Selon BFM Bourse, la banque américaine Goldman Sachs vient de publier une note intitulée « The secret outperformer » (« le marché qui surperforme en secret »), dans laquelle elle s’attaque à huit idées reçues sur les performances boursières de l’Europe. L’établissement reconnaît que certains reproches adressés au Vieux Continent sont fondés, mais estime que la réalité des chiffres dément la plupart des clichés persistants.
Ce qu'il faut retenir
- La croissance des bénéfices par action en Europe a atteint +14 % au premier semestre 2026, le rythme le plus élevé depuis trois ans, selon Goldman Sachs.
- Les actions européennes ont surperformé le S&P 500 depuis 2022, notamment grâce à la résilience des banques et à une moindre dépendance à l’intelligence artificielle.
- Les secteurs les plus vulnérables à la concurrence chinoise (automobile, chimie) ne représentent que 1 % de la capitalisation du Stoxx Europe 600, limitant l’impact global.
- Les flux entrants sur les actions européennes sont au plus haut depuis dix ans, tirés par les investisseurs étrangers en quête de diversification.
- Goldman Sachs souligne que l’Europe affiche un ROE (return on equity) en amélioration, porté par des marges accrues et des rachats d’actions, bien que toujours inférieur à celui des États-Unis.
Une croissance des bénéfices en Europe plus forte que jamais
Contrairement à l’image d’une Europe boursière en stagnation, Goldman Sachs rappelle que la croissance des bénéfices par action a atteint +14 % au premier semestre 2026, le niveau le plus élevé depuis trois ans. Ce résultat est d’autant plus remarquable que le Vieux Continent a subi de nouveaux chocs sur l’approvisionnement en énergie, un facteur historiquement défavorable aux bénéfices européens. La banque a d’ailleurs révisé à la hausse sa prévision de croissance des bénéfices pour le Stoxx Europe 600, passant de 10 % à 15 % pour l’année 2026. Deutsche Bank, dans une analyse publiée début août 2026, avait déjà souligné la résistance des entreprises européennes, avec une hausse de 22 % de leurs bénéfices par action au deuxième trimestre.
Si le secteur énergétique et pétrolier a joué un rôle clé dans cette performance, son exclusion laisse tout de même une progression de 7 % des bénéfices, illustrant une « reprise saine et diffuse » à travers l’ensemble des secteurs industriels.
Rentabilité et ROE : l’Europe réduit l’écart avec les États-Unis
Goldman Sachs admet que le retour sur fonds propres (ROE) reste inférieur en Europe à celui des États-Unis, où il atteint des niveaux « exceptionnellement élevés ». Cependant, la situation s’améliore : « Les marges et les rachats d’actions ont augmenté ces dernières années, et les banques sont devenues plus rentables », explique la banque. Les groupes financiers, qui avaient tiré le ROE vers le bas entre 2008 et 2021 en raison des taux bas et de la nécessité de reconstituer leurs fonds propres après la crise financière, bénéficient désormais d’un environnement plus favorable.
La banque souligne également que l’Europe est bien positionnée sur des thèmes structurels comme les dépenses de défense, les infrastructures, l’électrification ou encore les centres de données. « Le ROE en Chine est bien plus bas en raison de la surcapacité et d’un moindre accent sur les rendements pour les actionnaires », ajoute Goldman Sachs. Autant dire que la performance boursière européenne ne doit pas être réduite à une simple comparaison avec Wall Street.
L’Europe bat Wall Street depuis 2022 : la preuve par les chiffres
Selon Goldman Sachs, l’Europe a effectivement sous-performé les États-Unis durant la décennie suivant la crise de 2008-2009. « Mais ces dernières années, et surtout depuis la pandémie, les performances ont été beaucoup plus mitigées que ce que le récit dominant suggère », précise la banque. Depuis 2022, les banques européennes ont largement surperformé les « Sept Magnifiques » (les géants technologiques américains). Depuis le début de l’année 2025, le Stoxx Europe 600 surpasse le S&P 500, malgré les tensions commerciales et les chocs énergétiques.
Plusieurs facteurs expliquent ce rebond : la valorisation élevée de Wall Street, les taux d’intérêt élevés qui pèsent sur les valeurs technologiques, et les doutes entourant le financement et la rentabilité des investissements dans l’intelligence artificielle. À l’inverse, les secteurs industriels européens, moins exposés aux bouleversements technologiques, ont tiré leur épingle du jeu. « Les dépenses budgétaires en Allemagne et l’absence de grands chocs politiques ont également contribué à maintenir une prime de risque en baisse », note Goldman Sachs. L’année 2027 pourrait toutefois s’avérer plus difficile, avec des élections majeures en France, en Italie et en Espagne.
La Chine, un défi réel mais moins impactant qu’imaginé
Goldman Sachs reconnaît que la concurrence chinoise pèse sur certains secteurs, notamment l’automobile, où les marques asiatiques ont atteint une part de marché de 10,7 % en Europe occidentale au deuxième trimestre 2026, selon Bernstein. « Les exportations chinoises frappent durement l’industrie allemande et des secteurs comme l’automobile et la chimie. Nous recommandons de sous-pondérer ces deux secteurs », concède la banque. Pourtant, ces industries ne représentent qu’une faible part de la capitalisation boursière européenne : l’automobile ne pèse que 1 % du Stoxx Europe 600, contre 10 % de ses revenus.
