L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2026, évoquant une économie « sous pression » en raison de la hausse des prix de l’énergie et des engrais. Selon Capital, cette révision s’accompagne d’un scénario contrasté selon l’évolution du conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février dernier par une attaque israélo-américaine contre l’Iran.
Ce qu'il faut retenir
- L’OCDE abaisse sa prévision de croissance mondiale à 2,8 % en 2026 en cas de perturbations limitées, contre 2,9 % initialement attendus. Dans un scénario plus sombre, sans accord de paix, elle chute à 2,1 %.
- L’inflation devrait rester élevée en 2026, pénalisant le pouvoir d’achat et la confiance des entreprises, tandis que les chaînes d’approvisionnement mondiales restent fragilisées.
- Les économies asiatiques, très dépendantes des importations énergétiques du Moyen-Orient, figurent parmi les plus exposées, mais l’impact sera généralisé en raison des interconnexions commerciales.
- En Europe, la croissance de la France et de l’Allemagne est révisée à la baisse, à 0,7 % pour 2026, tandis que les États-Unis maintiendraient une croissance autour de 2 % et la Chine atteindrait 4,5 %.
- L’OCDE souligne que les tensions prolongées pourraient entraîner des récessions dans plusieurs pays et une hausse du chômage, avec des risques accrus pour des secteurs clés comme l’intelligence artificielle.
Une économie mondiale fragilisée par la guerre et l’inflation
Dans son dernier rapport trimestriel sur l’économie mondiale, publié ce mercredi 3 juin 2026, l’OCDE dresse un constat alarmant : la guerre au Moyen-Orient, qui s’est intensifiée depuis l’attaque conjointe israélo-américaine contre l’Iran fin février, pèse lourdement sur les perspectives de croissance. Téhéran a réagi en verrouillant le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié. Résultat, les prix de l’énergie et des engrais ont flambé, alimentant une inflation persistante et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Selon l’institution basée à Paris, « les effets économiques de ce conflit se feront probablement sentir pendant un certain temps, même après sa fin ». Le temps nécessaire pour restaurer les infrastructures endommagées et rétablir les flux commerciaux sera long, estime l’OCDE. Avant le début de la guerre, l’économie mondiale affichait une « relative solidité », soutenue par les investissements technologiques. Mais aujourd’hui, la hausse des prix réduit le pouvoir d’achat des ménages, érode la confiance des entreprises et expose les économies à des pénuries critiques.
Deux scénarios pour 2026 et 2027, selon l’évolution du conflit
L’OCDE a élaboré deux projections distinctes pour les prochains mois, en fonction de la durée des perturbations. Dans un scénario optimiste, marqué par des « perturbations limitées dans le temps » et des progrès vers un accord de paix, la croissance mondiale atteindrait 2,8 % en 2026. Les prix de l’énergie commenceraient à baisser dès mi-2026, l’inflation refluerait, et les taux des banques centrales resteraient stables. La croissance rebondirait alors à 3,1 % en 2027.
En revanche, si le conflit devait se prolonger « pendant encore une bonne partie de l’année 2027 » sans accord de paix, l’économie mondiale subirait un net ralentissement. La croissance chuterait à 2,1 % en 2026, puis à 1,8 % en 2027. Plusieurs pays entreraient en récession ou s’en approcheraient, tandis que le chômage augmenterait. Les prix de l’énergie et de l’inflation continueraient de grimper, les taux d’intérêt seraient relevés de 0,5 à 0,75 point de pourcentage, et les budgets des États se tendraient.
Des risques sectoriels majeurs, notamment pour l’IA
L’OCDE met en garde contre les répercussions de ces tensions sur des secteurs stratégiques. Outre l’impact sur l’agriculture et les prix alimentaires, « les pénuries pourraient être particulièrement préjudiciables pour certains secteurs de croissance de l’économie mondiale, comme l’intelligence artificielle ». Selon l’organisation, les difficultés d’approvisionnement « alourdiraient les coûts d’exploitation des centres de données et limiteraient l’offre de matériel critique utilisé dans les systèmes d’IA ». Une perspective d’autant plus préoccupante que ce domaine figure parmi les moteurs de la croissance future.
Les économies les plus vulnérables restent celles fortement dépendantes des importations énergétiques en provenance du Moyen-Orient. « Les économies asiatiques, les pays en développement et ceux du Golfe sont parmi les plus durement touchés », indique l’OCDE. Mais l’institution insiste : « L’impact se fera sentir partout, en raison des interconnexions dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et de l’intégration des marchés mondiaux de l’énergie. »
En Europe, la France et l’Allemagne freinées par le contexte international
Au sein de la zone euro, les prévisions de croissance pour les deux principales économies ont été revues à la baisse. Dans l’hypothèse de perturbations limitées, la croissance de l’Allemagne et de la France est désormais estimée à 0,7 % en 2026, soit une baisse de 0,1 point par rapport aux précédentes estimations. La croissance américaine, moins exposée aux chocs énergétiques directs, se maintiendrait autour de 2 %, tandis que la Chine, dont la reprise post-Covid reste inégale, atteindrait 4,5 %.
Stefano Scarpetta, chef économiste de l’OCDE, a indiqué dans le rapport que « la perspective d’un accord de paix semblait plus plausible » lors de la finalisation du document fin mai, bien que les négociations indirectes entre les États-Unis et l’Iran n’aient pour l’heure abouti à aucune avancée concrète. L’incertitude reste donc de mise, ce qui complique toute projection à moyen terme.
Les recommandations de l’OCDE : cibler les aides et rester vigilant
Face à ce contexte incertain, l’OCDE appelle les gouvernements à adopter une approche prudente en matière de soutien aux ménages et aux entreprises. « Il est essentiel de bien cibler et limiter dans le temps les mesures de soutien pour en limiter le coût budgétaire », souligne l’organisation. Elle précise que, en cas de perturbations prolongées, « des mesures de relance supplémentaires pourraient s’avérer nécessaires ».
L’institution invite également les banques centrales à rester « vigilantes et attentives ». Elle juge « nécessaire » un ajustement de la politique monétaire « si l’on observe des signes de généralisation des tensions sur les prix ou de modération importante de la croissance ». Une recommandation qui s’adresse particulièrement aux grandes économies, où les tensions inflationnistes persistent.
La situation reste donc extrêmement volatile, et les prévisions de l’OCDE pourraient encore être révisées dans les mois à venir. Une chose est sûre : sans résolution rapide du conflit au Moyen-Orient, les risques de récession et de stagflation dans plusieurs pays s’accentueront.
Selon l’organisation, les pénuries d’énergie et de matériel critique, comme les semi-conducteurs, pourraient alourdir les coûts des centres de données et limiter la production de matériel essentiel aux systèmes d’IA. Ce secteur, considéré comme un moteur de croissance, serait ainsi directement menacé par les tensions actuelles.
L’OCDE cite en priorité les économies asiatiques, fortement dépendantes des importations de pétrole et de gaz en provenance du Golfe. Les pays en développement, souvent moins diversifiés, et les États du Golfe eux-mêmes subissent également de plein fouet ces chocs. Cependant, l’impact sera généralisé en raison des interdépendances commerciales.