La Commission européenne a lancé, selon Euronews FR, un appel à projets pour financer jusqu’à sept gigafactories dédiées à l’intelligence artificielle nouvelle génération. L’objectif affiché est de créer une infrastructure souveraine capable d’entraîner des modèles d’IA avancés, tout en réduisant la dépendance de l’Europe vis-à-vis des acteurs étrangers.
Ce qu'il faut retenir
- Sept gigafactories seront financées en Europe, avec une capacité de calcul dédiée aux modèles d’IA les plus puissants.
- Ces centres, équipés de processeurs spécialisés, devraient être opérationnels d’ici mi-2028.
- Le financement public sera limité à un tiers de l’investissement total, soit environ 10 milliards d’euros, dont seulement 1 milliard déjà sécurisé.
- Dix pays européens, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, ont déjà manifesté leur intérêt pour accueillir ces infrastructures.
- L’UE reste dépendante de fournisseurs étrangers pour les puces d’IA, malgré les mémorandums signés avec Nvidia, AMD et Qualcomm.
- Les projets devront être financièrement viables, avec une attribution des capacités de calcul aux acteurs publics et privés européens.
Une course contre la montre pour une souveraineté technologique
L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à bâtir une infrastructure d’IA souveraine en Europe, alors que Bruxelles cherche à rattraper son retard face aux États-Unis et à la Chine. Selon Euronews FR, ces gigafactories seront des centres de calcul géants, équipés de processeurs ultra-spécialisés conçus pour entraîner les modèles de langage les plus avancés. Ces derniers nécessitent le traitement de milliers de milliards de données, une tâche impossible sans une infrastructure dédiée et performante.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé ce projet lors du sommet AI Action à Paris en février 2025, en s’inspirant du modèle du CERN à Genève. Depuis, 76 consortiums potentiels ont exprimé leur intention de participer à l’appel d’offres, un engouement qui a poussé la Commission à élargir son ambition initiale de quatre ou cinq gigafactories à sept infrastructures.
Un financement public réduit et des défis financiers persistants
Le financement de ce projet ambitieux s’annonce complexe. À l’origine, Bruxelles prévoyait un fonds de 20 milliards d’euros, mais les engagements ont été revus à la baisse. Désormais, la part publique ne représentera qu’environ un tiers de l’investissement total, soit 10 milliards d’euros. Sur cette somme, seulement la moitié proviendra directement de la Commission européenne, le reste devant être mobilisé par les États membres participants.
Dans le cadre du budget actuel, Bruxelles ne peut s’engager que sur 1 milliard d’euros. Le solde dépendra du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), encore en cours de négociation entre les États membres.
« Nous ne pouvons pas préempter les décisions sur le prochain CFP. Nous vous avons donné notre meilleure estimation de l’argent dont nous disposerions dans le prochain CFP pour pouvoir soutenir la phase deux »,a déclaré un haut responsable de la Commission européenne, soulignant l’incertitude qui pèse sur le financement à long terme.
Une répartition géographique à équilibrer et des critiques persistantes
Dix pays européens ont déjà exprimé leur intérêt pour accueillir une gigafactory : l’Allemagne, l’Italie, la France, la Pologne, la Tchéquie, le Danemark, la Finlande, la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Des consortiums multi-pays sont possibles, mais Paris a déjà indiqué vouloir porter seule un projet sur son territoire. Cette volonté de répartition équilibrée vise à éviter une concentration des infrastructures dans les pays les plus riches, un écueil souvent pointé du doigt dans les grands projets européens.
Pourtant, malgré ces ambitions, des critiques persistent. L’UE reste fortement dépendante de fournisseurs étrangers pour les puces spécialisées d’IA, malgré les mémorandums signés avec Nvidia, AMD et Qualcomm. Les critères d’évaluation des offres incluent des mesures pour limiter les effets de verrouillage technologique.
« Nous sommes très conscients de notre volonté de renforcer la capacité de l’Europe, mais nous devons aussi reconnaître, en même temps, que nous voulons faire de l’IA dès maintenant. Il s’agit donc de trouver le bon équilibre »,a expliqué un responsable européen sous couvert d’anonymat.
Une procédure en deux phases et une viabilité économique à garantir
La procédure de passation des marchés a été divisée en deux phases consécutives, avec une approche progressive sur six ans et demi. Les projets retenus devraient commencer la construction physique des gigafactories au début de 2027, les installations devant être opérationnelles d’ici mi-2028. En contrepartie de leur contribution publique, l’UE et les États membres recevront une part proportionnelle des capacités de calcul, attribuables aux projets publics, aux centres de recherche et aux laboratoires d’IA de leur choix.
Tous les coûts d’exploitation seront à la charge des acteurs privés impliqués. Les responsables européens insistent sur la nécessité pour ces projets d’être financièrement viables, en développant leurs propres services commerciaux. Dans un contexte où l’accès aux capacités de calcul dédiées à l’IA reste rare et précieux, cette contrainte pourrait limiter le nombre de projets retenus.
La réussite de ce projet dépendra non seulement de la capacité des États membres à s’entendre sur le financement, mais aussi de la capacité des consortiums sélectionnés à concilier innovation technologique et viabilité économique, dans un environnement où la concurrence mondiale reste féroce.