Selon BFM Business, les réserves des banques centrales à travers le monde ont connu un basculement inédit en 2025 : l’or y occupe désormais une place plus importante que les bons du Trésor américains. Une évolution portée par la flambée des cours du métal jaune et les tensions géopolitiques persistantes.
Ce qu'il faut retenir
- 27 % des réserves de change des banques centrales étaient constituées d’or fin 2025, contre 22 % pour les bons du Trésor américains et 15 % pour les actifs en euros.
- Le cours de l’or a bondi de 60 % en 2025 et de 30 % en 2024, atteignant un record historique à plus de 5 600 dollars l’once en janvier 2026.
- Les banques centrales détiennent aujourd’hui 36 000 tonnes d’or, un volume proche de celui enregistré à l’époque de Bretton Woods (38 000 tonnes en 1971).
- La Chine, la Pologne, la Turquie et l’Inde figurent parmi les plus gros acheteurs publics d’or depuis 2022, tandis que l’Iran a réduit ses réserves pour soutenir sa monnaie.
- La Turquie a vendu 130 tonnes d’or en 2025 pour défendre sa monnaie et limiter l’impact économique de la guerre au Moyen-Orient.
L’or détrône les Treasuries : un basculement inédit
D’après une étude de la Banque centrale européenne (BCE) publiée en 2026, l’or a officiellement dépassé les bons du Trésor américains dans les réserves de change des banques centrales mondiales. Fin 2025, le métal jaune représentait 27 % de ces réserves, soit une progression de 7 points en un an. Dans le même temps, la part des Treasuries américains a reculé de 3 points à 22 %, tandis que celle des actifs libellés en euros est restée stable à 15 %.
Cette mutation s’explique principalement par l’envolée du cours de l’or, qui a progressé de 60 % en 2025 et de 30 % en 2024. En janvier 2026, le métal précieux a même battu un record historique en dépassant les 5 600 dollars l’once. « Cette hausse reflète avant tout les effets de valorisation », précise la BCE. Sans ces variations de prix, les bons du Trésor américains resteraient majoritaires dans les réserves, avec 26 % du total, devant l’or et les actifs en euros (16 % chacun).
Une demande accrue pour réduire la dépendance au dollar
L’appétit des banques centrales pour l’or s’est renforcé ces dernières années, reflétant une volonté de diversifier leurs réserves au-delà du dollar américain. « Les tensions géopolitiques continuent d’alimenter une forte demande d’or de la part des banques centrales », a souligné Christine Lagarde, présidente de la BCE, en écho à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Depuis cette date, la Chine a accumulé 350 tonnes d’or, suivie par la Pologne (320 tonnes), la Turquie (220 tonnes) et l’Inde (130 tonnes).
En 2025, la Pologne a même dépassé la BCE en volume d’or détenu. « Cette dynamique illustre une stratégie de long terme pour sécuriser les réserves en actifs moins exposés aux risques géopolitiques », analyse un économiste cité par BFM Business. Un acteur privé, l’émetteur de stablecoins Tether, s’est également imposé comme le premier acheteur d’or en 2025 avec plus de 100 tonnes acquises.
L’or, un actif de réserve sous contraintes
Malgré cette tendance, la BCE rappelle que l’or présente des limites en tant qu’actif de réserve officiel. Son prix reste volatil, il n’est pas rémunéré et son stockage engendre des coûts significatifs. « À l’avenir, ces contraintes pourraient freiner son adoption massive », note l’institution de Francfort. Pourtant, avec 36 000 tonnes détenues aujourd’hui, les réserves mondiales d’or frôlent les niveaux observés pendant l’ère Bretton Woods (38 000 tonnes), avant l’abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971.
Cette accumulation s’accompagne cependant de ventes ponctuelles. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, certaines banques centrales ont cédé une partie de leurs stocks pour soutenir leurs monnaies et leurs économies. La Turquie a ainsi vendu 130 tonnes d’or en 2025, tandis que la Russie a probablement réduit ses réserves pour financer son conflit en Ukraine. « Ces ventes ponctuelles ne remettent pas en cause la tendance de fond », tempère la BCE.
Le cas particulier de l’Iran : l’or comme variable d’ajustement
Comme le rapporte BFM Business, l’Iran a adopté une stratégie inverse en 2025. Face à l’inflation et à la dépréciation de sa monnaie, la banque centrale iranienne a réduit ses réserves d’or pour financer ses importations et soutenir son économie. Une approche qui contraste avec celle des autres pays du Moyen-Orient, où la demande pour le métal précieux reste forte. « L’or n’est plus perçu comme un ultime refuge dans ce contexte », explique un analyste. Cette divergence souligne la complexité des stratégies monétaires dans une région marquée par des conflits prolongés.
Les limites d’un actif non productif
Si l’or séduit par sa liquidité et son absence de risque de défaut, son manque de rendement et sa sensibilité aux chocs de prix en font un actif à double tranchant. Les banques centrales doivent désormais arbitrer entre sécurité et rentabilité. « L’or reste un symbole de stabilité, mais son rôle dans les réserves pourrait être repensé à l’aune des nouvelles technologies financières », estime un expert en gestion d’actifs. Les cryptomonnaies et les stablecoins, comme Tether, commencent d’ailleurs à attirer l’attention des institutions, bien que leur adoption massive reste improbable à court terme.
Reste à voir si cette bascule vers l’or marque le début d’une ère nouvelle pour les réserves mondiales ou si elle n’est qu’un effet conjoncturel lié à la hausse des cours. Une chose est sûre : dans un contexte de remous géopolitiques persistants, les banques centrales ne sont pas près de renoncer à ce métal ancestral.
L’or est considéré comme une valeur refuge en période d’incertitude, moins exposée aux risques de dépréciation ou de gel des actifs (comme cela a été observé avec les réserves russes après l’invasion de l’Ukraine). Il permet aussi de diversifier les réserves au-delà du dollar, monnaie dominante mais de plus en plus contestée géopolitiquement.
L’or n’est pas un actif productif : il ne génère pas de revenus (pas d’intérêts ni de dividendes). Son prix est volatil, et son stockage engendre des coûts logistiques. Enfin, en cas de crise majeure, sa liquidité peut être limitée, bien que le marché de l’or reste l’un des plus liquides au monde.