La Commission européenne a annoncé vendredi son intention d’introduire des mesures restrictives ciblées sur les visas accordés aux ressortissants russes, une décision prise dans un contexte de tensions persistantes au sein de l’Union européenne. Selon Euronews FR, cette initiative répond à une lettre signée par onze pays européens, dont la Suède, la Pologne et les Pays-Bas, qui critiquent la délivrance jugée trop libérale de ces visas par certains États membres.

Ce qu'il faut retenir

  • La Commission européenne propose de durcir les règles d’attribution des visas Schengen pour les Russes, avec une entrée en vigueur prévue en 2027, excluant ainsi la prochaine saison estivale.
  • Onze pays européens, menés par la Suède, ont adressé une lettre à Bruxelles pour dénoncer une application « inégale » des directives visant à limiter les voyages non essentiels des Russes.
  • En 2025, la France, l’Italie et l’Espagne ont délivré à eux seuls près de 440 000 visas aux Russes, malgré les tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine.
  • Les nouvelles mesures s’inscrivent dans le cadre de la révision du code des visas de l’UE, prévue pour l’année prochaine.
  • Le nombre de visas Schengen accordés aux Russes est passé de 4 millions par an avant 2022 à environ 500 000 en 2025, selon les données de la Commission.

Une réponse aux critiques des États les plus stricts

La décision de la Commission intervient après la publication d’une lettre signée par onze pays européens, dont la République tchèque, le Danemark et les Pays-Bas. Dans ce document, relayé par Euronews FR, ces États dénoncent une « mise en œuvre inégale » des directives adoptées en 2022, qui visaient à limiter les voyages non essentiels des Russes et à renforcer les contrôles sécuritaires. « La fragmentation affaiblit notre pouvoir d’influence et envoie des signaux contradictoires », soulignent-ils.

Parmi les mesures contestées, les signataires pointent notamment le maintien de l’octroi de visas à entrées multiples, progressivement supprimés en 2025 au profit de visas à entrée unique. Ils demandent à la Commission de présenter des règles « restrictives et contraignantes » dès que possible, tout en réclamant des statistiques régulières sur la délivrance des visas.

La France, l’Italie et l’Espagne dans le collimateur

Parmi les États membres les plus critiqués figurent la France, l’Italie et l’Espagne, qui ont délivré à eux seuls près de 440 000 visas aux Russes en 2025. La France arrive en tête avec 180 000 visas, en hausse par rapport à 2024, suivie de l’Italie (160 000 visas, en léger recul) et de l’Espagne (100 000 visas).

Dans leur lettre, les onze pays signataires dénoncent « l’afflux croissant de touristes russes profitant des stations balnéaires européennes » alors que la guerre en Ukraine se poursuit. « Il est extrêmement préoccupant de voir ces déplacements alors que missiles et drones continuent de frapper des infrastructures civiles », affirment-ils.

La Commission défend son bilan tout en annonçant des mesures

Interrogé par Euronews FR, Markus Lammert, porte-parole de la Commission pour les questions migratoires, a rappelé que le nombre de visas Schengen accordés aux Russes avait été divisé par huit depuis 2022. « Restreindre la délivrance de visas aux citoyens russes a été une priorité absolue pour la Commission dès le début de l’agression russe contre l’Ukraine », a-t-il déclaré. Il a également confirmé que les nouvelles mesures s’inscriraient dans la révision du code des visas, prévue pour 2027.

Cependant, la Commission n’a pas souhaité détailler les restrictions envisagées, se contentant d’indiquer qu’elles viseraient à « mieux répondre aux risques de sécurité découlant d’actions hostiles de pays tiers ». Une annonce qui laisse planer des incertitudes sur l’ampleur des mesures à venir.

Un débat qui divise au sein de l’UE

Les opposants à l’initiative suédoise, notamment les pays les plus touristiques, mettent en avant un argument pragmatique : les grands États membres traitent naturellement plus de demandes de visas que les petits. Ils contestent également l’idée que ces autorisations de voyage sapent l’action collective de l’UE contre Moscou, rappelant que les responsables russes font déjà l’objet de sanctions.

— Autant dire que le débat oppose deux logiques au sein de l’Union : d’un côté, ceux qui prônent une fermeté accrue pour isoler davantage la Russie, de l’autre, ceux qui craignent que des mesures trop strictes n’isolent l’Europe sur le plan économique et diplomatique.

Et maintenant ?

Les nouvelles règles ne devraient pas entrer en vigueur avant 2027, laissant un délai de près d’un an pour que les États membres s’alignent sur les exigences de la Commission. Une consultation des parties prenantes est attendue d’ici la fin 2026, tandis que les statistiques annuelles sur la délivrance des visas devraient être publiées dès l’automne prochain. Reste à voir si ces mesures suffiront à apaiser les tensions entre les pays les plus stricts et ceux qui privilégient une approche plus pragmatique.

Pour l’instant, la question centrale demeure : dans quelle mesure ces restrictions ciblées permettront-elles de concilier sécurité, cohésion européenne et réalités économiques ?

La Commission répond à une lettre signée par onze pays européens, dont la Suède et la Pologne, qui dénoncent une application « inégale » des directives de 2022 limitant les voyages non essentiels des Russes. Ces pays estiment que la fragmentation des règles affaiblit la cohésion européenne et envoie des signaux contradictoires.