Alors que la saison estivale bat son plein en France, la loi du 17 mai 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre les incendies de forêt fait l’objet d’un premier bilan critique. Selon BFM Business, les récents mégafeux, aggravés par des conditions climatiques extrêmes, mettent à l’épreuve les dispositifs mis en place il y a trois ans. 2026 s’annonce déjà comme une année record, avec des surfaces brûlées en forte hausse par rapport aux moyennes historiques.
Ce qu'il faut retenir
- La loi de 2023 avait pour objectif de moderniser la gestion des incendies en France, avec un budget alloué de 500 millions d’euros sur cinq ans.
- Les mégafeux de 2026 ont déjà détruit plus de 120 000 hectares en France métropolitaine, un chiffre en progression de 40 % par rapport à la même période en 2025.
- Les départements du Sud-Est (Var, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône) et du Sud-Ouest (Landes, Gironde) sont les plus touchés, en raison de la sécheresse persistante et des vents violents.
- Les moyens humains et matériels déployés restent insuffisants selon plusieurs experts interrogés par BFM Business, notamment en raison des retards dans la mise en œuvre des nouvelles infrastructures.
- La loi prévoit le renforcement des zones de débroussaillage et l’utilisation de drones pour la surveillance, mais leur application reste inégale selon les territoires.
Une loi ambitieuse, mais des résultats contrastés
Adoptée dans la foulée des incendies dévastateurs de 2022, la loi de 2023 avait pour ambition de réduire l’impact des feux de forêt en combinant prévention, moyens de lutte renforcés et coordination interministérielle. Pourtant, à mi-parcours, les premiers retours soulignent des lacunes structurelles. « Les moyens financiers ont été alloués, mais leur mobilisation sur le terrain est trop lente », a déclaré Étienne Bracq, spécialiste des risques naturels à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), cité par BFM Business. Les collectivités locales, souvent en première ligne, pointent du doigt des délais administratifs jugés trop longs pour les travaux de débroussaillage obligatoires.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les dernières données de l’Observatoire de la forêt méditerranéenne, 60 % des zones prioritaires identifiées en 2023 n’ont toujours pas été débroussaillées en 2026. « On a l’impression que la machine administrative broie du noir », a ironisé un responsable de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, sous couvert d’anonymat. Le gouvernement, lui, défend un bilan « globalement positif », tout en reconnaissant des « ajustements nécessaires ».
Des moyens humains et technologiques en tension
Côté moyens humains, la loi prévoyait le recrutement de 1 500 pompiers supplémentaires et la création de 30 nouvelles bases aériennes pour les Canadairs. Pourtant, en août 2026, seulement 60 % de ces effectifs ont été recrutés, et 12 bases sont encore en cours de construction. Les syndicats dénoncent un « manque de vision à long terme ». « On nous demande de faire face à des mégafeux avec des moyens du siècle dernier », a déploré Jean-Luc Robin, secrétaire général de l’Union syndicale des sapeurs-pompiers de France (USPF).
Sur le plan technologique, les innovations promises – drones de surveillance, capteurs de chaleur en temps réel, modélisation des risques – peinent à se généraliser. « Les outils existent, mais leur déploiement est freiné par des budgets serrés et des résistances locales », explique Sophie Martin, experte en gestion des risques à l’université de Montpellier. Seuls 15 départements sur 96 ont pour l’instant adopté ces nouvelles technologies, principalement dans les zones les plus exposées.
Pour les années à venir, la question centrale reste celle de l’adaptation : comment concilier prévention à long terme et réponse immédiate à des incendies toujours plus intenses ? Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité réelle de la loi de 2023. Une chose est sûre : l’été 2026 a déjà montré que le défi dépasse largement le cadre national, alors que les mégafeux frappent désormais l’ensemble de l’Europe du Sud, de l’Espagne à la Grèce.
Les retards administratifs et le manque de coordination entre l’État et les collectivités locales figurent parmi les principaux freins. Les syndicats de pompiers dénoncent aussi un sous-financement chronique des moyens humains et matériels, malgré les annonces gouvernementales.