Depuis le 15 juillet, Courrier International propose un hors-série intitulé « Atlas des communications », qui décrypte les mécanismes techniques et politiques derrière la censure d'Internet en Iran. Selon la publication, l'État iranien contrôle intégralement l'accès au réseau mondial via une entité unique, la Telecommunication Infrastructure Company (TIC), qui sert de passerelle exclusive entre le pays et le reste du web.
Cette mainmise sur les infrastructures télécoms permet aux autorités de couper physiquement le pays du réseau international en bloquant les routes de données, une méthode éprouvée lors de coupures récurrentes en 2026. Les techniques employées combinent détournements de protocoles, falsification d'annuaires et brouillage des communications satellites, comme l'a détaillé la chercheuse Nayana Prakash dans une analyse pour le think tank Chatham House.
Ce qu'il faut retenir
- L'Iran contrôle son accès à Internet via la Telecommunication Infrastructure Company (TIC), seule entité autorisée à gérer les passerelles internationales.
- La TIC utilise le protocole BGP pour bloquer ou rediriger le trafic, rendant le pays invisible sur la carte mondiale du web.
- Les autorités recourent aussi au BGP-Hijacking et à l'empoisonnement DNS pour censurer l'accès aux sites étrangers.
- En 2026, des brouillages ciblent les antennes satellites clandestines, comme celles du réseau Starlink, pour empêcher tout contournement.
Une infrastructure télécoms entièrement étatisée
Tous les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) et opérateurs mobiles iraniens sont légalement tenus de se connecter à la TIC, une société régie par le ministère des Technologies de l'information et des Communications. Cette centralisation du réseau permet à l'État de couper le flux international en désactivant les passerelles gérées par la TIC, explique Cloudflare Radar, un outil spécialisé dans l'analyse du trafic Internet. Autant dire que le pays peut disparaître du web mondial en quelques heures.
Ce système repose sur le Border Gateway Protocol (BGP), qui guide les routeurs mondiaux vers les adresses IP. Lorsque la TIC cesse d'annoncer les routes IP iraniennes, les réseaux du pays deviennent inaccessibles depuis l'étranger. Inversement, le protocole peut être exploité pour rediriger les internautes iraniens vers des sites contrôlés par le gouvernement, un procédé connu sous le nom de BGP-Hijacking.
DNS et satellites : les autres leviers de la censure
Pour compléter son arsenal, le régime iranien utilise une technique appelée empoisonnement DNS (DNS Poisoning). Lorsque les utilisateurs tapent l'adresse d'un site étranger – comme un réseau social ou un média indépendant –, le DNS falsifié les redirige vers une page d'erreur ou vers un portail gouvernemental. Cette méthode, combinée au blocage de sites spécifiques, rend l'accès à une information non contrôlée quasi impossible pour la population.
Les autorités surveillent aussi les communications par satellite. Des analyseurs de spectre permettent de traquer les antennes clandestines, comme celles du réseau Starlink de SpaceX. Dès leur détection, ces équipements sont ciblés par des brouillages, comme cela s'est produit lors des coupures massives observées en 2026, précise Nayana Prakash. Ces interventions illustrent la volonté du pouvoir de maintenir un contrôle total sur les flux d'information, y compris les plus discrets.
Un modèle de censure déjà éprouvé
Ce dispositif n'est pas nouveau. Dès les années 2010, l'Iran avait testé des coupures partielles lors de mouvements de protestation. Mais depuis 2020, les autorités ont systématisé ces pratiques, notamment lors de crises sociales ou politiques. Selon plusieurs observateurs, ces interruptions visent à étouffer toute velléité de mobilisation en empêchant la coordination des manifestants via les réseaux sociaux ou les messageries chiffrées.
Des rapports d'organisations comme Amnesty International ou Reporters sans frontières ont souligné l'impact de ces coupures sur les droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression et l'accès à l'information. « Les autorités iraniennes utilisent Internet comme un outil de surveillance et de répression, pas comme un espace de débat public », a souligné un responsable de RSF en 2025.
Pour approfondir ces mécanismes, Courrier International propose son hors-série « Atlas des communications », disponible en kiosque et en ligne depuis le 15 juillet. L'ouvrage explore notamment les infrastructures physiques d'Internet, des câbles sous-marins aux centres de données, et révèle comment ces éléments concrets influencent la liberté en ligne à l'échelle mondiale.
Une coupure totale isole la population du reste du monde, perturbant les services bancaires, les communications professionnelles et l'accès à l'information. Les secteurs de la santé, de l'éducation et des transports sont également touchés. Selon des études locales, ces interruptions aggravent aussi l'isolement social et limitent la capacité des citoyens à signaler des violations des droits humains.