Selon Euronews FR, les voyageurs européens pourraient bientôt embarquer à bord d’avions électriques sur des liaisons régionales dès le début des années 2030. Cette perspective s’appuie sur des avancées technologiques rapides dans le domaine de l’aviation décarbonée, alors que la dépendance aux énergies fossiles et les tensions géopolitiques rendent cette transition de plus en plus urgente.
Ce qu'il faut retenir
- Les vols électriques et hybrides pourraient desservir un quart des liaisons aériennes européennes d’ici 2030, selon l’AESA.
- Des trajets comme Londres-Dublin, Athènes-Santorin ou Nice-Corse pourraient être opérés par des avions électriques dès 2030.
- Plusieurs start-up européennes, dont Vaeridion (Allemagne) et Aura Aero (France), développent des appareils de 9 à 90 places avec des autonomies allant jusqu’à 1 500 km.
- Le coût opérationnel pourrait descendre sous 0,50 € par passager-kilomètre, proche d’un billet de train en première classe.
- La Commission européenne a élargi en juillet 2026 ses financements pour soutenir ces technologies aux côtés du SAF et de l’hydrogène.
Des liaisons stratégiques ciblées par les avions électriques
D’après une analyse de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA), reprise par Euronews FR, les avions électriques pourraient desservir jusqu’à 25 % des vols court-courriers en Europe. Ces appareils, limités à des distances inférieures à 500 km, seraient particulièrement adaptés aux trajets insulaires ou traversant des étendues d’eau, où le train ne constitue pas une alternative réaliste.
Parmi les liaisons concernées figurent Londres-Dublin, Athènes-Santorin, Barcelone-Ibiza, Nice-Corse ou encore Rome-Sardaigne. Ces routes, souvent dominées par des opérateurs low-cost, pourraient bénéficier d’une réduction significative de leurs émissions, tout en évitant les fluctuations des prix du kérosène.
Carlos López de la Osa, responsable technique aviation à la Fédération européenne pour le transport et l’environnement (T&E), rappelle que « beaucoup de gens pensent encore que des avions fonctionnant sur batteries relèvent d’un rêve lointain ». Pourtant, « les vols électriques et hybrides sont au cœur de la solution pour rendre les déplacements court-courriers plus durables et moins dépendants du kérosène importé », a-t-il souligné auprès d’Euronews FR.
Les pionniers de l’aviation électrique en Europe
Plusieurs jeunes pousses européennes se positionnent en tête de cette course technologique. La start-up allemande Vaeridion mise sur un avion électrique de neuf places, dont la certification est prévue pour 2030. L’entreprise a déjà obtenu des engagements pour 100 appareils, avec un coût opérationnel estimé à moins de 0,50 € par passager-kilomètre — un niveau comparable à un billet de train en première classe.
En France, Aura Aero développe un avion régional hybride-électrique de 19 places, capable de parcourir jusqu’à 1 500 km. Antoine Toulemont, responsable des affaires européennes de l’entreprise, précise que « le fait d’être hybride permettra à notre appareil d’aller plus loin, tout en réduisant les émissions jusqu’à 80 %, et il pourra facilement utiliser du carburant aérien durable (SAF) plutôt que du kérosène classique ». Il ajoute que « même aux prix actuels du carburant, nous estimons une réduction de 50 % des coûts d’exploitation directs ».
Aux Pays-Bas, Elysian Aircraft, en partenariat avec KLM, travaille sur un avion électrique de 90 places destiné à des liaisons jusqu’à 1 000 km dès 2035. Ces initiatives illustrent comment l’Europe mise sur des acteurs innovants pour combler le retard pris par les grands constructeurs traditionnels.
Des défis technologiques et environnementaux persistants
Si les progrès sont réels, des obstacles subsistent. La densité énergétique des batteries reste le principal frein à l’autonomie des appareils. Jusqu’à présent, les avions entièrement électriques étaient limités à des trajets très courts, mais les avancées dans les moteurs, l’intégration des batteries et l’aérodynamique changent la donne. Cependant, le poids des batteries continue de déterminer la taille et la capacité des appareils.
Sur le plan environnemental, les avions électriques présentent un bilan mitigé. S’ils suppriment les émissions de CO₂ en vol, leur impact global dépend de la source d’électricité utilisée pour les recharger et des émissions liées à la fabrication des batteries. Anna Hughes, directrice du collectif Flight Free UK, rappelle que « les vols électriques ne seront zéro carbone que lorsqu’ils seront alimentés par des énergies renouvelables ». Elle insiste aussi sur la nécessité de prioriser les besoins essentiels face à la hausse de la demande énergétique : « La réalité de la décarbonation du voyage passera inévitablement par le fait de voyager beaucoup moins, d’investir massivement dans le rail, puis seulement d’électrifier les vols qui subsisteront ».
Par ailleurs, le carburant aérien durable (SAF), souvent présenté comme une solution transitoire pour les longs trajets, reste limité en volume et pose question sur sa durabilité réelle. Des experts estiment que les approvisionnements ne seront pas suffisants pour accompagner la croissance du transport aérien, renforçant l’intérêt de l’électrification directe.
Un soutien politique croissant pour décarboner l’aviation
En juillet 2026, la Commission européenne a proposé d’élargir ses financements dédiés à la décarbonation de l’aviation. Désormais, les subventions pourront aussi être allouées au développement des avions électriques, en complément des investissements dans le SAF et les appareils à hydrogène. Cette décision s’inscrit dans le cadre du Pacte vert européen, qui vise à réduire de 55 % les émissions du secteur aérien d’ici 2030.
Les politiques climatiques strictes mises en place par certains États membres, comme la France et l’Espagne — qui ont interdit les vols court-courriers quand une alternative ferroviaire existe en moins de 2,5 heures — encouragent cette transition. Cependant, pour des trajets insulaires ou maritimes, l’avion reste indispensable, rendant les avions électriques d’autant plus pertinents.
Avec la volatilité persistante des prix du gaz et les objectifs climatiques de plus en plus ambitieux, l’aviation électrique représente une piste sérieuse pour décarboner les trajets court-courriers. Cependant, son déploiement à grande échelle nécessitera une coordination entre constructeurs, régulateurs et opérateurs aériens, sans quoi cette révolution technologique restera limitée à quelques niches.
L’avantage principal réside dans la réduction des émissions de CO₂ et de la pollution sonore, ainsi que dans une moindre dépendance aux carburants fossiles importés. Les avions électriques pourraient aussi rendre viable des liaisons régionales actuellement peu rentables pour les compagnies aériennes.