Selon Libération, le Victoria and Albert Museum (V&A) East de Londres inaugure une nouvelle exposition majeure intitulée « The Music is Black ». Cette rétrospective, installée dans la branche récente du célèbre musée britannique, plonge le visiteur dans plus d’un siècle d’histoire musicale noire du Royaume-Uni. Entre archives, objets emblématiques et immersions sonores, l’exposition explore les évolutions culturelles, sociales et politiques qui ont façonné la scène musicale britannique, du reggae au grime, en passant par le soul, le jazz ou le hip-hop.

Ce qu'il faut retenir

  • L’exposition « The Music is Black » est présentée au V&A East, la nouvelle branche du Victoria and Albert Museum située à Londres.
  • Elle retrace plus d’un siècle de musique noire britannique, depuis le reggae jusqu’au grime, en passant par d’autres genres musicaux.
  • L’exposition combine archives, objets historiques et expériences sonores immersives pour raconter cette histoire.
  • Elle met en lumière les luttes sociales, les hybridations culturelles et les contributions majeures des artistes noirs britanniques.

Une traversée historique et culturelle de la musique noire britannique

Installée dans le quartier en pleine mutation de Queen Elizabeth Olympic Park, à l’est de Londres, l’exposition « The Music is Black » se présente comme une traversée vivante de l’histoire sociale et musicale du Royaume-Uni. Selon les organisateurs, elle vise à restituer la richesse et la diversité des expressions musicales portées par les communautés noires britanniques, tout en soulignant leur rôle dans les combats pour l’égalité et la reconnaissance. « On y découvre comment la musique a servi de caisse de résonance aux luttes pour les droits civiques, à l’affirmation identitaire et à l’innovation artistique », explique l’un des commissaires de l’exposition, cité par Libération.

L’exposition s’ouvre sur les premiers enregistrements de calypso et de jazz réalisés dans les années 1920-1930 par des artistes noirs britanniques ou originaires des Caraïbes. Elle se poursuit avec les scènes du reggae des années 1970-1980, portées par des figures comme Dennis Bovell ou Steel Pulse, avant d’aborder l’essor du soul britannique avec des artistes comme Dusty Springfield ou Joss Stone. Les années 1990 et 2000 sont marquées par l’émergence du grime, un genre né dans les quartiers populaires de Londres, avec des pionniers comme Dizzee Rascal ou Wiley.

Des archives aux expériences immersives : une exposition interactive

« The Music is Black » ne se contente pas d’exposer des objets ou des documents. Elle propose une véritable immersion sonore et visuelle, conçue pour donner à entendre et à ressentir les différentes époques. Les visiteurs peuvent ainsi écouter des extraits rares d’interviews d’artistes, des enregistrements live ou des morceaux inédits, tout en découvrant des instruments de musique, des pochettes de disques, des costumes de scène ou des affiches de concerts. « L’idée est de rendre palpable l’énergie et l’impact de ces musiques, qui ont façonné la culture britannique bien au-delà des communautés noires », précise un membre de l’équipe du V&A East.

Parmi les pièces maîtresses de l’exposition figurent une réplique du studio de Lee « Scratch » Perry, un micro ayant appartenu à Aretha Franklin lors de sa tournée au Royaume-Uni en 1968, ou encore une robe portée par Dusty Springfield lors d’un concert à la BBC en 1965. Ces objets, souvent prêtés par des collections privées ou des institutions comme la British Library, sont accompagnés de vidéos d’archives, de photos et de témoignages d’artistes ou de fans.

Entre mémoire des luttes et hybridations culturelles

L’exposition accorde une place centrale aux questions politiques et sociales qui ont accompagné l’émergence de ces musiques. Elle revient notamment sur le rôle des sound systems jamaïcains dans les années 1950-1960, qui ont permis aux communautés caribéennes de préserver leur culture dans un contexte de marginalisation. « Ces sound systems étaient bien plus que des lieux de diffusion musicale : ils servaient de lieux de sociabilité, de résistance et d’affirmation culturelle », souligne un historien spécialiste des diasporas africaines, interviewé par Libération.

Plus récemment, l’exposition aborde la manière dont des genres comme le grime ou le UK drill ont été perçus – et parfois stigmatisés – par les médias et les institutions britanniques. « On y voit comment ces musiques, nées dans les quartiers populaires, ont fini par s’imposer comme des phénomènes culturels majeurs, tout en restant associées à des débats sur la classe, la race et l’espace urbain », explique un commissaire de l’exposition. Des panneaux explicatifs et des entretiens vidéo avec des artistes comme Stormzy ou Little Simz éclairent ces enjeux.

Et maintenant ?

L’exposition « The Music is Black » est présentée au V&A East jusqu’au 31 octobre 2026, avec la possibilité de prolongements ou de tournées dans d’autres institutions culturelles britanniques ou européennes. Un catalogue richement illustré, coédité avec des maisons d’édition spécialisées, devrait être publié à l’automne 2026. Par ailleurs, le V&A East annonce une série de concerts, de débats et d’ateliers en lien avec l’exposition, destinés à prolonger la réflexion sur le rôle de la musique dans les luttes sociales. Les organisateurs espèrent attirer un public large, au-delà des amateurs de musique, pour sensibiliser aux enjeux de diversité et d’inclusion dans le domaine culturel.

Cette exposition s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des contributions des minorités ethniques à la culture britannique. Elle fait écho à d’autres initiatives récentes, comme la création d’un fonds dédié à la préservation des archives des musiques noires par le UK Arts Council, ou encore l’inauguration, en 2024, du Black Music Museum à Bristol. « On assiste à un mouvement de réappropriation de cette histoire, qui était trop souvent effacée ou minimisée », observe un sociologue interrogé par Libération. Reste à voir si cette tendance se confirmera dans les années à venir.