Selon Numerama, l’Espagne mène une politique à double vitesse vis-à-vis des industriels chinois de l’automobile. D’un côté, plusieurs régions du pays rivalisent pour attirer des usines de batteries et de véhicules électriques en provenance de Chine, tandis que, de l’autre, le gouvernement de Madrid pousse activement la Commission européenne à durcir les règles du jeu pour éviter que cette dépendance technologique ne devienne un handicap stratégique.
Ce qu'il faut retenir
- Madrid attire les investissements chinois tout en cherchant à limiter leur impact sur sa souveraineté industrielle
- Les régions espagnoles se livrent une compétition pour implanter des sites de production de batteries et de voitures électriques made in China
- Le gouvernement espagnol milite à Bruxelles pour l’instauration de règles communes visant à encadrer l’influence technologique chinoise
- Cette stratégie reflète les tensions entre opportunités économiques immédiates et risques de dépendance à long terme
L’Espagne incarne ainsi une approche nuancée, où l’attractivité économique se heurte à des considérations géopolitiques et industrielles. Les régions autonomes, souvent en compétition entre elles, voient dans les investissements chinois une opportunité de moderniser leur tissu industriel et de créer des emplois. Les projets d’usines de batteries et de véhicules électriques fleurissent, portés par des groupes comme BYD ou CATL, qui multiplient les annonces dans des villes comme Valence, Saragosse ou Barcelone.
Cependant, côté gouvernement central, la prudence domine. Le ministère de l’Industrie espagnol a indiqué à plusieurs reprises vouloir éviter une dépendance excessive. Comme l’a souligné une source proche du dossier, « nous ne voulons pas reproduire les erreurs commises avec les énergies fossiles, où notre dépendance a coûté cher ». C’est dans ce contexte que Madrid a pris l’initiative d’appeler Bruxelles à renforcer les mécanismes de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques.
La Commission européenne, déjà en première ligne sur ce sujet, a commencé à durcir le ton. En juin 2026, elle a proposé un nouveau cadre réglementaire visant à encadrer les prises de participation étrangères dans les industries liées à la transition énergétique. Ce texte, encore en discussion, prévoit notamment des critères stricts pour les subventions publiques accordées aux projets impliquant des acteurs chinois. L’objectif affiché est de préserver l’autonomie technologique européenne, tout en évitant les distorsions de concurrence.
Pour les industriels chinois, l’Espagne reste un terrain d’expansion majeur en Europe. Avec un marché automobile en pleine mutation — les ventes de véhicules électriques ont bondi de 40 % en 2025, selon l’Association des constructeurs européens (ACEA) — et une main-d’œuvre qualifiée, le pays offre des atouts indéniables. Pourtant, les projets en cours font l’objet d’un examen minutieux. À Valence, où CATL a annoncé un investissement de 7,5 milliards d’euros pour une gigafactory de batteries, les autorités locales assurent que le projet sera « 100 % conforme » aux règles européennes. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec Bruxelles pour garantir la transparence et le respect des normes », a précisé un responsable régional sous couvert d’anonymat.
Cette stratégie en tension reflète un dilemme plus large au sein de l’Union européenne. Entre la nécessité de financer la transition écologique — l’Europe vise la neutralité carbone d’ici 2050 — et la crainte de voir des secteurs clés tomber sous influence étrangère, les États membres peinent à trouver un équilibre. L’Espagne, en jouant à la fois la carte de l’attractivité et celle de la méfiance, illustre cette quête difficile.
Pour les observateurs, une chose est sûre : l’Espagne ne sera pas le seul pays à devoir trancher ce débat dans les mois à venir. La France, l’Allemagne et l’Italie suivent de près les évolutions de cette stratégie, tandis que d’autres États membres pourraient s’inspirer — ou au contraire contester — l’approche espagnole.