Alors que l'Ukraine fait face à des difficultés budgétaires croissantes et à une intensification des frappes russes, quatre pays de l'Union européenne relancent l'idée d'utiliser les 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés pour soutenir Kyiv. La Suède, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne ont adressé une lettre à la haute représentante de l'UE, Kaja Kallas, et à la ministre irlandaise des Affaires étrangères, Helen McEntee, afin de relancer ce débat avant les élections nationales prévues en 2027 dans plusieurs États membres, dont la France et l'Italie.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre pays de l'UE, représentant l'Europe du Nord, de l'Ouest, du Sud et de l'Est, poussent pour l'utilisation des 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés au profit de l'Ukraine.
  • L'objectif est de trouver un accord avant les élections nationales de 2027, qui pourraient ralentir les décisions au niveau européen.
  • La Belgique, qui abrite la majeure partie de ces fonds via Euroclear, s'oppose toujours à cette solution en raison des risques juridiques et financiers.
  • L'UE a déjà accordé un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, mais celui-ci pourrait ne pas suffire à couvrir les besoins de 2026 et 2027.
  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé un complément de 23 milliards d'euros pour son budget de défense.

Un soutien financier jugé insuffisant face à l'urgence ukrainienne

D'après nos confrères de Euronews FR, l'Ukraine se trouve dans une situation budgétaire critique, alors que les besoins financiers et militaires augmentent. Volodymyr Zelensky a récemment alerté ses alliés sur un déficit de 23 milliards d'euros dans le budget de son ministère de la Défense. Plus de 22 milliards d'euros ont déjà été alloués cette année à l'achat d'armes, tandis que les frappes russes s'intensifient, notamment avec des missiles balistiques. « Il me faut plus d'argent, beaucoup plus » pour rester compétitif, a-t-il déclaré.

Face à cette urgence, l'Union européenne a validé en début d'année un prêt exceptionnel de 90 milliards d'euros, remboursable uniquement après le versement des réparations de guerre par la Russie. Cependant, les capitales européennes craignent que ce montant ne soit insuffisant pour couvrir les besoins de 2026 et 2027, alors que le nouveau budget de l'UE dédié à l'Ukraine n'entrera en vigueur qu'en 2028.

Un plan controversé relancé par quatre pays européens

Pour combler ce manque, la Suède, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne proposent de réaffecter les avoirs russes gelés, estimés à 210 milliards d'euros, dont la majorité est détenue en Belgique via le dépositaire Euroclear. Dans une lettre adressée à Kaja Kallas et Helen McEntee, ces pays soulignent que « l'Ukraine a besoin de davantage de soutien financier, à court comme à long terme ». « L'UE doit continuer à fournir un soutien financier complet, prévisible et structuré », est-il précisé.

Ce projet, qui avait déjà fait l'objet de vifs débats en 2025, vise à convertir ces fonds en un prêt à taux zéro pour Kyiv. La Commission européenne avait alors assuré que cette mesure ne constituait pas une confiscation illégale, puisque l'argent pourrait être restitué à la Russie en cas de paiement des réparations de guerre. Malgré cela, la Belgique, par la voix de son Premier ministre Bart De Wever, avait rejeté cette proposition, craignant des représailles juridiques et une fuite des investisseurs. « Il n'y a pas d'argent gratuit dans le monde », avait-il martelé.

La Belgique maintient ses réticences malgré les pressions

Comme le rapporte Euronews FR, la position belge n'a pas évolué. Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, a indiqué que les risques juridiques et financiers signalés en 2025 « demeurent ». Toutefois, il s'est dit ouvert à l'examen de « nouvelles propositions », sans opposition de principe à l'utilisation de ces fonds pour l'Ukraine. En coulisses, Bruxelles confirme que les garanties demandées par la Belgique – notamment une « mutualisation intégrale des risques » – restent un point bloquant.

De son côté, Euroclear, qui gère ces avoirs, a de nouveau mis en garde contre les dangers d'une telle opération. L'entreprise, déjà confrontée à un recours intenté par la Banque centrale de Russie, qualifie ce projet de « fragile et ouvertement expérimental ». Malgré ces alertes, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a annoncé que le sujet serait inscrit à l'ordre du jour de la prochaine réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, prévue les 1er et 2 septembre 2026 en Irlande.

« Nous proposons que les experts techniques de la Commission explorent, en étroite concertation avec les États membres, de nouvelles options pour utiliser les avoirs immobilisés au bénéfice de l'Ukraine, de façon à ce que le risque soit partagé par l'ensemble des États membres de l'UE. »
— Extrait de la lettre des quatre pays, selon Euronews FR

Un équilibre difficile entre solidarité et prudence juridique

Alors que la pression monte sur les capitales européennes, la Commission a réagi en indiquant qu'elle étudiait « avec attention » la proposition des quatre pays. Un porte-parole a assuré que Bruxelles était « prête à fournir toute l'aide qui pourrait être nécessaire dans ce contexte ». Cependant, l'exécutif européen reste conscient de la complexité du dossier, mêlant enjeux juridiques, financiers et diplomatiques.

Le débat sur l'utilisation des avoirs russes gelés illustre les tensions au sein de l'UE entre la nécessité de soutenir l'Ukraine et la prudence face aux risques financiers et géopolitiques. L'Allemagne, qui avait porté ce dossier en 2025, est désormais plus réservée, tandis que la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie ont obtenu une clause de non-participation totale au prêt de 90 milliards d'euros. Autant dire que la recherche d'un consensus s'annonce ardue.

Et maintenant ?

La réunion des ministres des Affaires étrangères en Irlande, les 1er et 2 septembre 2026, pourrait marquer un tournant dans ce dossier. Les experts techniques de la Commission devraient présenter leurs analyses, mais aucune décision concrète n'est attendue avant la fin de l'année. D'ici là, les quatre pays à l'origine de la lettre espèrent convaincre leurs partenaires de la nécessité d'agir rapidement, avant que le calendrier électoral européen ne ralentisse les négociations. Reste à savoir si la Belgique, principal obstacle jusqu'à présent, acceptera de revoir sa position sous la pression collective.

En attendant, l'Ukraine continue de dépendre des aides européennes et américaines pour financer sa résistance face à l'agression russe. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si l'UE parvient à trouver une solution pérenne, ou si elle devra se contenter de mesures temporaires, au risque de laisser Kyiv dans une situation financière toujours plus précaire.