La Société des journalistes (SDJ) de France 24 alerte sur des « faits d’une gravité inédite » et une « atteinte grave à la liberté de la presse » dans un communiqué publié jeudi 5 juin 2026, comme le rapporte France Culture. L’incident, survenu lors d’un entretien avec un acteur du film La Bataille de Gaulle, illustre les tensions persistantes autour de la tribune anti-Bolloré, publiée avant le Festival de Cannes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une attachée de presse a tenté de confisquer la carte mémoire d’une journaliste de France 24 après une question sur la tribune dénonçant la mainmise de Vincent Bolloré sur le cinéma.
  • La SDJ dénonce des « méthodes d’une gravité inédite » et une tentative de censure directe de la part d’attachés de presse.
  • Julie Dungelhoeff, présidente de la SDJ et grand reporter, compare cette situation à des « régimes autoritaires ».
  • Maxime Saada, président de Canal+, avait récemment annoncé que son groupe ne travaillerait plus avec les signataires de la tribune.
  • La tribune, signée par des centaines de professionnels du cinéma, dénonçait l’influence de Bolloré via Canal+ dans l’industrie cinématographique.

Un incident symptomatique des tensions autour de la tribune anti-Bolloré

L’incident s’est produit lors d’une interview de l’un des acteurs du film La Bataille de Gaulle, sorti en salles il y a quelques semaines. Selon les éléments rapportés par France Culture, la journaliste de France 24, Nina Masson, a posé une question à l’acteur sur la tribune publiée par des centaines de professionnels du cinéma. Cette tribune, largement médiatisée avant le Festival de Cannes 2026, dénonçait l’influence jugée excessive du milliardaire Vincent Bolloré sur le cinéma français, notamment à travers son groupe Canal+.

L’acteur aurait d’abord éludé la question en feignant de ne pas comprendre de quoi il s’agissait. Mais à l’issue de l’entretien, les choses ont pris une tournure inhabituelle : une attachée de presse s’est approchée des journalistes et a exigé la restitution immédiate de la carte mémoire contenant l’interview. Face au refus de l’équipe de France 24, une seconde attachée de presse est intervenue pour exiger que la journaliste signe un engagement de non-diffusion du passage relatif à la tribune anti-Bolloré.

Des méthodes comparables à celles de « régimes autoritaires »

Julie Dungelhoeff, présidente de la SDJ de France 24 et grand reporter, a vivement réagi à cet incident lors d’une intervention sur France Culture. Elle a qualifié ces méthodes de « brutales » et a comparé la situation à des pratiques observées « dans des régimes autoritaires ». « Des attachés de presse se sentent la légitimité de censurer ou dicter une ligne éditoriale à nos journalistes », a-t-elle dénoncé. « Ça m’est arrivé dans des régimes autoritaires, et je trouve incroyable que ça puisse arriver en France en 2026. »

Selon elle, cet épisode révèle une tendance inquiétante à l’autocensure au sein des rédactions. « Les gens s’autocensurent par peur », a-t-elle souligné, ajoutant que la liberté de la presse est désormais directement menacée par des pressions externes. La SDJ a donc choisi de rendre publique cette affaire pour alerter sur la gravité de la situation et mobiliser l’opinion publique.

Contexte : une tribune qui a divisé le monde du cinéma

La tribune anti-Bolloré, publiée avant le Festival de Cannes 2026, a suscité de vifs débats au sein de l’industrie cinématographique. Signée par plusieurs centaines de professionnels, elle dénonçait la mainmise de Vincent Bolloré sur le cinéma français, notamment via Canal+, dont il est l’un des principaux actionnaires. Le milliardaire, figure controversée de l’audiovisuel français, est régulièrement critiqué pour son influence jugée excessive sur les choix éditoriaux et artistiques.

Lors du Festival de Cannes, la polémique a atteint son paroxysme. Maxime Saada, président de Canal+, avait alors annoncé que son groupe ne travaillerait plus avec les signataires de la tribune. Récemment, il a confirmé ses propos tout en précisant qu’il ne s’agissait pas de dresser une « liste noire ». Ces déclarations ont alimenté les tensions, certains y voyant une tentative de museler les voix critiques. Juliette Binoche, signataire de la tribune, avait d’ailleurs défendu l’expression « d’une grande inquiétude », tout en regrettant les « huées contre Canal » lors de certaines projections.

Une liberté de la presse menacée en France ?

L’incident survenu avec France 24 s’inscrit dans un contexte plus large de remises en question de l’indépendance des médias. Les tentatives de censure ou de pression, même isolées, posent question sur la capacité des journalistes à exercer leur métier librement. La SDJ de France 24 n’a pas hésité à qualifier ces faits de « gravité inédite », soulignant que de telles pratiques étaient jusqu’alors rares dans le paysage médiatique français.

Cette affaire rappelle également les tensions récurrentes entre les médias et les groupes industriels influents. Vincent Bolloré, dont l’empire s’étend du cinéma à la télévision en passant par la presse, est au cœur de plusieurs controverses ces dernières années. Son rôle dans la nomination de rédacteurs en chef et ses prises de position publiques ont souvent été pointés du doigt par les défenseurs de l’indépendance éditoriale.

Et maintenant ?

La SDJ de France 24 a annoncé qu’elle comptait saisir les instances professionnelles et les autorités compétentes pour faire la lumière sur cet incident. Une plainte pourrait également être déposée pour violation de la liberté de la presse, bien que les recours juridiques dans ce domaine restent complexes. De son côté, Maxime Saada n’a pas réagi publiquement à ces accusations, mais son groupe a déjà adopté une ligne ferme à l’encontre des signataires de la tribune.

Dans les prochains jours, la question de l’indépendance des médias pourrait revenir sur le devant de la scène, notamment à l’approche des débats parlementaires sur la concentration des médias. Plusieurs associations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, pourraient également se saisir de l’affaire pour alerter sur l’évolution du paysage médiatique français.

Reste à voir si cet incident servira de catalyseur pour renforcer les protections juridiques des journalistes ou, au contraire, s’il restera sans suite. Une chose est sûre : la liberté de la presse, pilier de la démocratie, est aujourd’hui plus que jamais au cœur des débats.

La tribune anti-Bolloré, publiée avant le Festival de Cannes 2026, dénonce la mainmise du milliardaire sur le cinéma français, notamment via son groupe Canal+. Elle a été signée par plusieurs centaines de professionnels du cinéma et a provoqué des tensions, certains accusant les signataires de porter atteinte à l’indépendance des médias.

La SDJ de France 24 a annoncé qu’elle comptait saisir les instances professionnelles et les autorités compétentes. Une plainte pour violation de la liberté de la presse pourrait également être envisagée, bien que les recours juridiques restent complexes.