« Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur le fait d’éteindre littéralement les feux. La préparation est pour nous vraiment, vraiment importante. » Avec ces mots, Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne pour l’énergie, le climat, l’environnement et les transports, résume le virage opéré par Bruxelles face à la multiplication des méga-feux en Europe. Selon Euronews FR, cette nouvelle approche, officiellement lancée en mars 2026, marque un changement radical : après des décennies passées à renforcer les moyens d’extinction, l’Union européenne mise désormais sur la prévention pour réduire l’impact des incendies de forêt.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 434 976 hectares ont déjà brûlé dans l’UE d’ici le 30 juillet 2026, et plus d’un million d’hectares en 2025, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS).
  • La Commission européenne a adopté en mars 2026 une stratégie centrée sur quatre piliers : prévention, préparation, réponse et relèvement, avec la prévention comme priorité.
  • L’UE alloue désormais des financements à des mesures concrètes comme la réduction de la masse combustible, les pare-feux ou le pâturage ciblé, via plusieurs instruments européens.
  • Près de 19 milliards d’euros des fonds de cohésion sont réservés à l’adaptation au changement climatique pour la période 2026-2027.
  • Malgré les outils disponibles, la mise en œuvre reste freinée par une fragmentation administrative et un manque de financements récurrents.

Une stratégie née de l’urgence climatique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec plus de 434 976 hectares déjà partis en fumée dans l’UE au 30 juillet 2026 et plus d’un million d’hectares brûlés en 2025, la saison des incendies 2025 a été la pire jamais enregistrée depuis le début des relevés. Selon Euronews FR, cette situation a contraint l’Union européenne à repenser en profondeur sa politique de gestion des feux. Pendant des années, la réponse européenne reposait principalement sur l’acquisition d’avions, de camions et le recrutement de pompiers. Désormais, l’objectif est clair : empêcher les incendies de devenir catastrophiques avant même qu’ils ne se déclarent.

Alexander Held, forestier à l’Institut forestier européen et à la Pan-European Forest Risk Facility, travaille depuis vingt-cinq ans sur les politiques européennes liées aux feux de forêt. Il explique pourquoi cette approche était insuffisante : « Si vous regardez ce qui se passe du Portugal à l’Espagne, en passant par la France, la Grèce, la Turquie et l’Allemagne, nous avons des feux de grande ampleur simultanés. Ces situations submergent même les services d’incendie les plus aguerris. » Une fois un incendie déclenché dans des conditions de chaleur, sécheresse et vent, aucun équipement ne peut en garantir le contrôle, ajoute-t-il.

Le Portugal, exception européenne en matière de prévention

Pour Alexander Held, l’argent alloué jusqu’ici en Europe a souvent été mal orienté. « Malgré vingt ans de déclarations européennes sur la résilience et la prévention, les financements sont restés largement orientés vers la lutte contre le feu, parce qu’il est plus facile d’investir dans la phase de réponse », souligne-t-il. Il cite le Portugal comme un modèle : le pays a réorienté environ la moitié de son budget incendies vers la gestion des terres et la prévention, plutôt que vers l’extinction pure. Son souhait ? Une règle du 50-50 : chaque euro dépensé pour la lutte serait assorti d’un euro pour réduire les risques avant l’émergence des feux.

Cette logique a été adoptée par la Commission européenne. « La préparation est pour nous vraiment importante », insiste Anna-Kaisa Itkonen. En mars 2026, Bruxelles a lancé sa stratégie de gestion intégrée du risque d’incendie de forêt, formalisant le passage d’un modèle centré sur la réponse à un modèle structuré autour de quatre piliers : prévention, préparation, réponse et relèvement, avec la prévention en tête de liste.

Un changement de paradigme motivé par trois réalités

Ce basculement s’explique par trois constats majeurs. D’abord, l’Europe vient de vivre sa pire saison d’incendies jamais enregistrée. Ensuite, le changement climatique intensifie la fréquence et l’ampleur des feux, les rendant plus difficiles à maîtriser. Enfin, les départs de feu sont dans 96 % des cas liés à la négligence ou à des actes de malveillance. La prévention doit donc agir sur les comportements humains autant que sur la végétation.

Autre élément clé : les incendies ne concernent plus uniquement le bassin méditerranéen. Ils gagnent désormais l’Allemagne, la Tchéquie, la Suède, voire l’Islande et le pourtour arctique. Une stratégie centrée sur les capacités de réponse du sud de l’Europe ne correspond plus à la réalité des risques actuels.

