dans leurs réserves », précise Mathilde Fontez. Cependant, cette approche reste à valider scientifiquement et éthiquement avant d’être généralisée.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de la recherche pourraient explorer l’impact des jurons sur des sports collectifs, où la coordination et le respect des coéquipiers sont essentiels. Une étude sur des équipes de rugby ou de football, par exemple, permettrait de mesurer si l’utilisation de jurons en situation de stress améliore la performance sans nuire à la cohésion. Par ailleurs, des travaux pourraient être menés pour déterminer si ces effets sont reproductibles chez les sportifs amateurs, ou s’ils nécessitent un certain niveau d’entraînement physique et mental. Enfin, les neuroscientifiques devraient approfondir l’étude des circuits cérébraux activés par les jurons, afin de mieux comprendre ce mécanisme fascinant.

Pour l’instant, une chose est sûre : si les jurons ne feront probablement pas de vous un champion du monde, ils pourraient bien vous aider à tenir quelques secondes – ou quelques minutes – de plus lors de votre prochain entraînement. Et autant dire que, dans le sport, chaque seconde compte.

Non. Selon les études citées par Franceinfo - Sport, seuls les jurons à caractère transgressif – qu’ils soient vulgaires, religieux ou imagés – améliorent les performances. Les insultes pures, comme « moulagofre », n’ont pas d’effet mesurable. Leur efficacité repose sur leur capacité à braver un tabou linguistique ou social, et non sur leur agressivité.