Alors que la guerre entre l’Iran et les États-Unis entre dans sa sixième mois, Téhéran et Oman viennent de sceller un accord temporaire visant à exclure tout passage de navires militaires dans le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde pour le transport d’hydrocarbures. Cette décision, annoncée mardi 26 août 2026 par Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, intervient après des négociations serrées entre les deux pays, alors que le trafic commercial reste fortement perturbé depuis le début du conflit. Selon nos confrères d’Euronews FR, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un protocole visant à sécuriser les corridors d’entrée et de sortie vers le golfe Persique, tout en s’opposant frontalement aux ambitions américaines dans la région.
Ce qu'il faut retenir
- Interdiction des navires militaires dans le détroit d’Ormuz, selon un accord temporaire entre l’Iran et Oman.
- Les navires commerciaux emprunteront les eaux iraniennes pour entrer, tandis que la sortie se fera par un couloir partagé entre l’Iran et Oman.
- Washington menace Oman de frappes si le sultanat « s’interpose » dans les négociations en cours.
- Donald Trump affirme que les États-Unis « remportent une grande victoire » et refuse tout calendrier pour des discussions avec Téhéran.
- L’ayatollah Motjaba Khamenei, nouveau guide suprême iranien, serait « très grièvement blessé » mais toujours vivant.
- Le trafic aérien à Dubaï chute de 31,3 % au deuxième trimestre 2026 en raison des tensions régionales.
Un accord temporaire pour désengorger une voie maritime cruciale
Dans un entretien diffusé mardi soir sur la télévision d’État iranienne, Kazem Gharibabadi a détaillé les modalités de l’accord conclu avec Oman. Les navires commerciaux en direction du golfe Persique emprunteront désormais les eaux territoriales iraniennes pour entrer dans le détroit, tandis que la route de sortie sera partagée entre les zones économiques exclusives des deux pays. Ces mesures, présentées comme transitoires, doivent permettre de fluidifier un trafic paralysé depuis le début de la guerre en mars 2026. Gharibabadi a précisé que Téhéran et Mascate devaient finaliser, d’ici 30 à 60 jours, un dispositif permanent pour gérer le transit maritime dans cette zone sous haute tension.
Washington rejette l’accord et brandit la menace de représailles
L’administration Trump a immédiatement réagi avec fermeté à cette initiative. Dans un entretien accordé à la chaîne qatarie Al Jazeera, le président américain a réaffirmé mardi que Washington « n’avait aucun calendrier » pour reprendre les discussions avec l’Iran, tout en laissant planer la menace de frappes contre Oman si ce dernier venait à bloquer les intérêts américains dans la région. « Je n’ai aucun calendrier ; ce sera aussi long qu’il le faudra », a-t-il déclaré. Ces déclarations surviennent alors que les États-Unis contestent vivement plusieurs aspects de l’accord irano-omani, notamment la gestion conjointe du couloir de sortie du détroit, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel.
Selon des sources diplomatiques citées par Euronews FR, Washington reproche également à Oman de ne pas adopter une position suffisamment ferme face à Téhéran. Les États-Unis s’opposent en particulier à la possibilité pour Mascate de percevoir des droits volontaires auprès des navires transitant par le détroit, même si ces fonds sont officiellement destinés à financer la sécurité et la protection de l’environnement maritime. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, a qualifié cette mesure d’« assaut économique » visant délibérément les civils iraniens, en les privant de nourriture, de médicaments, d’équipements médicaux et d’énergie.
Donald Trump minimise les tensions et évoque une « grande victoire »
Alors que les négociations piétinent et que les risques d’escalade militaire grandissent, Donald Trump a multiplié les déclarations optimistes ces derniers jours. Mercredi 27 août, il a affirmé à Al Jazeera que les États-Unis étaient « en train de remporter une très grande victoire » face à l’Iran, sans pour autant préciser les contours de ce succès. Dans un autre entretien accordé le même jour, il a également révélé que l’ayatollah Motjaba Khamenei, qui a succédé à son père Ali Khamenei après sa mort au début de la guerre, serait « très grièvement blessé » mais toujours en vie. Le jeune guide suprême, âgé de 42 ans, n’est plus apparu en public depuis les frappes américano-israéliennes qui l’ont touché en mars 2026.
Ces révélations, si elles se confirment, pourraient fragiliser encore davantage la position du régime iranien. Ali Khamenei, tué lors d’une frappe en mars, était jusqu’alors le symbole de la continuité du pouvoir en Iran. Son remplacement par un homme plus jeune et moins expérimenté avait déjà suscité des interrogations au sein de l’appareil d’État iranien.
Le conflit dévaste l’économie régionale et frappe les hubs logistiques
Six mois après le début des hostilités, les conséquences économiques du conflit se font sentir à l’échelle mondiale. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole et 30 % du gaz naturel mondial, reste partiellement bloqué, perturbant les chaînes d’approvisionnement et faisant flamber les prix de l’énergie. Cette situation a des répercussions directes sur les grands hubs logistiques de la région. L’aéroport international de Dubaï, l’un des plus fréquentés au monde, a enregistré une chute drastique de son trafic au deuxième trimestre 2026. Selon les chiffres publiés mercredi par la direction de l’aéroport, l’établissement a accueilli 13 millions de passagers entre avril et juin, soit une baisse de 31,3 % par rapport à la même période en 2025. Le nombre de mouvements d’avions a également reculé de 32,1 %, avec seulement 62 500 décollages et atterrissages au deuxième trimestre, contre 150 600 sur l’ensemble du premier semestre 2026.
Paul Griffiths, directeur général de l’aéroport, a tempéré ces chiffres en soulignant une « amélioration progressive » du trafic chaque mois. « Les perturbations, qui ont duré deux mois, ont eu un impact sur le trafic… mais je suis très confiant : nous retrouverons notre rythme normal très rapidement », a-t-il indiqué. Malgré ce ton rassurant, les experts s’accordent à dire que la reprise dépendra largement de l’évolution du conflit et de la réouverture des corridors maritimes.
Téhéran appelle l’ONU à condamner les sanctions américaines
Face à l’intensification des pressions économiques, l’Iran a sollicité mardi l’intervention des Nations unies. Dans une lettre adressée à l’organisation, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dénoncé l’« assaut économique » lancé par les États-Unis, qu’il qualifie de « cible délibérée des civils ». Selon Araghchi, les sanctions américaines, en privant la population iranienne d’accès à des biens essentiels comme la nourriture, les médicaments ou l’énergie, constituent une violation flagrante du droit international. « Ce blocus revient à priver intentionnellement des millions de personnes de leurs droits fondamentaux », a-t-il écrit.
Une chose est sûre : dans cette région sous haute tension, où chaque décision peut avoir des répercussions mondiales, l’équilibre reste plus que jamais précaire. La communauté internationale devra suivre de près l’évolution des pourparlers entre l’Iran et Oman, mais aussi les signaux envoyés par Washington et les autres acteurs régionaux.
Le détroit d’Ormuz est la principale voie maritime pour l’exportation du pétrole et du gaz naturel du Moyen-Orient. Près de 20 % du pétrole mondial et 30 % du gaz naturel transite par cette zone. Tout blocage ou perturbation dans ce corridor a des répercussions immédiates sur les prix de l’énergie et l’approvisionnement mondial.