On les imagine souvent comme de redoutables prédateurs assoiffés de sang, mais les requins partagent bien plus avec l’espèce humaine qu’on ne l’imagine généralement. Ouest France revient sur ces traits communs souvent ignorés, invitant à reconsidérer la perception de ces animaux marins.
Une réputation imméritée, entretenue par des siècles de mythes et de représentations cinématographiques, tend à occulter les véritables caractéristiques de ces prédateurs. Pourtant, leur biologie, leur comportement social et même leur système immunitaire révèlent des points de convergence surprenants avec l’homme. Les scientifiques, qui étudient ces animaux depuis des décennies, soulignent aujourd’hui leur complexité et leur importance écologique.
Ce qu'il faut retenir
- Les requins possèdent un système immunitaire sophistiqué, capable de résister à de nombreuses maladies, y compris certains cancers, selon des études publiées ces dernières années.
- Leur sens aigu de l’organisation sociale a été observé chez certaines espèces, comme les requins-baleines ou les requins blancs, qui adoptent des stratégies de chasse coopératives.
- Leur cerveau complexe, doté d’une mémoire à long terme et d’une capacité d’apprentissage, rivalise avec celui de nombreux mammifères.
- Contrairement aux idées reçues, la plupart des espèces de requins ne s’attaquent pas à l’homme et jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes marins.
Un système immunitaire qui défie les maladies
Les requins sont souvent cités en exemple pour leur résistance exceptionnelle aux infections et aux tumeurs. Ouest France rappelle que des recherches menées par des équipes internationales, dont celles de l’Université de Floride, ont mis en évidence des mécanismes de défense uniques. Leur sang contient des molécules, comme la squalamine, aux propriétés antibactériennes et antivirales puissantes. « Ces découvertes ouvrent des perspectives inédites en médecine humaine », a déclaré le Dr. Mahmoud A. Ghannoum, microbiologiste à l’Université Case Western Reserve, cité par le média.
Leur longévité, pouvant dépasser les 70 ans pour certaines espèces comme le requin du Groenland, est également un sujet d’étude. Les scientifiques tentent de comprendre comment ces animaux évitent les effets du vieillissement cellulaire, une piste prometteuse pour la recherche sur la sénescence chez l’homme.
Une organisation sociale insoupçonnée
Longtemps perçus comme des solitaires, les requins révèlent une vie sociale bien plus riche qu’on ne le pensait. Des observations réalisées en 2024 par des biologistes marins en Australie ont montré que les requins-baleines, les plus grands poissons du monde, communiquent entre eux par des clics sonores et adoptent des comportements coopératifs lors de la recherche de nourriture. « Ces interactions suggèrent une forme de langage primitif, encore mal compris », a précisé la biologiste Dr. Jessica Meeuwig, interrogée par Ouest France.
Chez les requins blancs, des études menées en Afrique du Sud ont révélé des stratégies de chasse coordonnées, où plusieurs individus encerclent leurs proies avant de les attaquer simultanément. Une démonstration de coordination rare dans le monde des poissons, rapprochant ces prédateurs des mammifères sociaux comme les dauphins.
Un cerveau capable d’apprentissage et de mémoire
Contrairement à une idée reçue tenace, les requins possèdent un cerveau bien plus développé que la moyenne des poissons. Des travaux publiés en 2025 dans la revue Animal Cognition ont montré que certaines espèces, comme le requin-taupe bleu, sont capables de résoudre des problèmes complexes et de retenir des informations sur plusieurs années. « Leur mémoire à long terme leur permet de reconnaître des zones de chasse ou des partenaires sociaux, ce qui est exceptionnel pour un poisson », a expliqué le neuroscientifique Dr. Kara Yopak, de l’Université du Queensland.
Leur capacité à adapter leur comportement en fonction de leur environnement – par exemple, éviter les zones fréquentées par l’homme après une mauvaise expérience – témoigne d’une intelligence pratique remarquable. Une étude menée en Floride en 2023 a révélé que les requins blancs évitaient sciemment les eaux où des activités humaines intenses avaient été enregistrées les semaines précédentes.
Un rôle écologique indispensable, souvent sous-estimé
Si les attaques de requins sur l’homme font régulièrement la une des médias, la réalité est tout autre : sur les 500 espèces de requins répertoriées, seule une dizaine est potentiellement dangereuse pour l’homme. La grande majorité joue un rôle clé dans la régulation des populations de poissons et le maintien de la biodiversité marine. Ouest France souligne que leur disparition aurait des conséquences dramatiques, comme l’a montré l’effondrement des stocks de coquilles Saint-Jacques en Caroline du Nord après la surpêche des requins-tigres dans les années 1980.
Les requins sont également des indicateurs de la santé des océans. Leur déclin, observé depuis les années 1970 – avec une baisse de 71 % de leurs populations dans certaines régions –, reflète la dégradation des écosystèmes marins. Des initiatives de protection, comme les réserves marines ou les programmes de marquage, tentent aujourd’hui de renverser cette tendance.
En attendant, la sensibilisation du grand public reste un enjeu crucial. Des campagnes éducatives, comme celles menées par l’association Sea Shepherd, tentent de changer les mentalités en mettant en avant le rôle positif des requins. « Il est temps de passer d’une image de prédateurs à celle de gardiens des océans », a rappelé un porte-parole de l’organisation.
Non. Sur les 500 espèces de requins recensées, seules une dizaine sont considérées comme potentiellement dangereuses pour l’homme, dont le grand requin blanc, le requin-tigre ou le requin-bouledogue. La majorité des espèces sont inoffensives et jouent un rôle écologique essentiel.