Un tournant majeur dans le processus d’élargissement de l’Union européenne vient d’être atteint. Selon Euronews FR, la Hongrie a levé mercredi 28 mai 2026 le veto qu’elle opposait depuis deux ans à la candidature de l’Ukraine, permettant ainsi le lancement officiel des négociations d’adhésion. Une décision qui met fin à une période de tensions diplomatiques entre Budapest et Kyiv, et ouvre la voie au premier volet des pourparlers, dit « fondamentaux ».

Ce qu'il faut retenir

  • La Hongrie a retiré son veto, bloquant jusqu’alors l’ouverture des négociations avec l’Ukraine et la Moldavie depuis 2024.
  • Le processus d’adhésion, structuré en 33 chapitres, débute par un volet consacré à l’État de droit, aux droits humains et au système judiciaire.
  • Péter Magyar, nouveau Premier ministre hongrois, a obtenu un accord avec Kiev sur les droits de la minorité hongroise de Transcarpatie, région ukrainienne.
  • Une conférence intergouvernementale est prévue les 15 ou 16 juin 2026 à Luxembourg pour officialiser le début des négociations.
  • Le gouvernement hongrois conditionne son soutien à un référendum en cas d’adhésion, sans préciser de calendrier accéléré.

La levée de ce blocage historique intervient lors d’une réunion des ambassadeurs à Bruxelles, où l’émissaire hongrois a donné son accord à l’unanimité des 27 États membres. Deux diplomates cités par Euronews FR confirment que cette avancée permet enfin d’engager le premier des six grands ensembles thématiques de la procédure : les « fondamentaux ». Ce volet, considéré comme le plus exigeant, couvre des enjeux cruciaux comme la lutte contre la corruption, l’indépendance de la justice ou encore le respect des minorités.

Pour l’Ukraine et la Moldavie, associées dans leur candidature depuis 2022, cette étape marque un soulagement après des mois d’impasse. Le veto hongrois, imposé à l’époque par Viktor Orbán alors que son pays assurait la présidence tournante du Conseil de l’UE, avait figé les relations entre Budapest et Kyiv. Les tensions étaient particulièrement vives autour de la question de la minorité hongroise en Transcarpatie, région ukrainienne frontalière où vivent environ 100 000 personnes de culture hongroise.

Un changement de cap politique à Budapest

Le tournant décisif est lié à la défaite électorale de Viktor Orbán en avril 2026 face à son ancien allié, Péter Magyar. Ce dernier, entré en politique avec la promesse de normaliser les relations avec l’Ukraine, a mené des négociations serrées avec les autorités ukrainiennes pour apaiser les tensions autour de la Transcarpatie. Dans une vidéo diffusée sur Facebook, il a annoncé avoir trouvé un « accord global » sur l’élargissement des droits linguistiques, éducatifs, culturels et politiques de la communauté hongroise.

« Nous sommes parvenus à un accord global avec l’Ukraine sur l’élargissement des droits linguistiques, éducatifs, culturels et politiques de la minorité hongroise, forte de 100 000 personnes », a déclaré Péter Magyar. « Ces engagements, qui ne seront pas détaillés publiquement, seront intégrés au plan d’action que l’Ukraine transmettra à Bruxelles dans le cadre de sa candidature. »

Bien que ces concessions aient permis de débloquer la situation, Budapest reste prudent sur la rapidité du processus. Péter Magyar a réaffirmé son opposition à une adhésion accélérée, une position partagée par plusieurs États membres soucieux d’éviter une intégration précipitée qui pourrait fragiliser l’UE. « Si l’Ukraine parvient à clore les 33 chapitres d’adhésion d’ici 10 ou 15 ans, notre pays organisera un référendum juridiquement contraignant sur la question », a-t-il précisé, sans donner de date butoir pour l’achèvement des négociations.

Les prochaines étapes et les défis à venir

Dès mercredi soir, le Conseil de l’UE a envoyé une lettre officielle à l’Ukraine et à la Moldavie pour recueillir leurs positions respectives. Les ambassadeurs auront ensuite pour mission d’examiner ces réponses avant de valider formellement le lancement des négociations. Selon les informations disponibles, une conférence intergouvernementale – étape symbolique marquant le début des pourparlers – est prévue les 15 ou 16 juin 2026 à Luxembourg.

Pour l’Ukraine, cette avancée représente une reconnaissance de ses efforts en matière de réformes, notamment depuis le début de l’invasion russe en 2022. La Moldavie, candidate en parallèle, bénéficiera du même élan. Toutefois, le chemin reste long : la procédure d’adhésion s’étendra sur plusieurs années, chaque chapitre devant être clos avant de passer au suivant. Les 33 chapitres sont répartis en six grands thèmes, allant de la gouvernance démocratique à l’environnement, en passant par la fiscalité ou la politique agricole.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp de Kyiv et de Chisinau, qui devront concrétiser les engagements pris en matière de réformes structurelles. À Bruxelles, les institutions européennes scruteront particulièrement la mise en œuvre des mesures liées aux droits des minorités, un point de friction récurrent avec Budapest. Pour la Hongrie, la question d’un éventuel référendum reste en suspens, bien que son résultat semble hypothétique à ce stade. Enfin, la tenue de la conférence de Luxembourg à la mi-juin donnera le coup d’envoi officiel d’un processus dont l’issue dépendra autant de la volonté politique que des capacités administratives des candidats.

Cette levée du veto hongrois s’inscrit dans un contexte géopolitique où l’élargissement de l’UE est plus que jamais un enjeu stratégique. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les relations entre l’Union et la Russie restent tendues, l’intégration de nouveaux membres pourrait renforcer la cohésion et la résilience du bloc européen. Reste à voir si cette dynamique se confirmera dans les mois à venir, alors que d’autres dossiers, comme ceux de la Bosnie ou du Kosovo, attendent également une issue.

L’Ukraine devra concrétiser les réformes promises dans le premier volet des négociations, notamment en matière d’État de droit, de lutte contre la corruption et de droits des minorités. Les 32 chapitres restants porteront sur d’autres thématiques, comme la politique économique ou la justice, chacun devant être validé par les États membres. La Commission européenne publiera des rapports réguliers pour évaluer les progrès accomplis.