Dans une tribune publiée ce mardi 2 juin 2026 dans Le Monde – Politique, le lobbyiste Jordan Allouche alerte sur l’influence croissante des milieux économiques et patronaux dans la progression du Rassemblement national. Il plaide pour que les cabinets de conseil en affaires publiques refusent de participer à la normalisation du parti d’extrême droite, estimant que cette dynamique menace les fondements de la démocratie.
Ce qu'il faut retenir
- Jordan Allouche, lobbyiste, appelle dans une tribune du Monde – Politique les cabinets de lobbying à refuser de collaborer avec le Rassemblement national.
- Il craint que les milieux d’affaires et patronaux ne contribuent à la normalisation du RN, renforçant ainsi son influence politique.
- Cette prise de position intervient alors que le RN progresse dans les intentions de vote et les débats publics.
Un appel à la responsabilité des acteurs du lobbying
Jordan Allouche, figure du secteur du lobbying en France, s’inquiète de l’évolution des rapports entre les milieux économiques et l’extrême droite. Dans sa tribune publiée par Le Monde – Politique, il souligne que les cabinets de conseil en affaires publiques jouent un rôle clé dans la stratégie de légitimation du Rassemblement national. Pour lui, ces acteurs doivent désormais définir une doctrine minimale de responsabilité démocratique afin de limiter leur participation à des projets politiques qu’il juge dangereux pour les institutions.
« Les lobbies ne peuvent plus ignorer l’impact de leurs actions sur la démocratie », déclare-t-il. Il rappelle que certains clients, issus du monde économique, apportent un soutien indirect au RN en finançant des campagnes ou en légitimant ses idées à travers des prises de parole publiques. Une situation qui, selon lui, contribue à banaliser un parti aux racines idéologiques contestées.
Le RN, une progression qui interroge le secteur économique
La montée en puissance du Rassemblement national dans les sondages – avec des scores approchant ou dépassant les 30 % dans certaines intentions de vote – pousse désormais les acteurs économiques à s’interroger sur leur propre rôle. D’après Le Monde – Politique, plusieurs entreprises et fédérations patronales entretiennent des liens discrets avec des personnalités proches du RN, notamment dans les domaines de la fiscalité, de l’énergie ou de la sécurité. Ces échanges, souvent présentés comme des consultations techniques, sont perçus par certains observateurs comme une forme de normalisation progressive du parti.
Pour Jordan Allouche, cette dynamique n’est pas sans risque. « On ne peut pas séparer l’économie de la politique, mais on doit refuser de donner une tribune aux idées qui sapent les valeurs républicaines », explique-t-il. Il cite en exemple les controverses autour de certaines alliances locales entre élus du RN et responsables économiques, qui ont parfois abouti à des décisions jugées contraires à l’intérêt général.
Vers un code de conduite pour les lobbies ?
Face à cette situation, l’idée d’un cadre éthique pour le secteur du lobbying gagne du terrain. Plusieurs associations, dont Anticor et Transparency International France, militent pour l’adoption de règles strictes interdisant aux cabinets de conseil de travailler pour des partis ou des mouvements politiques prônant des mesures contraires aux droits fondamentaux. Une proposition qui pourrait, selon Jordan Allouche, être intégrée dans les chartes déontologiques des grandes structures du secteur.
« Il faut éviter que le lobbying ne devienne un cheval de Troie pour des idées antidémocratiques », insiste-t-il. Il rappelle que certains pays, comme l’Allemagne, ont déjà mis en place des mécanismes de contrôle plus stricts sur les activités des lobbies en lien avec l’extrême droite. En France, où le secteur reste moins régulé, la question pourrait devenir un sujet central lors des prochaines élections.
Pour l’heure, aucune réaction officielle n’a été enregistrée ni du côté du Rassemblement national, ni des principales fédérations patronales. Reste à voir si le secteur du lobbying, souvent critiqué pour son manque de transparence, saura se saisir de cette question pour définir des garde-fous concrets.
Selon les observateurs, les domaines de la fiscalité, de l’énergie, de la sécurité privée et des grands travaux publics sont les plus concernés. Ces secteurs, souvent soumis à des réglementations strictes, sont régulièrement sollicités par des élus ou des partis politiques, y compris ceux de l’extrême droite.