Mercredi 16 avril 2026, avant même le réveil de la capitale, quatre poids lourds électriques de 40 tonnes se sont positionnés place de l’Étoile, devant l’Arc de Triomphe. Leur mission : parcourir près de 1000 kilomètres entre Paris et Berlin, en faisant escale dans plusieurs pays européens, pour démontrer la faisabilité des longs trajets avec des véhicules à batteries. L’initiative, organisée par Milence, une entreprise créée en 2024 par trois géants du secteur des camions — Daimler Truck, Volvo (Renault Trucks et Volvo Trucks) et Traton (groupe Volkswagen) — vise à accélérer le déploiement d’une infrastructure de recharge dédiée aux transports routiers lourds.
Selon Le Figaro, cet événement s’inscrit dans une démarche plus large pour convaincre transporteurs et décideurs européens que la longue distance n’est plus un frein à l’adoption des camions électriques. « L’objectif de ce tour est de montrer aux transporteurs et aux décideurs européens qu’avec les contraintes de l’autonomie des batteries et de la recharge, les camions peuvent parcourir cette distance. L’infrastructure de recharge n’est plus le goulot d’étranglement qui existait il y a quelques années », a déclaré Alexandre Hélibert, directeur Europe du Sud de Milence, lors de la présentation du convoi.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre camions électriques de 40 tonnes ont quitté Paris le 16 avril 2026 pour un trajet de 1000 km jusqu’à Berlin, avec escales en Europe.
- L’initiative est portée par Milence, une entreprise fondée en 2024 par Daimler Truck, Volvo et Traton (Volkswagen), pour développer une infrastructure de recharge adaptée aux poids lourds.
- Le projet vise à prouver que les contraintes d’autonomie et de recharge ne sont plus un obstacle majeur pour les longs trajets de marchandises.
- L’arrivée à Berlin est prévue le 23 avril 2026, après une semaine de voyage.
- Les constructeurs misent sur cette démonstration pour accélérer l’adoption des camions électriques dans le transport routier européen.
Un convoi symbolique pour le transport routier électrique
Ce voyage organisé par Milence n’est pas qu’une simple démonstration technique. Il s’agit d’une opération de communication stratégique pour lever les dernières réticences du secteur. En effet, malgré les progrès technologiques des dernières années, les transporteurs restent souvent sceptiques quant à la capacité des camions électriques à effectuer des trajets longs et réguliers. Les questions d’autonomie, de temps de recharge et de disponibilité des bornes en route sont encore perçues comme des obstacles majeurs.
« Le goulot d’étranglement de l’électrification du transport routier ne réside plus dans la technologie des batteries, mais dans l’absence d’un réseau de recharge suffisamment dense et adapté aux poids lourds », explique Alexandre Hélibert dans les colonnes du Figaro. Depuis sa création en 2024, Milence a déjà mis en service trente bornes de recharge rapide pour camions à travers l’Europe, principalement le long des grands axes routiers. Ces infrastructures permettent une recharge à 350 kW, réduisant ainsi le temps d’arrêt à moins d’une heure pour une recharge complète.
Des enjeux économiques et environnementaux majeurs
Le transport routier représente près de 25 % des émissions de CO₂ du secteur des transports en Europe, selon les données de l’Agence européenne pour l’environnement. La Commission européenne a fixé des objectifs ambitieux : réduire de 90 % les émissions du secteur d’ici 2050 par rapport à 1990. Pour y parvenir, le passage à l’électrique des poids lourds est indispensable, mais il nécessite des investissements colossaux.
Côté constructeurs, les camions électriques commencent à se démocratiser, avec des modèles comme le Mercedes-Benz eActros LongHaul, le Volvo FH Electric ou encore le Renault Trucks E-Tech T. Cependant, leur adoption reste freinée par leur coût d’achat élevé — jusqu’à 50 % plus cher qu’un camion thermique équivalent — et par l’incertitude sur le retour sur investissement. Les aides publiques, comme les subventions pour l’achat ou les exonérations de péage, jouent un rôle clé pour encourager les transporteurs à franchir le pas.
Pour les chargeurs et les entreprises de logistique, le choix d’un camion électrique se justifie aussi par des économies à long terme. « Le coût du kilowattheure reste inférieur à celui du diesel sur la plupart des trajets, surtout si l’on recharge la nuit avec des tarifs avantageux », précise un expert du secteur interrogé par Le Figaro. Cependant, cette équation dépend fortement de l’utilisation du véhicule et de la disponibilité des infrastructures.
Un réseau de recharge en construction, mais des défis persistants
Milence, l’entreprise derrière ce convoi, a pour ambition de déployer 1 700 bornes de recharge rapides pour camions d’ici 2030 en Europe. Ces bornes seront réparties le long des corridors européens, avec une priorité donnée aux axes France-Allemagne, Benelux-Italie et Scandinavie-Europe de l’Est. « Nous ciblons d’abord les axes les plus fréquentés par les transporteurs, car c’est là que l’impact sera le plus fort », explique Alexandre Hélibert.
Cependant, des défis subsistent. D’abord, l’homogénéité des normes techniques : tous les camions électriques ne sont pas compatibles avec les mêmes bornes. Ensuite, la question de la disponibilité des bornes en temps réel, avec des systèmes de réservation et de paiement simplifiés, reste un point à améliorer. Enfin, l’électricité utilisée pour recharger ces camions doit elle-même provenir de sources renouvelables pour que le bilan carbone soit optimal.
« L’infrastructure doit suivre la demande, et c’est ce que nous faisons », assure Hélibert. Pour l’instant, Milence collabore avec des acteurs locaux et des gestionnaires d’autoroutes pour installer ses bornes dans les zones de repos et les parkings dédiés aux poids lourds. Mais la généralisation de ces infrastructures prendra encore plusieurs années.
Le transport routier électrique, une révolution en marche
Si ce convoi Paris-Berlin marque une étape symbolique, il ne représente qu’une partie de l’effort nécessaire pour décarboner le transport routier. Selon les projections de l’Union européenne, les camions électriques pourraient représenter 40 % des ventes de véhicules lourds en 2030, contre moins de 5 % aujourd’hui. Cela nécessitera non seulement des investissements massifs, mais aussi une coordination entre États membres, constructeurs et opérateurs de recharge.
Pour les transporteurs, le choix entre thermique et électrique dépendra donc de plusieurs facteurs : le coût total de possession, la disponibilité des infrastructures, et la pression réglementaire. « On ne peut plus ignorer l’électrique, mais la décision doit être mûrement réfléchie », confie un responsable logistique d’une grande entreprise française, sous couvert d’anonymat.
Reste à voir si ce convoi suffira à convaincre les derniers sceptiques. Une chose est sûre : la route vers le tout-électrique dans le transport routier ne fait que commencer, et les prochaines années seront déterminantes.
Un camion électrique coûte entre 50 % et 100 % plus cher à l’achat qu’un modèle thermique équivalent, en raison du prix des batteries. Cependant, son coût d’exploitation sur le long terme peut être inférieur grâce à un coût énergétique réduit et à des frais de maintenance moindres (moins de pièces mobiles). Les subventions publiques, comme les aides à l’achat en France ou en Allemagne, peuvent réduire cet écart à 20-30 %.
Avec une borne de 350 kW, comme celles déployées par Milence, une recharge complète prend entre 60 et 90 minutes. Les modèles récents, comme le Mercedes-Benz eActros LongHaul, permettent des autonomies de 500 km en une seule charge, ce qui couvre la majorité des trajets longs en Europe. Pour les trajets supérieurs à 800 km, une recharge intermédiaire est nécessaire.
