Cela fait maintenant cent jours que le conflit en Iran a débuté, plongeant le marché mondial de l'énergie dans une crise sans précédent depuis des décennies. Selon Euronews FR, cette guerre a provoqué l’un des plus importants chocs sur les prix des combustibles fossiles, notamment en raison de la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, artère vitale pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar.
Face à cette situation, l’Europe a accéléré sa transition vers les énergies renouvelables. Le solaire, en particulier, a joué un rôle clé en permettant à l’UE d’économiser 12,8 milliards d’euros au 2 juin 2026, selon les dernières données disponibles. Pourtant, malgré ces avancées, les importations de combustibles fossiles restent un poste de dépense majeur pour le continent, qui dépend encore largement du gaz américain et russe.
Ce qu'il faut retenir
- Les importations de GNL de l’UE ont reculé de 1,2 % depuis mars 2026, avec une baisse de 20 % au Royaume-Uni sur la même période.
- Trois pays – l’Allemagne (+72 %), l’Italie et la Belgique – ont au contraire augmenté leurs importations de GNL, malgré la crise.
- Les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de GNL de l’UE, représentant 60 % des importations entre mars et mai 2026, contre 56 % un an plus tôt.
- Le coût des importations de combustibles fossiles a atteint 60 milliards d’euros pour l’UE depuis le début de la guerre, dont seulement 2 milliards ont été investis dans l’électrification.
- Les énergies renouvelables ont permis à l’UE d’économiser 51 milliards d’euros en 2025 en réduisant les importations polluantes.
Une baisse globale des importations de GNL en Europe, mais des exceptions notables
Une analyse récente de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) révèle que les importations de GNL de l’Union européenne ont diminué de 1,2 % depuis mars 2026. Cette tendance s’inscrit dans la continuité d’une stratégie visant à réduire la dépendance aux énergies fossiles, accélérée par la crise géopolitique actuelle. « L’UE a compris que sa décision de 2022 d’augmenter les importations de GNL n’est plus tenable », déclare Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste énergie à l’IEEFA.
Cependant, cette réduction globale masque des disparités importantes entre les États membres. « Alors que de nombreux pays ont limité leurs importations de GNL, d’autres ont accru leur exposition en les augmentant », précise Jaller-Makarewicz. Parmi les trois pays qui ont fait exception à la règle, l’Allemagne se distingue avec une hausse de 72 % de ses importations de GNL sur un an, la plus forte augmentation enregistrée dans l’UE. L’Italie et la Belgique ont également augmenté leurs achats de GNL, malgré les risques pour leurs objectifs climatiques à horizon 2030.
Une dépendance accrue aux États-Unis et à la Russie
Malgré la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, qui a réduit les importations de GNL qatari, l’UE n’a pas rompu sa dépendance aux deux principaux fournisseurs de gaz naturel liquéfié : les États-Unis et la Russie. Entre mars et mai 2026, les importations européennes de GNL en provenance de Washington ont progressé de 5 %, tandis que celles en provenance de Moscou ont bondi de 25 %. La Norvège, autre fournisseur majeur, a vu ses exportations vers l’UE augmenter de 84 % sur la même période. « Les États-Unis ont représenté 60 % des importations de GNL de l’UE, contre 56 % un an plus tôt », souligne l’analyse de l’IEEFA.
Cette situation s’explique en partie par la nécessité de trouver des alternatives au gaz qatari, dont les livraisons ont été perturbées par le conflit. Cependant, cette dépendance accrue envers Washington et Moscou interroge sur la résilience énergétique de l’Europe à long terme. « Les contraintes d’approvisionnement ont conduit à une réduction des importations de GNL, ce qui souligne l’urgence de réduire davantage la demande de gaz afin de ne pas compromettre la sécurité énergétique du bloc », rappelle Ana Maria Jaller-Makarewicz.
