Selon Futura Sciences, le développement massif de l’intelligence artificielle (IA) représente une menace croissante pour l’environnement. Un rapport des Nations unies, intitulé Environmental cost of AI's energy use et publié le 3 juin 2026, dresse un bilan alarmant des cinq principaux impacts écologiques de cette technologie. Entre consommation électrique record, prélèvements d’eau critiques et extraction de métaux rares, les géants du numérique minimisent encore ces enjeux.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, les centres de données ont consommé 448 térawattheures d’électricité, soit l’équivalent de la consommation de la France, classant ces infrastructures au 11ᵉ rang mondial des pays les plus énergivores.
  • L’IA pourrait représenter 3 % de la consommation électrique mondiale d’ici 2030, une quantité suffisante pour alimenter l’Afrique subsaharienne pendant plus de cinq ans.
  • Les data centers utilisent 9 300 milliards de litres d’eau par an, un volume suffisant pour couvrir les besoins en eau potable de la planète pendant 1,6 an.
  • L’extraction des métaux rares nécessaires à l’IA ravage des écosystèmes, notamment en Afrique et en Amérique du Sud, avec des conséquences graves sur les sols et les cours d’eau.
  • D’ici 2030, les infrastructures d’IA pourraient générer 2,5 millions de tonnes de déchets électroniques par an, l’équivalent de 250 tours Eiffel mises au rebut annuellement.

Un impact énergétique comparable à celui d’un État souverain

Si les centres de données étaient un pays, leur consommation électrique de 448 térawattheures en 2025 — soit 448 milliards de kilowattheures — les placerait au 11ᵉ rang mondial, juste derrière des nations comme l’Allemagne ou le Japon. Selon le rapport onusien, cette énergie pourrait suffire à alimenter les 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique subsaharienne pendant plus de cinq ans. D’ici 2030, l’IA pourrait consommer 3 % de l’électricité mondiale, avec un bilan carbone potentiel de 400 millions de tonnes d’équivalent CO₂, soit les émissions annuelles du Royaume-Uni en 2025. « Les centres de données, les puces, la production d’électricité et les systèmes de refroidissement figurent parmi les principaux postes de dépense énergétique », précise le document.

Un seul clip vidéo généré par IA en haute résolution peut consommer plus de 415 wattheures, soit davantage que la création de centaines d’images par cette même technologie. Pour Karine Durand, spécialiste météo et environnement à l’origine de l’analyse, « ces chiffres révèlent une réalité souvent sous-estimée : l’IA n’est pas une solution miracle pour le climat, mais bien une technologie dont l’empreinte carbone s’alourdit à mesure que ses usages se démocratisent ».

Une pression insoutenable sur les ressources en eau

Dans un contexte où des régions européennes subissent déjà des restrictions hydriques estivales, les 9 300 milliards de litres d’eau utilisés chaque année par les data centers posent une question cruciale. Le rapport souligne que ce volume équivaut aux besoins annuels en eau potable de l’ensemble de la population mondiale. Même si une partie de cette eau est restituée à l’environnement après traitement, les prélèvements massifs « mettent à rude épreuve les aquifères et les réseaux hydrographiques, en particulier dans les zones arides ou où les nappes phréatiques sont déjà surexploitées », alertent les auteurs.

Les centres de données, souvent présentés comme des infrastructures « vertes » grâce à des systèmes de refroidissement par évaporation ou recyclage, ne parviennent pas à compenser leur empreinte hydrique. « Une installation moderne peut consommer jusqu’à 1,5 million de litres d’eau par jour, soit l’équivalent de 1 000 piscines olympiques », illustre Xavier Demeersman, rédacteur en chef de Futura Sciences et relecteur du rapport. Face à cette situation, des voix s’élèvent pour exiger des régulations strictes sur le choix des sites d’implantation, notamment dans les pays déjà touchés par des pénuries.

L’artificialisation des sols et l’épuisement des métaux rares

Pour répondre à la demande croissante en puissance de calcul, les géants de la tech multiplient les constructions de data centers, occupant des surfaces toujours plus vastes. D’ici 2030, l’espace nécessaire à la production d’électricité pour ces infrastructures pourrait dépasser 14 000 km², soit la superficie de l’Irlande du Nord. « Même les centres se revendiquant ‘faibles en carbone’ ne sont pas épargnés, car cette qualification n’implique pas une réduction de la consommation d’eau ou de l’artificialisation des sols », rappelle le rapport.

Parallèlement, l’IA repose sur des composants électroniques dont la fabrication dépend de minéraux rares, comme le cobalt, le lithium ou les terres rares. Leur extraction, concentrée en Afrique et en Amérique du Sud, entraîne la destruction de terres naturelles et la pollution des sols et des eaux. « Les méthodes d’extraction actuelles sont souvent artisanales et non régulées, aggravant la dégradation des écosystèmes locaux », dénonce le document. Avec l’explosion des besoins, des terres utilisées pour l’agriculture ou l’élevage sont également menacées d’être sacrifiées au profit de mines à ciel ouvert.

Des déchets électroniques toxiques en constante augmentation

L’IA génère une quantité croissante de déchets électroniques, certains contenant des substances dangereuses comme le plomb, le mercure ou des plastiques non recyclables. Selon les projections, d’ici 2030, les infrastructures dédiées à l’IA pourraient produire jusqu’à 2,5 millions de tonnes de déchets par an. « Cela équivaut à jeter 250 tours Eiffel chaque année, mais avec des conséquences bien plus graves pour l’environnement », souligne le rapport. Une grande partie de ces déchets est exportée vers des pays en développement, où leur traitement pose des risques sanitaires majeurs pour les populations locales.

Les auteurs du rapport insistent sur l’urgence de mettre en place des filières de recyclage dédiées et des normes strictes pour limiter la toxicité des composants. « Aujourd’hui, seulement 20 % des déchets électroniques sont correctement recyclés à l’échelle mondiale, un chiffre qui doit impérativement augmenter », alerte Karine Durand. Sans action forte, la pollution générée par l’IA pourrait devenir ingérable d’ici la prochaine décennie.

Et maintenant ?

Face à ce constat, les Nations unies proposent un plan en six principes pour encadrer le développement de l’IA : transparence des processus, efficacité énergétique dès la conception, équité environnementale, responsabilité sur l’ensemble du cycle de vie des équipements, coopération internationale et utilisation durable des ressources. Ces recommandations, bien que ambitieuses, peinent à convaincre les géants de la tech, engagés dans une course effrénée à la performance. Une première réunion internationale est prévue en septembre 2026 pour discuter de leur mise en œuvre. Reste à savoir si les États parviendront à s’accorder sur des mesures contraignantes avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.

L’IA n’est pas une fatalité écologique. Son avenir dépendra de la capacité des décideurs à concilier innovation technologique et préservation des écosystèmes — un équilibre encore bien fragile.

Les data centers utilisent principalement l’eau pour refroidir leurs serveurs. Deux méthodes dominent : l’évaporation directe, qui rejette de la vapeur d’eau dans l’atmosphère, et les tours de refroidissement, qui nécessitent des apports constants en eau douce. Dans les régions où cette ressource est rare, ces prélèvements aggravent les tensions locales, comme le souligne le rapport onusien.