Des financements et outils concrets en déploiement

Concrètement, la prévention se traduit par des mesures déjà en cours. Plusieurs instruments européens financent aujourd’hui des projets de réduction de la masse combustible, de création de pare-feux, de pâturage ciblé, d’éclaircissage des forêts ou de restauration de paysages vulnérables. Ces initiatives sont en cours en Espagne, au Portugal, en Italie et en Sicile. « Les ressources mobilisées proviennent des plans de développement rural de la politique agricole commune, des fonds de cohésion, de la Facilité pour la reprise et la résilience, ainsi que des programmes LIFE et des appels de recherche d’Horizon Europe », précise Euronews FR.

Le budget européen reflète cette priorité. Environ 35 % du prochain budget pluriannuel de l’UE est réservé au climat et à l’environnement, dont près de 19 milliards d’euros de fonds de cohésion dédiés à l’adaptation au changement climatique. Une procédure accélérée est promise pour les régions les plus touchées. La Commission renforce également l’EFFIS, son outil de veille précoce et de prévision des risques basé sur les satellites. D’ici 2027, elle prévoit de proposer une recommandation du Conseil sur la gestion intégrée du risque d’incendie de forêt, ainsi qu’un portail européen dédié pour partager les bonnes pratiques et les financements.

La lutte contre les feux reste présente, mais n’est plus la priorité

Les capacités d’intervention ne disparaissent pas pour autant. Le mécanisme rescEU va se doter de douze avions de lutte contre les incendies et de cinq hélicoptères supplémentaires. Pourtant, Anna-Kaisa Itkonen rappelle sans ambiguïté : « L’objectif n’est pas de combattre davantage de feux. L’objectif est de disposer de bonnes politiques de prévention. »

Les défis de la mise en œuvre sur le terrain

Malgré ces avancées, la Cour des comptes européenne a alerté sur un point crucial : la gouvernance des incendies de forêt reste fragmentée entre la protection civile, la foresterie, l’agriculture et les services climatiques. Sans vision d’ensemble des sommes réellement consacrées à la prévention, les blocages administratifs freinent l’efficacité des outils comme le brûlage dirigé ou le pâturage ciblé. Par ailleurs, les projets de prévention nécessitent des financements durables et récurrents pour l’entretien, alors que les instruments européens sont souvent pensés pour des investissements ponctuels.

Pour Alexander Held, la solution passe par la création de centres d’excellence indépendants et peu bureaucratiques, aussi flexibles que le feu lui-même. Il plaide pour une collaboration accrue entre forestiers, agriculteurs et aménageurs, plutôt que pour une centralisation des décisions au niveau des agences de protection civile. Il illustre son propos avec un exemple allemand : Berlin dépense environ 30 millions d’euros par an pour lutter contre des incendies récurrents sur des terrains contaminés. Réduire ne serait-ce que de moitié l’un de ces feux libérerait 15 millions d’euros, une somme suffisante pour financer une véritable politique de prévention. « C’est difficile à défendre, reconnaît-il, parce que l’un relève de l’argent consacré à la gestion des catastrophes, et qu’il est difficile de le rediriger vers la prévention. »

Et maintenant ?

La stratégie européenne de prévention des feux de forêt repose sur un équilibre entre financements, outils techniques et coordination entre États membres. Les prochaines échéances seront déterminantes : d’ici 2027, la Commission doit présenter une recommandation du Conseil et lancer un portail européen dédié. Reste à voir si les États parviendront à surmonter les blocages administratifs et à allouer des financements récurrents pour l’entretien des mesures préventives. L’enjeu est de taille : transformer une politique ambitieuse en résultats tangibles sur le terrain.

Ce virage vers la prévention reflète une prise de conscience tardive mais nécessaire. Alors que le changement climatique étend la menace des feux bien au-delà du sud de l’Europe, la question n’est plus de savoir si les ressources suffiront, mais bien si les acteurs locaux et européens sauront s’organiser pour les utiliser efficacement.

La stratégie repose sur quatre piliers : prévention, préparation, réponse et relèvement, avec la prévention comme priorité absolue. Cette approche vise à éviter que les feux ne deviennent catastrophiques avant même leur déclenchement, selon la Commission européenne.

Les financements proviennent de plusieurs instruments européens : les plans de développement rural de la politique agricole commune, les fonds de cohésion, la Facilité pour la reprise et la résilience, les programmes LIFE et les appels de recherche d’Horizon Europe. Ces ressources permettent de financer des mesures comme la réduction de la masse combustible, les pare-feux ou le pâturage ciblé.