Une étude récente révèle que les compteurs Linky, au-delà de leur fonction première de relevé de consommation électrique, collectent et transmettent des données bien plus détaillées qu’il n’y paraît. Selon Journal du Geek, ces dispositifs intelligents sont capables d’établir des profils précis des habitudes de vie des utilisateurs, y compris leurs horaires de lever et de coucher.

Installés massivement en France depuis 2015, ces compteurs communicants équipent désormais plus de 35 millions de foyers. Leur déploiement, initialement présenté comme une modernisation du réseau électrique, soulève aujourd’hui de nouvelles questions sur la protection des données personnelles. Les informations recueillies, si elles étaient exploitées à mauvais escient, pourraient en effet permettre de tracer des comportements intimes des ménages.

Ce qu'il faut retenir

  • Les compteurs Linky enregistrent des données horaires de consommation, révélant ainsi les moments où les occupants d’un logement sont actifs ou absents.
  • Plus de 35 millions de foyers français** sont équipés de ce dispositif, dont le déploiement s’est achevé en 2021.
  • Ces données pourraient être exploitées** pour établir des profils de vie détaillés, posant des questions sur le respect de la vie privée.

Des relevés de consommation devenus un outil de surveillance ?

Derrière la promesse d’une facturation plus juste et d’une gestion optimisée du réseau électrique se cache une réalité moins connue : la finesse des données collectées par les compteurs Linky. Contrairement aux anciens compteurs, ces appareils enregistrent en temps réel les variations de consommation, permettant de déduire des informations sur les habitudes quotidiennes des utilisateurs. Selon Journal du Geek, un simple examen des courbes de consommation peut par exemple révéler l’heure à laquelle une personne se lève, prépare son petit-déjeuner, ou quitte son domicile.

Cette collecte de données, bien que légalement encadrée par le RGPD, interroge sur les usages qui pourraient en être faits. Les gestionnaires du réseau, Enedis en tête, affirment que ces informations restent strictement réservées à la gestion technique du système électrique. Pourtant, des spécialistes en cybersécurité s’interrogent : ces données, une fois centralisées, pourraient-elles faire l’objet de demandes d’accès par des tiers, à des fins commerciales ou autres ?

Une technologie sous surveillance depuis son lancement

Dès son déploiement, le compteur Linky a suscité des débats. Ses détracteurs dénonçaient déjà une intrusion dans la vie privée, tandis que ses défenseurs mettaient en avant ses avantages économiques et écologiques. Aujourd’hui, les révélations de Journal du Geek relancent le débat, d’autant que les données personnelles sont devenues un enjeu majeur de notre société numérique. Enedis, interrogé sur le sujet, a rappelé que « les données de consommation sont protégées et ne permettent pas d’identifier directement un usager ». Pourtant, des études montrent que l’analyse fine des relevés peut suffire à établir des profils individuels.

Autre point de vigilance : la sécurité des données. Les compteurs Linky, connectés en permanence, pourraient théoriquement être vulnérables à des cyberattaques. Bien que les autorités assurent que le système est sécurisé, l’histoire récente a montré que même les infrastructures critiques peuvent être ciblées. Pour l’heure, aucun incident majeur n’a été signalé, mais la question mérite d’être posée.

Et maintenant ?

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pourrait être saisie pour évaluer la conformité de ces pratiques au regard du RGPD. Une enquête pourrait également être menée sur l’utilisation réelle de ces données par les fournisseurs d’énergie. Enfin, les associations de consommateurs pourraient demander des clarifications sur les modalités de collecte et de stockage des informations par Enedis. Une première réunion est prévue au Sénat d’ici la fin de l’année 2026 pour faire un point sur ces questions.

En attendant, les utilisateurs de compteurs Linky peuvent consulter leurs données de consommation via l’espace client Enedis. Pour ceux qui s’inquiètent de la protection de leur vie privée, une solution consiste à masquer partiellement les relevés en utilisant des appareils électriques dont la consommation est difficile à isoler, comme les chargeurs ou les appareils en veille. Une solution imparfaite, mais qui limite les risques d’interprétation abusive des données.

Non. Le compteur Linky est conçu pour transmettre en permanence des données techniques à Enedis, conformément à sa mission de gestion du réseau électrique. Cependant, il est possible de limiter l’exploitation de ces données en évitant de connecter des appareils dont la consommation est facilement identifiable, comme les plaques de cuisson ou les chauffe-eau.