La levée du veto de Budapest ouvre une nouvelle phase pour le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Selon Euronews FR, le président du Conseil européen, António Costa, a confirmé que Kyiv pourrait valider « immédiatement » plusieurs chapitres une fois ceux-ci ouverts, après des années de blocage politique.

Ce qu'il faut retenir

  • La Hongrie a levé son veto à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE après deux ans de blocage, sous le gouvernement de Viktor Orbán.
  • L’Ukraine pourrait clore « immédiatement » plusieurs chapitres une fois ouverts, selon António Costa, grâce aux réformes déjà engagées.
  • Le premier cluster de négociations sur les « fondamentaux » (droits humains, État de droit, justice) est prévu pour le 15 juin, avec la Moldavie.
  • António Costa plaide pour une révision de la méthodologie d’élargissement, afin d’éviter que des questions bilatérales ne bloquent le processus.
  • Paris et Berlin défendent un processus d’intégration graduelle, avec un accès progressif au marché unique avant l’adhésion pleine.

Un changement de cap politique décisif pour Budapest

La décision de la Hongrie de lever son veto, annoncée cette semaine, marque un tournant dans le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Selon Euronews FR, cet accord intervient après des négociations intensives sur les droits des minorités en Transcarpatie, région frontalière entre les deux pays. Le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a adopté une posture plus constructive que son prédécesseur, Viktor Orbán, qui avait systématiquement bloqué toute avancée depuis 2024.

António Costa, interrogé en marge du sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat (Monténégro), a salué ce « changement d’attitude positif ». « Je pense que c’est très important pour les relations bilatérales entre la Hongrie et l’Ukraine », a-t-il déclaré. « Les différends entre États ne devraient pas paralyser l’ensemble du processus d’adhésion à l’UE. »

Des réformes menées en parallèle malgré le blocage

Malgré l’impasse politique des deux dernières années, l’Ukraine a continué à avancer sur les réformes structurelles exigées par Bruxelles. « Heureusement, nous n’avons pas perdu de temps pendant cette période de paralysie », a souligné António Costa. Les travaux techniques menés en parallèle ont permis à Kyiv de remplir une partie des conditions requises, notamment sur les chapitres liés à la gouvernance, à la lutte contre la corruption et à l’État de droit.

Selon le président du Conseil européen, « nous sommes très avancés ». Il estime que plusieurs chapitres pourraient être ouverts puis clos « immédiatement », dès leur ouverture. « Je pense qu’il sera possible d’ouvrir et, en même temps, de refermer plusieurs chapitres, car ils ont déjà fait ce qu’il fallait pour les clore », a-t-il précisé.

Un calendrier sous haute surveillance

Si les délais sont respectés, l’Ukraine et la Moldavie – traitées jusqu’ici comme des candidatures jumelles – devraient lancer le premier cluster de négociation dès le 15 juin. Ce cluster porte sur les « fondamentaux » : droits humains, État de droit, justice et marchés publics. Une étape symbolique, mais aussi un test pour la crédibilité du processus.

Cependant, plusieurs responsables à Bruxelles tempèrent l’optimisme. Ils estiment que l’ouverture des six clusters d’ici la fin du mois de juin pourrait prendre davantage de temps, peut-être jusqu’en septembre. « L’Ukraine souhaite ouvrir les six clusters dès ce mois-ci, mais la réalité administrative et politique pourrait allonger le calendrier », confie une source européenne.

Vers une réforme de la méthodologie d’élargissement ?

António Costa a également défendu une révision de la méthodologie actuelle, jugée trop rigide. Il propose d’assouplir les règles pour éviter que des questions bilatérales ne bloquent l’ensemble du processus. « Personnellement, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir l’unanimité pour ouvrir les chapitres et les clusters. Nous avons seulement besoin de l’unanimité pour les valider », a-t-il expliqué.

Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur l’élargissement de l’UE, alors que plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, prônent une approche progressive. « Paris et Berlin plaident pour un processus d’intégration graduelle et structurée », a rappelé une source diplomatique. L’idée ? Encourager les réformes en échange d’un accès progressif au marché unique, avant une adhésion pleine et entière.

Et maintenant ?

La prochaine étape cruciale aura lieu le 15 juin, avec l’ouverture du premier cluster de négociations. D’ici là, les observateurs s’attendent à des discussions serrées entre Kyiv et Bruxelles pour finaliser les détails techniques. Par ailleurs, la Commission européenne devrait publier un rapport d’étape sur les progrès de l’Ukraine d’ici la fin de l’été, un document qui pourrait influencer le rythme des négociations. Enfin, la question d’un accès partiel au marché unique reste en suspens, alors que certains États membres hésitent à aller trop vite sans garanties sur la stabilité des réformes.

Quelle que soit la vitesse des négociations, une chose est sûre : l’Ukraine et la Moldavie ont désormais une fenêtre d’opportunité inédite pour relancer leur parcours européen, après des années d’incertitude. Reste à savoir si les États membres parviendront à concilier ambition et pragmatisme dans ce processus complexe.

Budapest justifiait son veto par des tensions récurrentes avec Kyiv, notamment sur la question des droits des minorités hongroises en Transcarpatie, une région ukrainienne frontalière. Viktor Orbán, alors Premier ministre, avait fait de ce dossier un argument pour freiner l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, malgré les réformes engagées par Kyiv.

Le processus d’adhésion comprend 33 chapitres, répartis en six groupes thématiques. L’Ukraine doit tous les ouvrir et les valider pour finaliser sa candidature. Les négociations portent sur des domaines variés, allant de l’agriculture à la politique étrangère, en passant par la justice et les droits fondamentaux.