Fermé depuis plus de soixante-dix ans, le bagne a longtemps servi de toile de fond à des pratiques troubles, où violences et abus sexuels structuraient une partie du quotidien des détenus. Un ouvrage publié cette semaine, d’après Libération, lève le voile sur ces aspects les plus sombres de l’histoire pénitentiaire française.

L’enquête, qui s’appuie sur des archives et des témoignages, révèle un système carcéral où la survie passait parfois par des échanges de faveurs sexuelles, des relations imposées ou des hiérarchies brutales entre détenus. Ces mécanismes, souvent tus ou minimisés, dessinent un tableau bien éloigné de l’image officielle des bagnes comme lieux de réclusion purement punitive.

Ce qu'il faut retenir

  • Le bagne français a fonctionné comme un microcosme de violences sexuelles, où les détenus devaient souvent composer avec des pratiques de « survie » imposées.
  • Un ouvrage récent, publié cette semaine, expose ces mécanismes à travers des archives et des récits de témoins.
  • Les échanges de faveurs sexuelles, les relations forcées et les hiérarchies entre détenus y sont documentés comme des réalités tangibles.
  • Ces pratiques reflètent une organisation carcérale où la loi du plus fort primait, loin des principes de réinsertion ou de discipline affichés.

Un système carcéral marqué par la loi du plus fort

Selon les archives consultées par l’auteur, les bagnes – comme celui de Cayenne ou de Nouvelle-Calédonie – abritaient des dynamiques de pouvoir extrêmes. Les détenus, souvent condamnés pour des délits mineurs, se retrouvaient plongés dans un univers où la violence physique et sexuelle était monnaie courante. « Les ‘jolis mômes’, comme on les appelait parfois, étaient souvent ciblés par les plus puissants », explique l’auteur, citant des récits de témoins.

Les échanges de faveurs en échange de protection, ou « plans cul » selon l’argot carcéral de l’époque, n’étaient pas rares. Ces pratiques, bien que rarement évoquées dans les rapports officiels, formaient une partie intégrante de la vie quotidienne derrière les barreaux. « Côté bagne, la survie passait parfois par des arrangements qui relevaient plus du troc que de la dignité », précise l’ouvrage.

Des violences institutionnalisées, rarement reconnues

Libération souligne que ces abus ne se limitaient pas aux relations entre détenus. Certains gardiens, selon les témoignages, fermaient les yeux – voire encourageaient – ces pratiques, tant qu’elles ne remettaient pas en cause l’ordre carcéral. « Les ‘vices infâmes’, comme les désignaient alors les rapports administratifs, étaient tolérés pour maintenir une forme de contrôle », explique un ancien archiviste interrogé par le journal.

Les archives judiciaires de l’époque, bien que partielles, confirment l’existence de procédures internes pour gérer ces situations. Cependant, aucune statistique officielle ne recense l’ampleur réelle de ces violences. Les chiffres disponibles se limitent à des rapports internes, souvent classés secrets et jamais rendus publics. « On a affaire à un phénomène massif, mais dont on ne connaîtra jamais l’étendue exacte », estime l’auteur.

Un héritage carcéral encore peu exploré

Si les bagnes ont été officiellement fermés en 1953, leurs méthodes et leur culture pénitentiaire ont marqué durablement l’administration carcérale française. Les récits de cette époque, longtemps restés dans l’ombre, soulèvent des questions sur la gestion actuelle des établissements pénitentiaires. « Ces pratiques ne sont pas un lointain passé », rappelle un sociologue spécialiste des prisons. « Elles rappellent que la violence, sous toutes ses formes, a toujours été un outil de gestion des détenus. »

L’ouvrage, qui s’appuie sur des documents inédits, pourrait relancer le débat sur la manière dont l’État a géré – ou plutôt négligé – ces aspects de la détention. Pour les historiens, il s’agit d’une pièce manquante pour comprendre l’évolution du système carcéral français.

Et maintenant ?

La publication de cet ouvrage pourrait inciter les archives nationales à ouvrir davantage leurs fonds sur cette période. Une commission historique, déjà évoquée par des chercheurs, pourrait être créée d’ici la fin de l’année pour évaluer l’opportunité d’une étude plus approfondie. En attendant, les associations de défense des droits des détenus appellent à une reconnaissance officielle de ces violences, qui restent pour l’heure largement méconnues du grand public.

Reste à voir si ces révélations conduiront à des mesures concrètes, ou si elles resteront cantonnées au domaine de l’histoire. Une chose est sûre : elles invitent à reconsidérer l’image idéalisée – ou du moins incomplète – que l’on se fait des bagnes français.

Les archives mentionnent principalement le bagne de Cayenne (Guyane) et celui de Nouvelle-Calédonie, deux établissements emblématiques de l’histoire pénitentiaire française. D’autres centres, comme ceux de Saint-Laurent-du-Maroni ou de Nouméa, sont également cités dans les récits.