Dans une tribune publiée par Le Monde – Politique, Sarah Rey, historienne spécialiste d’histoire ancienne, analyse la manière dont l’extrême droite s’approprie les référents de l’Antiquité gréco-romaine. Selon elle, ces emprunts, aussi anachroniques que dépourvus de légitimité historique, répondent à des motivations idéologiques précises.
Ce qu'il faut retenir
- Sarah Rey, historienne reconnue, publie une tribune dans Le Monde – Politique pour dénoncer la récupération de l’Antiquité par l’extrême droite.
- Elle retrace la généalogie de ces détournements, soulignant leur absence de fondement historique.
- L’auteure interroge les motivations idéologiques derrière ce choix politique, souvent instrumentalisé.
- La tribune s’inscrit dans un débat plus large sur la manipulation du passé à des fins partisanes.
Une tribune pour déconstruire les récupérations politiques
Dans sa tribune au Monde – Politique, Sarah Rey, maître de conférences en histoire ancienne à l’université de Lyon, revient sur la tendance croissante de l’extrême droite à se référer à l’Antiquité gréco-romaine. « L’extrême droite aime l’Antiquité, qui ne lui a rien demandé », écrit-elle, soulignant l’absence de fondement historique à ces emprunts. Selon l’historienne, ces références, souvent anachroniques, visent à légitimer des discours politiques contemporains en s’appuyant sur un passé mythifié.
L’auteure précise que ces récupérations ne sont pas nouvelles, mais qu’elles prennent une ampleur particulière dans le contexte actuel. « Cette appropriation de l’Antiquité n’est pas neutre, elle est le reflet d’une volonté de construire un récit historique alternatif », explique-t-elle. Sarah Rey rappelle que ces référents, souvent déformés ou sortis de leur contexte, servent avant tout à renforcer des idéologies nationalistes ou identitaires.
Une généalogie des détournements historiques
Pour étayer son propos, Sarah Rey retrace la généalogie des récupérations par l’extrême droite des figures et symboles antiques. Elle cite notamment l’exemple de la Sparte antique, souvent présentée comme un modèle de société hiérarchisée et guerrière, en phase avec certaines visions politiques contemporaines. « La référence à Sparte permet de promouvoir une vision organiciste de la société, où l’individu est subordonné à la collectivité », analyse-t-elle.
L’historienne souligne également le détournement des figures comme Jules César ou Alexandre le Grand, souvent célébrées pour leur « force » ou leur « vision », des qualités mises en avant pour justifier des politiques autoritaires. « Ces figures sont instrumentalisées pour servir un discours sur la grandeur nationale ou la supériorité culturelle », précise-t-elle.
Les motivations idéologiques derrière ces emprunts
Sarah Rey interroge les motivations profondes de ces récupérations. Pour elle, elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de construction d’une identité nationale mythifiée. « L’extrême droite cherche à ancrer son discours dans un passé lointain pour légitimer ses revendications », explique-t-elle. Ce faisant, elle ignore sciemment les complexités et les contradictions de l’Antiquité, préférant en retenir une image simplifiée et idéale.
L’historienne rappelle que ces détournements ne sont pas sans conséquences. « Ils participent à une entreprise de désinformation historique, qui peut avoir des répercussions sur la compréhension du passé par le grand public », souligne-t-elle. Sarah Rey insiste sur la nécessité de démêler le vrai du faux dans ces références, pour éviter que l’Antiquité ne devienne un simple outil politique.
En attendant, la question reste entière : comment contrer la désinformation historique sans tomber dans la censure ? Un équilibre difficile à trouver, alors que les réseaux sociaux amplifient la diffusion de ces récits biaisés.
