L’Assemblée nationale et le Sénat recourent désormais massivement à l’intelligence artificielle (IA) pour assister leurs travaux législatifs. Selon Le Monde - Politique, une enquête menée par deux députés révèle que cette technologie s’est généralisée à l’ensemble des processus parlementaires, soulevant des interrogations sur sa fiabilité et les risques de sécurité associés.

Les deux parlementaires, Charles de Courson (UDI) et Paola Zanetti (PS), auteurs du rapport consulté par le quotidien, estiment que l’IA offre un gain de temps significatif dans la rédaction d’amendements ou l’analyse de textes complexes. « L’IA permet de traiter des volumes de données bien supérieurs à ce que pourraient faire des équipes humaines en un temps limité », a souligné Charles de Courson, lors d’un entretien avec Le Monde. Pour autant, cette adoption massive interroge sur la protection des données sensibles et la possible manipulation des informations générées.

Ce qu'il faut retenir

  • L’IA est désormais utilisée de manière systématique à l’Assemblée nationale et au Sénat, notamment pour la rédaction d’amendements et l’analyse de textes législatifs.
  • Deux députés, Charles de Courson (UDI) et Paola Zanetti (PS), ont publié un rapport sur ce sujet, consulté par Le Monde.
  • Les outils d’IA permettent un gain d’efficacité, mais posent des questions de sécurité et de fiabilité des données traitées.

Une adoption généralisée malgré des risques identifiés

Le rapport des deux députés révèle que près de 80 % des députés déclarent utiliser des outils d’IA dans leur travail quotidien, que ce soit pour synthétiser des rapports, rédiger des notes ou même générer des amendements. Paola Zanetti a précisé que cette adoption s’est faite « de manière informelle, sans cadre réglementaire strict », ce qui complique la gestion des risques. « On utilise des modèles d’IA grand public, dont on ne maîtrise pas toujours les biais ou les sources de données », a-t-elle expliqué.

Parmi les exemples concrets, le rapport cite l’utilisation de l’IA pour analyser les amendements déposés en urgence lors de débats parlementaires serrés. « Ces outils permettent de détecter des incohérences ou des redondances dans les textes, mais leur utilisation doit être encadrée pour éviter des erreurs ou des fuites d’informations », a ajouté Charles de Courson. Bref, l’efficacité est là, mais le flou juridique persiste.

Sécurité et protection des données : les angles morts du dispositif

Le recours massif à l’IA soulève des inquiétudes quant à la protection des données parlementaires, souvent sensibles. Selon le rapport, plusieurs députés ont signalé des cas où des outils d’IA externes ont pu accéder à des documents confidentiels. « Il n’existe aujourd’hui aucune garantie que ces plateformes ne stockent pas ou ne réutilisent pas ces données », a alerté Paola Zanetti. Le risque ? Que des informations stratégiques, comme des amendements préparés en commission, ne soient exposées à des fuites.

Pour limiter ces risques, le rapport propose la création d’un « cadre commun d’utilisation de l’IA » au sein des deux chambres. « On pourrait imaginer un outil interne, développé et hébergé par l’État, pour garantir la confidentialité et la traçabilité des données », a suggéré Charles de Courson. Reste à savoir si cette proposition sera suivie d’effets, alors que l’adoption de l’IA s’accélère sans attendre de cadre légal.

Et maintenant ?

Les deux députés devraient présenter leur rapport en séance plénière avant la fin de la session parlementaire, prévue en juillet 2026. Une proposition de loi pourrait être déposée d’ici la rentrée 2026 pour encadrer l’usage de l’IA au Parlement. En parallèle, l’Assemblée nationale et le Sénat devraient accélérer la mise en place de cellules dédiées à la cybersécurité, afin de sécuriser les échanges et les données sensibles.

L’adoption de l’IA dans les travaux parlementaires marque une évolution majeure, mais elle laisse en suspens une question centrale : comment concilier innovation et protection des institutions démocratiques ? Les prochains mois diront si les pouvoirs publics sauront répondre à ce défi.

D’après le rapport des députés de Courson et Zanetti, les parlementaires recourent majoritairement à des solutions grand public, comme des assistants de rédaction ou des outils d’analyse textuelle. Aucun outil interne n’est encore déployé à grande échelle.