Goldman Sachs estime que la majorité des secteurs européens ne sont pas directement menacés par la Chine. « Les secteurs de la finance, de l’énergie, des services aux entreprises, des médias, des voyages et loisirs, ou encore de la santé ne sont pas exposés à une baisse des prix causée par la production chinoise », souligne l’établissement. Par ailleurs, les consommateurs européens bénéficient de prix plus bas et d’une inflation moins élevée, ce qui soutient le pouvoir d’achat et les revenus des entreprises locales. « Les secteurs domestiques comme l’immobilier, les télécoms ou les utilities sont également protégés », ajoute Goldman Sachs.
L’énergie : un atout déguisé pour les marchés actions
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les prix élevés de l’énergie n’ont pas systématiquement freiné les bénéfices des entreprises européennes. Goldman Sachs explique que les marchés actions du Vieux Continent sont exposés à 50 % à l’international, ce qui limite l’impact des chocs énergétiques locaux. « Pour la plupart des économies européennes, des prix de l’énergie plus élevés freinent la croissance en raison de leur dépendance aux sources externes. Mais pour les actions, il existe une corrélation positive entre le bénéfice par action et les prix de l’énergie », précise la banque.
Cette dynamique s’explique par la forte présence des secteurs de l’énergie et des ressources de base dans les indices européens. Les services publics, la chimie et la finance en profitent également, grâce à des contrats permettant de répercuter les coûts. « Les secteurs comme les télécommunications, les médias ou la santé sont peu affectés, tandis que la consommation discrétionnaire est le seul grand perdant », conclut Goldman Sachs. Un bémol subsiste toutefois : si les prix de l’énergie restent durablement élevés, la demande pourrait finir par en pâtir.
Une économie européenne anémique ? Pas pour les entreprises cotées
Goldman Sachs rappelle que seulement 40 % des revenus des sociétés du Stoxx Europe 600 sont générés en Europe, 24 % provenant d’Amérique du Nord et 19 % d’Asie-Pacifique. « Il y a un lien entre la croissance économique européenne et les revenus européens, mais il est plus faible qu’on ne le pense souvent. Les revenus dépendent davantage de la croissance mondiale, du pouvoir de fixer les prix et des prix des matières premières », explique la banque. La croissance européenne a mieux résisté aux chocs (droits de douane, conflits, chocs énergétiques) que ne le prévoyaient de nombreux observateurs.
L’Europe attire enfin les investisseurs étrangers
Un dernier cliché qui vole en éclats : « Personne n’achète l’Europe ». Selon Goldman Sachs, les flux entrants sur les actions européennes sont au plus haut depuis dix ans, à l’exception de 2021. Cette dynamique est portée presque exclusivement par les investisseurs étrangers, qui cherchent à diversifier leurs portefeuilles face à une concentration excessive aux États-Unis et au dollar. « Cela découle d’un désir de diversification, de valorisations élevées aux États-Unis et de positions concentrées sur un petit nombre d’actions », analyse la banque.
Les entreprises européennes elles-mêmes contribuent à cette tendance, via des rachats d’actions, des fusions-acquisitions ou des prises de participation en hausse. Autant d’éléments qui démentent l’idée d’un marché boursier européen délaissé.
Les valorisations : l’Europe moins chère, mais pour de bonnes raisons ?
Goldman Sachs balaie un dernier mythe : l’idée selon laquelle l’Europe serait moins chère que les États-Unis uniquement parce que sa croissance est plus faible. Pour le vérifier, la banque a comparé les valorisations des entreprises du Stoxx Europe 600 avec celles du S&P 500, en les regroupant par intervalles de croissance similaires (moins de 0 %, 4 % à 6 %, plus de 10 %, etc.). Résultat : « À l’exception des croissances très faibles, les groupes américains jouissent toujours d’une prime de valorisation », constate Goldman Sachs.
Plusieurs groupes européens ont d’ailleurs choisi de délocaliser leur cotation aux États-Unis pour bénéficier de multiples de valorisation plus élevés, ce qui tend à confirmer cette décote structurelle. « Nous pensons qu’il y a une décote pour être européen, même quand des facteurs comme le secteur et la croissance attendue sont pris en compte. Mais nous estimons qu’elle est méritée », conclut la banque.
En conclusion, l’Europe boursière n’est pas le parent pauvre des marchés actions. Entre une croissance des bénéfices en hausse, une diversification géographique des revenus et une attractivité retrouvée auprès des investisseurs étrangers, le Vieux Continent semble avoir tourné la page des années de sous-performance. Reste à voir si cette tendance se confirmera dans un environnement économique et géopolitique toujours aussi incertain.
Selon Goldman Sachs, cette performance s’explique par la fin des taux bas et la reconstitution des fonds propres après la crise financière et la crise souveraine. Les banques sont désormais plus rentables, et leur ROE s’est amélioré, réduisant l’écart avec les standards américains.
Goldman Sachs souligne que la surperformance européenne dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à résister aux chocs énergétiques et commerciaux, l’évolution des valorisations américaines et la stabilité politique en Europe, notamment après les élections de 2027.