Selon Euronews FR, l'Union européenne a dévoilé une refonte controversée de sa politique climatique phare, qui pourrait freiner les réductions d'émissions de gaz à effet de serre. Depuis sa mise en place en 2005, le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'UE a généré plus de 270 milliards d'euros de recettes, investis dans l'innovation, la décarbonation de l'industrie et la modernisation du système énergétique européen, permettant à l'Europe de réduire de 50 % ses émissions dans les secteurs qu'il couvre.

La Commission a estimé que le « contexte géopolitique et économique » avait changé, plaçant l'industrie européenne sous une « pression accrue ». Elle propose donc d'assouplir les règles afin de laisser davantage de temps aux entreprises pour réduire leurs émissions de carbone. Le fonctionnement de l'ETS repose sur l'obligation pour les industries et centrales électriques européennes d'acheter un permis, ou quota, pour chaque tonne de dioxyde de carbone qu'elles émettent, afin d'encourager la transition vers des technologies plus propres.

Ce qu'il faut retenir

  • L'ETS a réduit les émissions de gaz à effet de serre de 50 % dans les secteurs qu'il couvre.
  • La Commission propose de maintenir la distribution de permis gratuits jusqu'en 2038.
  • Les entreprises pourront acheter des permis supplémentaires ou les échanger.
  • La Commission offrira 80 % des permis gratuits aux entreprises ayant des projets d'investissement dans la décarbonation.

Un « cheval de Troie » pour la décarbonation

La révision de l'ETS suscite déjà de vives critiques de la part d'experts du climat, qui avertissent que la proposition récompense « le report plutôt que la décarbonation ». Linda Kalcker, directrice exécutive de Strategic Perspectives, décrit la réforme comme un « cheval de Troie » qui « ressemble à un cadeau offert aux entreprises pour qu'elles retardent la réduction de leurs émissions ».

Chiara Martinelli, directrice de Climate Action Network (CAN) Europe, estime que chaque tonne supplémentaire de CO2 autorisée dans le cadre de l'ETS rend le défi climatique européen « plus difficile et plus coûteux ». Le bloc est également critiqué pour le fait de récompenser les entreprises simplement parce qu'elles disposent d'un plan de décarbonation approuvé.

Un pas timide vers la taxation des vols internationaux

L'une des plus grandes évolutions de l'ETS est que, pour la première fois, la Commission a fixé un prix du carbone pour les vols au départ de l'UE. Cependant, cette mesure n'entrera en vigueur qu'en 2029 et ne s'appliquera qu'aux vols dans un rayon de 5 000 km. Transport & Environment (T&E) souligne que cette décision laisse encore 47 % du trafic aérien européen exempté de tarification du carbone.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp des États membres, qui doivent soutenir cet engagement tout en poussant à étendre progressivement la couverture d'ici la prochaine révision. Le secteur aérien doit payer pour l'ensemble de ses émissions, comme n'importe quel autre secteur de l'économie.

Les prochaines étapes et les décisions attendues restent à voir, mais il est clair que la révision de l'ETS sera suivie de près par les experts et les acteurs du domaine.