Entre quête de performance et culte des données, les sports d’endurance comme le trail, le triathlon ou le cyclisme peuvent basculer dans l’excès chez certains pratiquants amateurs, révèle Ouest France. Une psychologue du sport, Marion Borgne, décrypte pour le quotidien les risques de cette dérive, souvent ignorée.
Ce qu'il faut retenir
- Les sports d’endurance, comme le trail ou le triathlon, peuvent devenir une obsession dangereuse chez certains amateurs, notamment en raison de la quête de performance et de la dictature des chiffres.
- La psychologue du sport Marion Borgne alerte sur les pièges de la charge mentale liée à ces disciplines, où l’équilibre entre plaisir et compétition s’effrite.
- La dépendance à l’effort physique peut entraîner des conséquences psychologiques et physiques, parfois graves, chez les pratiquants.
Des disciplines en plein essor, mais à quel prix ?
Le trail, le triathlon ou le cyclisme connaissent un succès croissant auprès du grand public. Ces sports, qui mêlent dépassement de soi et exploration de paysages, séduisent par leur côté accessible et leur dimension communautaire. Pourtant, selon Ouest France, ils peuvent aussi virer à l’obsession pour une frange de pratiquants. Marion Borgne, psychologue du sport, souligne que la frontière entre passion et dépendance est parfois ténue. « Le piège, c’est la dépendance », résume-t-elle.
Pour ces sportifs, l’enjeu n’est plus seulement de terminer une course ou de battre un record, mais bien de s’améliorer sans cesse, au point de négliger d’autres aspects de leur vie. Les outils technologiques, comme les montres connectées ou les applications de suivi, renforcent cette dynamique en alimentant une quête effrénée de données : temps, distance, fréquence cardiaque… Autant de chiffres qui deviennent des indicateurs de valeur personnelle.
Quand la performance remplace le plaisir
La psychologue du sport explique que la dépendance à l’effort physique peut s’installer progressivement. « On observe souvent un glissement : au début, on pratique pour le plaisir, puis on se met à courir pour un chrono, et enfin, on court parce que le corps réclame sa dose », détaille-t-elle. Ce phénomène, appelé « bigorexie » ou addiction à l’exercice, touche principalement les sports d’endurance, où l’effort prolongé active des mécanismes de récompense cérébrale.
Les conséquences ne se limitent pas à une simple fatigue physique. Les pratiquants concernés peuvent souffrir de blessures à répétition, de troubles du sommeil ou de l’humeur, voire d’un isolement social. « La charge mentale devient ingérable », confie Marion Borgne. « Certains s’entraînent malgré la douleur, par peur de perdre leur condition physique ou de décevoir leur entourage ».
Un phénomène encore mal identifié
Contrairement à d’autres formes de dépendance, l’addiction au sport reste peu documentée et souvent minimisée. Les clubs et fédérations, soucieux de promouvoir la pratique sportive, peinent à alerter sur ces dérives. Pourtant, les signes ne trompent pas : un sportif qui s’isole, néglige ses obligations professionnelles ou familiales, ou encore qui augmente systématiquement ses charges d’entraînement, devrait alerter son entourage.
« La société valorise la persévérance et le dépassement de soi », rappelle la psychologue. « Mais il faut distinguer la discipline de l’obsession ». Pour elle, l’éducation et la prévention sont essentielles, dès les premiers niveaux de pratique. Des ateliers pourraient être proposés dans les clubs pour sensibiliser les licenciés aux risques psychologiques liés à l’endurance.
Comment reconnaître les signes d’une dépendance au sport ? Si certains pratiquants parviennent à garder un équilibre, d’autres voient leur vie basculer dans l’excès. La question reste entière : comment concilier passion sportive et santé mentale ?
Les premiers signes incluent la poursuite de l’effort malgré les blessures, une obsession des données (chronos, distances), une négligence des autres aspects de la vie (famille, travail) et une irritabilité en cas de rupture d’entraînement.