Selon Euronews FR, l’Union européenne pourrait diminuer de 25 % sa consommation de gaz naturel liquéfié (GNL) d’ici 2030 en accélérant le déploiement des énergies éoliennes, solaires et des pompes à chaleur. Une transition qui, si elle est menée à bien, permettrait à l’UE d’économiser un volume de GNL deux fois supérieur à ses importations potentielles en provenance du Qatar cette année-là. L’Institut pour l’économie énergétique et l’analyse financière (IEEFA) souligne dans une étude récente que cette stratégie offrirait au bloc une autonomie énergétique bien plus durable que le remplacement du gaz russe par d’autres approvisionnements en GNL.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE pourrait réduire sa demande de gaz de 25 % d’ici 2030 en respectant ses objectifs de déploiement d’éolien, solaire et pompes à chaleur, selon l’IEEFA.
- En 2024, ces technologies ont déjà évité la consommation de 8,8 milliards de mètres cubes de GNL, soit deux tiers des importations qataries de l’UE cette année-là.
- Les objectifs annuels de l’UE prévoient l’installation de 4 millions de pompes à chaleur, 75 GW de solaire et 22 GW d’éolien par an jusqu’en 2030.
- Les importations de GNL de l’UE ont augmenté de 84 % entre 2021 et 2025, exposant le bloc à de nouveaux risques géopolitiques.
- La Chine, leader mondial des technologies vertes, pourrait tirer profit de cette transition européenne en captant une part croissante des investissements et des chaînes d’approvisionnement.
Une dépendance au GNL aussi risquée que celle au gaz russe
D’après le rapport de l’IEEFA, l’UE a réussi à réduire sa dépendance au gaz russe acheminé par gazoduc après l’invasion de l’Ukraine par Moscou en 2022. Cependant, cette victoire apparente s’est accompagnée d’une nouvelle vulnérabilité : le recours massif au GNL, principalement en provenance des États-Unis et du Qatar. Les importations européennes de GNL ont bondi de 84 % entre 2021 et 2025, selon les données citées par l’étude. Une stratégie qui, loin de garantir la sécurité énergétique, déplace simplement la dépendance vers d’autres fournisseurs, eux-mêmes exposés à des risques géopolitiques majeurs.
Les auteurs du rapport rappellent que les récentes tensions, comme les dégâts subis par les installations d’exportation du Qatar ou les perturbations dans le détroit d’Ormuz, rappellent cruellement la fragilité des approvisionnements en GNL. « Remplacer le gaz russe par du GNL revient à échanger une dépendance contre une autre », soulignent-ils. Pour l’IEEFA, la seule issue durable passe par une réduction drastique du recours aux importations de gaz, au profit d’une électrification massive du continent.
Des objectifs ambitieux pour une transition énergétique accélérée
L’étude de l’IEEFA s’appuie sur des projections optimistes : si l’UE parvient à respecter ses cibles annuelles d’ici 2030, à savoir 4 millions de pompes à chaleur, 75 GW de solaire et 22 GW d’éolien installés chaque année, la demande de gaz du bloc pourrait chuter de 25 %. Un scénario qui, en plus de renforcer la souveraineté énergétique européenne, permettrait d’économiser un volume de GNL équivalent à deux fois les importations potentielles en provenance du Qatar cette année. « Le respect de ces objectifs réduirait la demande de gaz d’environ un quart d’ici fin 2030 », précisent les auteurs du rapport.
Ces ambitions s’inscrivent dans le cadre plus large des objectifs climatiques de l’UE, qui vise une part d’au moins 42,5 % d’énergies renouvelables dans sa consommation énergétique d’ici 2030 – un seuil indicatif fixé à 45 % pour soutenir la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pourtant, en 2025, les énergies propres ne représentaient encore que 26,2 % de la consommation énergétique du bloc, bien en deçà des cibles fixées. Un retard qui pose question quant à la faisabilité réelle de cette transition dans les délais impartis.
La Chine, grande gagnante de la crise énergétique européenne
Alors que l’Europe tente de tourner la page des combustibles fossiles, une analyse d’Oxford Economics, citée dans le rapport, met en lumière un paradoxe : la Chine, déjà leader mondial dans la production de panneaux solaires, de batteries, de véhicules électriques et de composants éoliens, pourrait devenir la grande bénéficiaire de cette transition. Les années de politique industrielle menées par Pékin lui ont permis de dominer les chaînes d’approvisionnement en technologies vertes, une position renforcée par la crise énergétique actuelle. « Les récents développements technologiques et géoéconomiques ont consolidé l’ascension de la Chine en tant que premier ‘electrostate’ (État électrique) au monde », indique l’analyse publiée le 13 juillet.
Ce terme, forgé pour désigner les pays dont l’influence repose sur la maîtrise des technologies de l’électrification plutôt que sur les réserves de pétrole ou de gaz, contraste avec les ‘petrostates’ traditionnels comme la Russie ou les monarchies du Golfe. Depuis le début du conflit entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, les exportations chinoises de technologies d’énergie propre vers l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine se sont accélérées. Une tendance qui pourrait, à terme, rendre l’UE dépendante des approvisionnements manufacturiers chinois, malgré la réduction de sa consommation de GNL.
Des obstacles majeurs à surmonter pour réussir la transition
Malgré l’optimisme affiché par l’IEEFA, le rapport n’occulte pas les défis qui pourraient freiner la transition énergétique européenne. Parmi eux, les délais de délivrance des permis, le coût élevé des pompes à chaleur, la congestion des réseaux électriques et les résistances politiques au sein des États membres. Des freins structurels qui, s’ils ne sont pas levés rapidement, pourraient compromettre la réalisation des objectifs fixés.
Par ailleurs, la modernisation des infrastructures électriques du continent reste un sujet de vives discussions politiques. Les financements nécessaires à cette transition, bien que massifs, font encore l’objet de débats au sein des institutions européennes. Une question qui prend d’autant plus d’importance que l’UE s’apprête à interdire les importations de gaz russe à partir de 2027, tout en faisant face à une instabilité persistante au Moyen-Orient. Dans ce contexte, les énergies renouvelables et les pompes à chaleur apparaissent comme des leviers stratégiques pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du bloc.
Autant dire que l’équilibre entre autonomie énergétique et dépendance technologique sera au cœur des débats à venir. La capacité de l’UE à accélérer sa transition tout en limitant sa vulnérabilité face à Pékin constituera un enjeu majeur pour la décennie.
Les principaux risques incluent les tensions dans les régions productrices, comme les dégâts subis par les installations d’exportation du Qatar ou les perturbations dans le détroit d’Ormuz, qui pourraient perturber les approvisionnements. Ces vulnérabilités rappellent que remplacer le gaz russe par du GNL ne fait que déplacer la dépendance vers d’autres fournisseurs, eux-mêmes exposés à des risques géopolitiques.