Avec **4 763 lieux de culte** recensés en 2025, les Églises évangéliques en Espagne connaissent une expansion sans précédent, portée principalement par l’immigration latino-américaine. Selon Euronews FR, ce phénomène s’est illustré de manière spectaculaire lors du Festival de l’Espoir, organisé fin mai à Madrid, où des milliers de fidèles ont répondu présent à l’appel de Franklin Graham, fils du célèbre prédicateur Billy Graham et proche allié de Donald Trump.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Festival de l’Espoir, tenu les 30 et 31 mai à Madrid, a rassemblé 18 700 participants, dont 12 600 le premier jour, selon l’Association évangélique Billy Graham.
  • L’Espagne comptait 4 763 lieux de culte évangéliques en 2025, contre 2 944 en 2011, avec une forte concentration en Catalogne et à Madrid.
  • L’immigration latino-américaine, notamment en provenance de Colombie et du Venezuela, joue un rôle clé dans cette croissance religieuse.
  • Ces Églises, autrefois cantonnées à de petites congrégations, organisent désormais des rassemblements de masse, comme The Change Madrid, qui a attiré 35 000 personnes en avril.

Un événement aux allures de spectacle religieux

Dans l’enceinte du Palais Vistalegre à Madrid, la frontière entre un concert et une cérémonie religieuse s’est estompée. Des milliers de personnes, bras levés et voix unies, ont assisté à l’intervention de Franklin Graham. Ce dernier, président de l’Association évangélique Billy Graham et figure proche de Donald Trump, a déclaré : « L’Espagne a besoin d’espérance, et cette espérance se trouve en Jésus-Christ ». Il a souligné, lors de son allocution, observer un regain d’intérêt pour le christianisme en Europe et exprimé son vœu d’un « nouveau réveil spirituel » dans le pays.

L’organisation de l’événement a mobilisé **840 Églises évangéliques** de la Communauté de Madrid, issues de différentes dénominations. Près de **9 800 personnes** avaient également participé, dans les mois précédents, à des activités de formation et d’évangélisation. Selon les organisateurs, l’affluence totale sur les deux jours s’élève à **18 700 personnes**, dont 2 000 contraintes de rester à l’extérieur en raison du manque de place.

Une croissance démographique et spirituelle marquée

L’Espagne, traditionnellement catholique, voit son paysage religieux se transformer rapidement. En septembre 2025, l’Observatoire du pluralisme religieux en Espagne dénombrait **4 763 lieux de culte évangéliques**, un chiffre en hausse de **308 unités** par rapport à 2024. Cette progression est d’autant plus notable qu’elle s’inscrit dans une tendance de long terme : en 2011, seuls **2 944 centres** étaient recensés. La Catalogne arrive en tête avec **1 010 Églises**, suivie par Madrid (**855**), l’Andalousie (**744**) et la Communauté valencienne (**510**).

Malgré la prédominance de l’Église catholique — qui compte **22 922 lieux de culte** —, les Églises évangéliques représentent désormais **plus de la moitié des centres religieux non catholiques** en Espagne. Leur expansion ne se limite d’ailleurs pas aux édifices dédiés au culte. Elles se sont implantées dans les universités, les associations de quartier, les médias et les réseaux sociaux, gagnant ainsi en visibilité.

L’immigration latino-américaine, moteur de cette transformation

L’essor des Églises évangéliques est indissociable de l’arrivée massive de migrants en provenance d’Amérique latine. Selon les dernières données de l’Institut national de la statistique espagnol (INE), l’Espagne enregistre des niveaux historiques de population étrangère, tirés notamment par l’afflux de Colombiens et de Vénézuéliens. Ces pays, où les Églises évangéliques et pentecôtistes sont historiquement bien implantées, envoient des communautés déjà familiarisées avec ces pratiques religieuses.

Pour de nombreux immigrés, ces congrégations ne se résument pas à un lieu de culte. Elles constituent un **réseau de soutien social et professionnel**, offrant un cadre familial et des conseils aux nouveaux arrivants souvent démunis. « Les Églises jouent un rôle clé dans l’intégration, en facilitant les contacts personnels et en offrant un sentiment d’appartenance », explique un responsable évangélique sous couvert d’anonymat. Cette dimension sociale explique en partie leur attractivité croissante.

Des rassemblements de masse révélateurs d’un changement d’échelle

Quelques semaines avant le Festival de l’Espoir, un autre événement avait marqué les esprits : The Change Madrid, organisé en avril au stade Metropolitano. Avec **35 000 participants**, selon les organisateurs, cette rencontre a mis en lumière l’évolution du mouvement évangélique. Parmi les figures présentes figuraient des prédicateurs internationaux ainsi que l’ancien footballeur brésilien Dani Alves, qui a partagé son témoignage de conversion après une période d’emprisonnement.

Ces méga-événements illustrent une mutation profonde : ce qui était autrefois associé à de petites assemblées locales est désormais capable de remplir les plus grandes salles du pays. Leur succès repose sur un mélange de musique live, de productions audiovisuelles et de témoignages personnels, créant une dynamique à la fois spirituelle et médiatique. « On est passé d’une foi discrète à une foi qui s’affiche, qui se montre et qui cherche à convertir », analyse un sociologue des religions contacté par Euronews FR.

Et maintenant ?

Avec l’arrivée prochaine du pape Léon XIV en Espagne, la visibilité des Églises évangéliques pourrait encore s’accroître. Les organisateurs des grands rassemblements religieux tablent sur une nouvelle hausse de fréquentation dans les mois à venir, tandis que les observateurs s’interrogent sur l’impact de cette expansion sur le paysage spirituel du pays. Une chose est sûre : la dynamique actuelle devrait se poursuivre, portée par l’immigration et une stratégie de communication de plus en plus aboutie.

Cette transformation religieuse soulève également des questions sociétales. Comment les institutions traditionnelles, comme l’Église catholique, vont-elles réagir face à cette concurrence ? Quel rôle les pouvoirs publics joueront-ils dans la régulation de cette croissance ? Autant de sujets qui pourraient alimenter le débat dans les années à venir.

Non, l’Église catholique reste largement majoritaire avec plus de 22 000 lieux de culte, contre environ 4 800 pour les Églises évangéliques. Cependant, ces dernières enregistrent la croissance la plus rapide du paysage religieux espagnol.