« Partout dans le monde, les travailleurs doivent pouvoir bénéficier des gains de productivité générés par l’intelligence artificielle. » Cette exigence, formulée par Gilbert Houngbo, directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), a été réaffirmée ce lundi 1er juin 2026 à Genève, lors de l’ouverture de la Conférence internationale du travail. Selon Euronews FR, l’agence onusienne insiste sur la nécessité d’une répartition équitable de ces bénéfices, via des salaires plus élevés, une protection sociale renforcée et une croissance plus inclusive.
Ce qu’il faut retenir
- L’OIT plaide pour que les gains de productivité liés à l’IA soient redistribués aux travailleurs sous forme de meilleurs salaires et d’une protection sociale renforcée.
- La 110e session de la Conférence internationale du travail se tient à Genève du 1er au 12 juin 2026.
- L’organisation onusienne compte 187 États membres, représentés de manière tripartite (gouvernements, employeurs, travailleurs).
- Un nouveau traité international sur les droits des travailleurs des plateformes numériques est en cours de négociation.
- Les plateformes digitales sont critiquées pour leur pratique de requalifier leurs employés en « prestataires indépendants », ce qui leur permet d’échapper aux obligations légales en matière de salaire minimum et de sécurité sociale.
Cette année, la Conférence internationale du travail, qui se déroule jusqu’au 12 juin à Genève, constitue un moment clé pour définir les orientations politiques de l’OIT. L’objectif affiché est de s’assurer que les transformations induites par l’IA dans le monde du travail ne creusent pas davantage les inégalités, mais au contraire ouvrent la voie à une prospérité partagée. Gilbert Houngbo, ancien Premier ministre togolais, a rappelé que les choix opérés aujourd’hui détermineront si l’IA deviendra un levier d’opportunités ou un facteur d’aggravation des disparités sociales.
« Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront si l’IA élargira les opportunités et la prospérité partagée ou si elle aggravera les inégalités et l’insécurité. »
L’IA bouleverse en effet la création de valeur et la prise de décision dans le monde professionnel à une vitesse et une échelle sans précédent. Pourtant, malgré les craintes initiales d’un chômage de masse, les effets sur l’emploi restent pour l’instant limités, selon les institutions économiques comme la Banque centrale européenne. Les acteurs du secteur technologique, autrefois prompts à alerter sur les risques, ont récemment revu leurs prévisions à la baisse. Cependant, cette transition numérique suscite une méfiance croissante dans l’opinion publique, notamment en raison des pratiques des grandes plateformes digitales.
Parmi les enjeux majeurs soulevés par l’OIT figure la question des travailleurs des plateformes numériques. Ces derniers, bien que soumis au contrôle des algorithmes pour la répartition des tâches et la fixation des rémunérations, sont souvent classés comme des « indépendants » par leurs employeurs. Une classification qui permet à ces entreprises d’échapper aux obligations légales en matière de salaire minimum, de sécurité au travail ou d’accès aux systèmes de protection sociale. Human Rights Watch a pointé du doigt cette pratique, soulignant qu’elle prive des millions de travailleurs de droits fondamentaux.
Face à ce constat, l’OIT propose une feuille de route en quatre axes pour garantir une transition juste. Il s’agit notamment d’investir dans les compétences des travailleurs, de renforcer les systèmes de protection sociale et de travail, de soutenir les micro-, petites et moyennes entreprises, et enfin de défendre les principes et droits fondamentaux du travail. Ces mesures, selon Gilbert Houngbo, relèvent d’un « choix social et politique » essentiel pour l’avenir du marché du travail.
L’organisation onusienne, unique en son genre avec sa structure tripartite réunissant États, employeurs et travailleurs, entend jouer un rôle central dans l’accompagnement de ces transformations. Son modèle, basé sur le dialogue social, pourrait servir de référence pour d’autres instances internationales. Reste à voir si les États membres parviendront à concilier innovation technologique et justice sociale dans un contexte économique déjà marqué par des tensions persistantes.
Cette 110e session de la Conférence internationale du travail s’inscrit donc dans un contexte à la fois technologique et géopolitique complexe. Alors que l’IA continue de redéfinir les frontières du travail, la question de sa gouvernance devient un enjeu prioritaire pour les années à venir. Les décisions prises à Genève ces prochains jours pourraient bien façonner le visage du marché du travail de demain.
Leur statut de « prestataires indépendants » leur interdit l’accès au salaire minimum, aux congés payés, à la protection contre le licenciement abusif ou encore à la sécurité sociale. Les plateformes numériques, comme Uber ou Deliveroo, utilisent cette classification pour réduire leurs coûts sociaux et contourner les réglementations du travail, comme l’a documenté l’ONG Human Rights Watch.
L’Union européenne a adopté en 2024 l’AI Act, un cadre réglementaire pionnier qui impose des obligations strictes aux entreprises utilisant l’IA dans des secteurs sensibles, dont le travail. D’autres pays comme le Canada ou Singapour développent également des stratégies nationales, mais avec des approches moins contraignantes que le modèle européen.