Au Liban, l'histoire reste un champ de bataille, même après les combats. Quinze années de guerre civile, entre 1975 et 1990, ont laissé des traces profondes dans la société libanaise. Pourtant, le pays n'a jamais pu écrire un récit national commun, comme l'explique France 24. Une loi d'amnistie adoptée en 1991 a effacé les crimes de guerre, privant les Libanais de la possibilité de se souvenir et, surtout, de réparer les blessures du passé.

Ce qu'il faut retenir

  • Quinze ans de guerre civile au Liban (1975-1990), suivis d'une loi d'amnistie en 1991 qui a effacé les crimes de guerre.
  • Aucun manuel scolaire commun ni aucun récit national partagé n'existe dans le pays.
  • Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril 2026, les tensions persistent.
  • La société libanaise continue de se raconter à travers le cinéma, la musique et les récits individuels.

Une guerre sans mémoire officielle

Le Liban porte encore les stigmates de sa guerre civile, un conflit qui a opposé milices, factions politiques et communautés religieuses pendant quinze ans. Pourtant, selon France 24, aucun consensus n'a émergé pour établir une mémoire collective. La loi d'amnistie de 1991, adoptée dans le cadre des accords de Taëf, a fermé la porte à toute poursuite judiciaire pour les crimes commis pendant le conflit. Résultat : une société condamnée à vivre avec des blessures non refermées, sans cadre commun pour les aborder.

Les manuels scolaires, par exemple, reflètent cette absence de récit partagé. Chaque communauté, chaque région, voire chaque famille, a sa propre version de l'histoire. Les divergences sont telles qu'il n'existe pas de programme éducatif unifié, comme l'indique France 24. Cette fragmentation du passé empêche toute reconstruction d'une identité nationale cohérente.

La société libanaise persiste à se raconter

Malgré l'absence de mémoire officielle, la société libanaise n'a jamais cessé de se raconter. Le cinéma, la musique, la littérature et les récits oraux ont permis de perpétuer des mémoires parallèles. Des réalisateurs comme Ziad Doueiri ou Joana Hadjithomas ont ainsi exploré les traumatismes de la guerre à travers leurs œuvres. De même, la musique, avec des artistes comme Fairuz ou Marcel Khalifé, a servi de vecteur pour transmettre des émotions et des souvenirs liés à cette période.

Pour Lana Daher, sociologue libanaise citée par France 24, cette multiplicité des récits est à la fois une force et une faiblesse. « Le Liban n'a jamais eu de récit national, mais il a une multitude de récits individuels et communautaires », explique-t-elle. Ces histoires, bien que fragmentées, permettent de préserver une certaine forme de mémoire, même si elle est incomplète.

Un cessez-le-feu précaire en 2026

Depuis le 17 avril 2026, un cessez-le-feu est en vigueur au Liban. Pourtant, les tensions restent vives, notamment en raison des divisions politiques et communautaires persistantes. Selon France 24, les combats ont officiellement cessé, mais les tensions sous-jacentes n'ont pas disparu. Karim Émile Bitar, politologue spécialiste du Moyen-Orient, souligne que « la paix n'est pas synonyme de réconciliation ». Pour lui, la situation actuelle ressemble à une trêve fragile, où les conflits latents pourraient resurgir à tout moment.

Serge Berberi, journaliste et analyste politique, ajoute que « sans une véritable politique de mémoire, le Liban risque de continuer à osciller entre périodes de calme et éclats de violence ». Le risque ? Que les générations futures héritent d'un pays toujours divisé, sans les outils pour dépasser les clivages du passé.

Et maintenant ?

La question d'une réconciliation nationale au Liban reste entière. Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir. D'une part, la pression internationale pourrait pousser les factions à engager des discussions sérieuses sur la mémoire collective. D'autre part, l'absence de volonté politique interne pourrait maintenir le statu quo, avec des risques accrus de nouvelles tensions. Une chose est sûre : sans un travail mémoriel approfondi, le Liban continuera de vivre dans l'ombre de son passé.

Quinze ans de guerre, une loi d'amnistie et l'absence de récit national commun : le Liban illustre les défis d'une société qui refuse — ou ne parvient pas — à affronter son histoire. Pour ses habitants, la quête de paix passe aussi par celle d'une mémoire partagée, un objectif encore hors de portée.

La loi d'amnistie de 1991 a effacé les crimes de guerre commis pendant la guerre civile libanaise. Pour ses détracteurs, elle a privé les victimes de justice et empêché toute réconciliation nationale. Ses partisans, en revanche, y voient un outil nécessaire pour tourner la page et éviter de nouvelles violences. Cette divergence d'opinions explique pourquoi la question de la mémoire reste si sensible au Liban.