Jusqu’au 14 juin, l’Opéra Bastille propose une version inédite de « Hercule amoureux », un opéra de Antonia Bembo inspiré du mythe antique. Selon Libération, cette production, mise en scène par Netia Jones et chorégraphiée par Maud Le Pladec, revisite avec audace la puissance masculine traditionnelle pour célébrer les figures féminines historiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un opéra baroque de Antonia Bembo, compositeur italien du XVIIe siècle, adapté d’après son livret « Ercole Amante »
  • Une mise en scène confiée à Netia Jones, connue pour ses réinterprétations contemporaines d’œuvres classiques
  • Une chorégraphie signée Maud Le Pladec, qui intègre des éléments visuels et physiques pour subvertir les codes traditionnels
  • Une exploration des rapports de genre à travers une relecture joyeuse et décalée du mythe d’Hercule
  • Des représentations jusqu’au 14 juin 2026 à l’Opéra Bastille

Une réinterprétation audacieuse du mythe d’Hercule

Netia Jones et Maud Le Pladec s’emparent de « Ercole Amante », un opéra composé par Antonia Bembo au début du XVIIIe siècle, pour en proposer une lecture résolument moderne. Leur travail, salué par Libération, détourne les conventions du héros antique en mettant en lumière des figures féminines fortes. Le metteur en scène et la chorégraphe transforment Hercule en un personnage ambivalent, dont la puissance est tantôt questionnée, tantôt célébrée à travers le prisme des reines et des déesses.

La production s’appuie sur une esthétique mêlant baroque et contemporanéité. Les décors et les costumes, imaginés pour l’occasion, jouent sur les contrastes entre opulence historique et minimalisme moderne. Selon les critiques, cette approche visuelle renforce le propos de l’œuvre : une remise en cause des hiérarchies traditionnelles, où la masculinité héroïque est systématiquement ébranlée.

Une chorégraphie qui redéfinit les rapports de force

Maud Le Pladec, chorégraphe reconnue pour ses créations au sein du Ballet de l’Opéra de Paris, signe ici une partition physique où le corps des danseurs devient un vecteur de subversion. Libération souligne que la chorégraphie utilise des symboles phalliques détournés — comme une « planche de phallus » évoquée dans le titre original — pour interroger la virilité dans l’art et la mythologie. Cette approche, à la fois provocante et subtile, s’inscrit dans une volonté de déconstruction des stéréotypes de genre.

Les mouvements, tantôt saccadés, tantôt fluides, reflètent les tensions du livret de Bembo. Les danseurs, intégrés au plateau aux côtés des chanteurs, incarnent des archétypes féminins puissants, des reines aux guerrières, qui prennent le contre-pied du héros mythologique. Cette dynamique, selon les observateurs, donne à l’opéra une dimension à la fois politique et poétique.

Antonia Bembo, une compositrice méconnue réhabilitée

Antonia Bembo (1640-1720) est une figure majeure de la musique baroque italienne, pourtant longtemps éclipsée par ses contemporains masculins. Composé en 1707, « Ercole Amante » est l’un de ses rares ouvrages parvenus jusqu’à nous. L’Opéra Bastille, en programmant cette œuvre, participe à la redécouverte d’un répertoire oublié. Libération rappelle que Bembo, protégée par le roi Louis XIV à la fin de sa vie, a su imposer un style lyrique où s’entremêlent passion et virtuosité.

Sa musique, souvent qualifiée d’innovante pour son époque, trouve dans cette production un écho moderne. Les airs de « Ercole Amante », interprétés par un ensemble vocal et instrumental spécialisé dans le répertoire baroque, sont mis en valeur par une direction musicale exigeante. Le résultat, selon les premiers retours, est une synthèse réussie entre rigueur historique et liberté artistique.

Et maintenant ?

La dernière représentation de « Hercule amoureux » à l’Opéra Bastille est prévue pour le 14 juin 2026. Si les critiques soulignent déjà l’originalité de la mise en scène, il reste à voir si cette production contribuera à une plus large reconnaissance d’Antonia Bembo dans le paysage lyrique contemporain. D’autres salles européennes, notamment en Italie, pourraient s’emparer du projet dans les années à venir.

Une œuvre à voir pour son audace et son intelligence

Avec « Hercule amoureux », Netia Jones et Maud Le Pladec signent une proposition scénique qui dépasse le simple divertissement lyrique. L’opéra, à travers son traitement des genres et des mythes, interroge les normes culturelles avec une élégance rare. Comme le souligne Libération, cette version de « Ercole Amante » n’est pas seulement jouissive par son propos ; elle l’est aussi par sa forme, où chaque élément — du livret à la chorégraphie — concourt à une relecture stimulante du classicisme.

Les spectateurs disposent encore de quelques jours pour découvrir cette création jusqu’au 14 juin. Une occasion, pour les amateurs d’opéra comme pour les néophytes, de plonger dans une expérience artistique où tradition et modernité se répondent avec brio.

Antonia Bembo (1640-1720) était une compositrice italienne de la période baroque, protégée par le roi Louis XIV. Malgré un talent reconnu de son vivant, son œuvre est restée dans l’ombre des grands noms masculins de l’époque. Son opéra « Ercole Amante », composé en 1707, n’a été redécouvert que récemment, grâce à des recherches musicologiques approfondies.