Selon Euronews FR, la Lituanie a fait face à une situation d’urgence inédite le 20 mai 2026 lorsque les autorités ont déclenché une alerte aux drones, ordonnant à la population de se mettre à l’abri. Pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, une capitale de l’Union européenne et de l’OTAN a dû mettre en œuvre un plan d’évacuation souterraine. Pourtant, les dysfonctionnements observés lors de cet exercice ont révélé des failles majeures dans la préparation civile du pays.
Ce qu'il faut retenir
- Fin 2024, la Lituanie disposait de 6 344 abris couvrant seulement 53 % de la population, selon l’Office national d’audit lituanien.
- Lors de l’alerte du 20 mai à Vilnius, des habitants se sont heurtés à des abris fermés, mal entretenus ou inaccessibles, révélant des « angles morts » dans le dispositif.
- La Première ministre Inga Ruginienė a présenté des excuses publiques et promis un réexamen des procédures après les erreurs de communication constatées.
- Le vice-ministre de la Défense, Tomas Godliauskas, a reconnu l’existence de « lacunes » et annoncé des mesures pour améliorer la gestion des abris et la formation des citoyens.
- À Kazlų Ruda, un projet d’abri polyvalent de 3 000 places, combinant zone d’accueil et stand de tir, est envisagé pour renforcer la résilience locale.
Une alerte aux drones qui révèle des failles dans la préparation civile
Ce 20 mai, une alerte aux drones a retenti à Vilnius, capitale de la Lituanie et membre à la fois de l’Union européenne et de l’OTAN. Les autorités ont ordonné à la population de se réfugier dans les abris les plus proches, une première depuis le début de la guerre en Ukraine. Pourtant, comme l’a rapporté l’agence AFP, l’exercice s’est transformé en un test grandeur nature des lacunes du système.
Rūta Gaškauskaitė, une responsable culturelle de 29 ans, a témoigné auprès d’Euronews FR de son expérience : après avoir repéré sur une application les abris les plus proches de son domicile, elle s’est heurtée à une série d’obstacles. Le premier était verrouillé, le second abandonné depuis des années — couvert de toiles d’araignée — et le troisième n’a pu être ouvert qu’après vingt minutes d’attente pour qu’un responsable vienne le déverrouiller. « Nous avons cette appli qui indique où se trouvent tous les abris à proximité », explique-t-elle. « Mais nous sommes allés à l’un d’eux, et il semblait que personne n’y avait mis les pieds depuis des lustres. »
Des témoignages qui confirment l’ampleur des dysfonctionnements
L’expérience de Rūta Gaškauskaitė n’a rien d’exceptionnel. Une fois l’alerte terminée, les plaintes se sont multipliées. Plusieurs habitants ont signalé avoir été refusés à l’entrée d’abris situés dans des écoles ou des bâtiments publics, tandis que d’autres ont découvert que des entrées étaient obstruées ou verrouillées sans possibilité d’accès. « Malheureusement, ce test a montré qu’il existe certains angles morts auxquels nous n’avions pas pensé », a commenté Gaškauskaitė, soulignant l’ampleur des négligences.
Face à la pression médiatique, la Première ministre lituanienne Inga Ruginienė a présenté des excuses publiques pour les erreurs de communication et promis un réexamen complet des procédures d’urgence. « On ne peut pas être totalement prêt à toutes les situations », a reconnu Tomas Godliauskas, vice-ministre de la Défense, dans un entretien à l’AFP. « Mais il existe certaines lacunes que nous voudrions combler sans délai. »
Des mesures correctives annoncées, mais un chemin encore long
Parmi les pistes envisagées pour améliorer le système, Tomas Godliauskas a évoqué la nécessité de clarifier la gestion des abris — savoir précisément qui en est responsable et comment y accéder en cas de crise. Avec une population de 2,8 millions d’habitants, la Lituanie doit aussi renforcer la formation des citoyens aux situations d’urgence. Le vice-ministre a notamment annoncé son intention de doubler le nombre de stands de tir, passant de 67 à plus de 130, afin de permettre aux militaires, aux membres des associations de tir et aux chasseurs de s’entraîner régulièrement. « Former davantage de citoyens, c’est préparer le pays à faire face à des crises majeures », a-t-il précisé.
Un autre volet de la stratégie consiste à développer un réseau d’installations modulaires pouvant servir à la fois d’abris et de centres d’entraînement. Cette approche s’inspire directement de projets locaux, comme celui porté par le maire de Kazlų Ruda, Mantas Varaska. Dans cette ville de 6 000 habitants, située à 115 km de Vilnius et à 50 km de la frontière russe de Kaliningrad, les autorités locales plaident pour la construction d’un abri souterrain de 100 mètres de long, capable d’accueillir 3 000 personnes. En temps normal, cet espace pourrait abriter des équipements sportifs, une salle de sport ou un stand de tir, transformant l’abri en une infrastructure utile au quotidien.
Un pays sous tension permanente, entre héritage soviétique et modernisation
La Lituanie, coincée entre la Russie et le Bélarus — allié de Moscou —, surveille avec une attention particulière les risques liés à l’escalade du conflit ukrainien. Les drones égarés en provenance d’Ukraine ou de Russie ont déjà perturbé à plusieurs reprises l’espace aérien baltique, rappelant la vulnérabilité de la région. Pourtant, malgré les alertes répétées, la préparation civile reste inégale. Fin 2024, un rapport de l’Office national d’audit lituanien dressait un constat sévère : sur les 6 344 abris recensés, seulement 53 % de la population pouvait y trouver refuge. Pire, 91 % de ces abris n’étaient pas accessibles aux personnes en situation de handicap, et beaucoup n’étaient pas entretenus ou verrouillés en dehors des heures de crise.
Le rapport concluait sans équivoque : « L’État n’est pas encore prêt à protéger l’ensemble de la population en cas de situation d’urgence ou de guerre. » Une conclusion qui résonne d’autant plus fort après l’alerte du 20 mai, révélant que les progrès restent limités malgré les discours sur la résilience nationale.
Dans l’attente, certains habitants ont choisi de prendre les choses en main. Quelques jours après l’alerte, Rūta Gaškauskaitė s’est réunie avec des amis pour vérifier leurs stocks de première nécessité et réviser les gestes de premiers secours. « C’est la seule chose qui me rassure, savoir que je suis préparée », confie-t-elle. « Je fais juste ça : je me prépare, en espérant le meilleur tout en me préparant au pire. » Une attitude qui résume, à elle seule, l’état d’esprit d’une population en première ligne face aux incertitudes géopolitiques.
Selon Euronews FR, les autorités lituaniennes ont déclenché cette alerte en raison de la présence d’un drone dans l’espace aérien national. Cet incident s’inscrit dans un contexte de tensions accrues en mer Baltique, où des drones égarés en provenance d’Ukraine ou de Russie ont déjà perturbé le trafic aérien et maritime ces derniers mois.