L’électrification, un levier sous-exploité pour réduire la facture énergétique
La guerre en Iran a coûté 60 milliards d’euros à l’UE en importations de combustibles fossiles, selon les estimations. Pourtant, seulement 2 milliards d’euros – soit moins de 5 % de cette somme – ont été consacrés à des mesures d’électrification, pourtant considérées comme la solution la plus efficace pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. « Moins de 5 % de ce montant ont été consacrés à des mesures d’électrification, le seul investissement structurel qui réduit l’exposition aujourd’hui et renforce la résilience énergétique de demain », déplore Alice Moscovici, chercheuse à l’Institut Jacques Delors.
Les énergies renouvelables locales ont déjà démontré leur utilité : en 2025, elles ont permis à l’UE d’économiser 51 milliards d’euros en réduisant les importations polluantes. Le solaire et l’éolien ont joué un rôle moteur dans cette transition, mais leur déploiement reste inégal selon les pays. Parallèlement, les ménages européens se tournent de plus en plus vers l’électrification pour se protéger des fluctuations des prix. En France, en Allemagne et en Pologne, les ventes de pompes à chaleur ont progressé de 25 % au premier trimestre 2026, tandis que le fournisseur britannique Octopus Energy a enregistré une hausse de 51 % de ses ventes de mars par rapport à février.
Les énergies renouvelables stabilisent les prix de l’électricité, mais les inégalités persistent
Dans de nombreux pays de l’UE, le prix de l’électricité reste indexé sur celui du gaz naturel, en raison du principe du merit order, qui fixe les tarifs en fonction de la centrale la plus chère encore nécessaire pour répondre à la demande. Cependant, les investissements massifs dans les renouvelables commencent à modifier cette dynamique. « Au cours des cinq premiers mois de 2026, les pays dont la part des combustibles fossiles dans le mix de production d’électricité est faible ont bénéficié d’un rapport plus favorable entre les prix du gaz et de l’électricité », explique Aneta Stefańczyk, experte sectorielle à l’European Climate Neutrality Observatory.
Les écarts sont significatifs : le ratio prix de l’électricité/prix du gaz est plus de deux fois inférieur en Espagne par rapport à des pays plus dépendants des combustibles fossiles comme l’Italie ou la Pologne. Selon le groupe de réflexion Ember, 75 % de l’électricité espagnole provenait de sources bas carbone en 2025, contre 71 % en moyenne pour l’UE. Cette performance s’explique par un déploiement massif de l’éolien et du solaire, ainsi que par une politique énergétique volontariste.
La transition vers l’électrification, un impératif économique et climatique
Pour Adrian Hiel, directeur de l’Electrification Alliance, accélérer la transition vers des transports, un chauffage et une industrie électrifiés est un impératif. « Cela fonctionnera parce que les ménages et les entreprises économiseront des dizaines de milliards d’euros chaque année », affirme-t-il. Les données récentes confirment cette tendance : les ventes de véhicules électriques ont fortement progressé en Europe, tandis que les installations solaires résidentielles ont atteint un pic historique au Royaume-Uni en mars 2026, avec plus de 27 000 installations réalisées en un seul mois.
Pourtant, malgré ces avancées, le rythme de la transition reste insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE. Les trois pays qui ont augmenté leurs importations de GNL – l’Allemagne, l’Italie et la Belgique – risquent de compromettre leurs engagements en matière de réduction des émissions. « Accélérer la transition vers des transports, un chauffage et une industrie électrifiés est essentiel pour réduire la dépendance aux combustibles importés et renforcer la résilience », rappelle Adrian Hiel.
Avec cent jours de guerre en Iran déjà écoulés, l’Europe doit désormais faire face à un défi double : réduire sa dépendance aux énergies fossiles tout en maintenant sa sécurité énergétique. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si les États membres parviendront à concilier ces impératifs.
L’Allemagne a vu ses importations de GNL bondir de 72 % sur un an, la plus forte hausse de l’UE. Cette décision s’explique par la nécessité de compenser la réduction des livraisons de gaz russe – historiquement un fournisseur majeur – et par le retard pris dans le déploiement des énergies renouvelables. Berlin mise désormais sur le GNL américain et norvégien pour sécuriser son approvisionnement, malgré le coût environnemental et géopolitique de cette stratégie.