Selon Courrier International, l'Union européenne (UE) est accusée de fermer les yeux sur les dérives des autorités tunisiennes envers les migrants subsahariens, au nom de la lutte contre l'immigration clandestine sur son sol. Une enquête du site d'information panarabe Al-Araby Al-Jadeed révèle une étroite coordination entre Bruxelles et Paris sur ce dossier.
Ceci se passe dans un contexte où des ONG dénoncent depuis plusieurs années déjà le traitement réservé aux migrants subsahariens en Tunisie. Pour comprendre cette situation, il faut revenir en juillet 2023, lorsque la Tunisie signe un mémorandum avec l'Union européenne pour le contrôle des frontières en échange d'un important soutien financier.
Ce qu'il faut retenir
- L'Union européenne a consacré à la Tunisie une enveloppe de 208 millions d'euros pour la gestion migratoire en 2024.
- Plus de 66 000 migrants ont été interceptés en mer par les garde-côtes tunisiens en 2024, contre 38 372 en 2022.
- Les récits de témoins parlent de courses-poursuites maritimes, de collisions délibérées avec les canots de fortune, ou encore de violences physiques.
Le traitement des migrants en Tunisie
En mer, les récits sont concordants : une agressivité accrue des gardes-côtes, qui n'hésitent plus à traquer les embarcations. Un survivant a témoigné que son embarcation délabrée a coulé après avoir quitté les côtes de Sfax, dans l'est de la Tunisie, en direction de l'Europe, avec à son bord 45 migrants de différentes nationalités africaines.
Amnesty International fait état de « manœuvres à grande vitesse provoquant de fortes vagues menaçant de renverser les embarcations », effectuées par les gardes-côtes qui agressent les migrants avec des matraques et envoient du gaz lacrymogène à courte distance sur les personnes présentes à bord des bateaux.
La position de l'Union européenne
La passivité de l'UE envers les dérives des autorités tunisiennes vise un objectif unique, qui bafoue les droits humains : « Laisser les migrants mourir loin des frontières [européennes] », selon Al-Araby Al-Jadeed. L'ancien député impliqué dans les dossiers migratoires, Majdi Karbai, estime que l'Union européenne a transféré de facto à Tunis la mission de bloquer les départs vers l'espace Schengen, tout en considérant la Tunisie comme un « pays sûr » pour les migrants renvoyés.
En conclusion, la situation des migrants en Tunisie est alarmante et nécessite une attention particulière de la part de la communauté internationale. Il est essentiel que l'Union européenne prenne des mesures pour garantir le respect des droits humains et éviter les abus envers les migrants.