Une molécule expérimentale, le 4-phénylbutyrate (PBA), a permis de restaurer partiellement la mémoire chez des souris atteintes de symptômes comparables à ceux de la maladie d'Alzheimer. C’est ce que révèle une étude menée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, publiée le 29 avril 2026 dans la revue Aging Biology. Selon Futura Sciences, ces résultats, bien qu’encore au stade préclinique, ouvrent une piste thérapeutique inédite pour une pathologie considérée jusqu’ici comme irréversible.
Ce qu'il faut retenir
- Le 4-phénylbutyrate (PBA), une molécule aux propriétés de « chaperon chimique », agit en empêchant l’accumulation de protéines mal repliées dans le cerveau, un mécanisme clé de la maladie d’Alzheimer.
- Les expérimentations sur des souris ont montré une restauration partielle de la mémoire et des fonctions cognitives, même à un stade avancé de la maladie.
- Cette approche cible la « protéotoxicité », c’est-à-dire les dommages cellulaires causés par l’accumulation de protéines altérées, un processus central dans la neurodégénérescence.
- Les chercheurs soulignent que des essais supplémentaires sont nécessaires avant toute application chez l’humain.
Un mécanisme d’action ciblant les protéines toxiques
Le 4-phénylbutyrate (PBA) se distingue par son mode d’action. Cette molécule, classée parmi les acides gras, agit comme un « chaperon chimique » dans le cerveau. Selon les explications de l’équipe de recherche, elle intervient en prévenant l’accumulation de protéines mal repliées, un phénomène caractéristique de la maladie d’Alzheimer. Ces agrégats protéiques toxiques provoquent la mort des neurones et perturbent les fonctions cognitives, entraînant la perte progressive de la mémoire et des capacités intellectuelles.
Le PBA agit en stabilisant les protéines mal repliées et en favorisant leur élimination, ce qui réduit la « protéotoxicité ». Ce mécanisme, jusqu’alors peu exploité dans les traitements contre Alzheimer, pourrait offrir une nouvelle stratégie pour ralentir ou inverser l’évolution de la maladie. Les chercheurs précisent que cette approche ne se contente pas de freiner la progression des symptômes, mais pourrait également restaurer certaines fonctions cérébrales altérées.
Des résultats encourageants chez les souris, même à un stade avancé
Les expérimentations menées sur des modèles murins ont livré des résultats particulièrement prometteurs. Les scientifiques ont administré le PBA par injection à des souris présentant des altérations cérébrales et des symptômes comparables à ceux observés chez les patients atteints d’Alzheimer. Avant le traitement, ces animaux montraient des déficits cognitifs majeurs, notamment une incapacité à distinguer les objets déplacés des objets immobiles lors de tests de mémoire standardisés.
Après l’administration du PBA, les chercheurs ont observé une restauration remarquable des capacités mémorielles chez ces souris. Les performances cognitives se sont améliorées, suggérant que le traitement pourrait non seulement freiner la progression de la maladie, mais aussi inverser certains de ses effets délétères. Nirinjini Naidoo, professeure agrégée de recherche en médecine du sommeil et autrice principale de l’étude, a déclaré : «
En améliorant généralement la santé neuronale et cellulaire, nous pouvons atténuer ou retarder la progression de la maladie. »
Un espoir pour les millions de patients et leurs familles
Avec plus de 55 millions de personnes dans le monde touchées par la maladie d’Alzheimer, selon l’Organisation mondiale de la santé, cette avancée scientifique suscite un vif intérêt. Bien que les résultats obtenus chez les souris ne garantissent pas une efficacité chez l’humain, ils constituent une piste thérapeutique majeure. Le PBA pourrait offrir plusieurs avantages potentiels : restauration des fonctions cognitives précédemment perdues, amélioration de la santé neuronale globale, et efficacité même à des stades avancés de la maladie.
Les chercheurs rappellent toutefois que de nombreux obstacles restent à surmonter avant d’envisager une application clinique. Les prochaines étapes incluent des essais supplémentaires pour confirmer l’efficacité du traitement et évaluer son innocuité chez l’humain. L’équipe de l’université de Pennsylvanie insiste sur la nécessité de valider ces résultats dans des modèles plus proches de l’homme, comme les primates, avant de passer aux essais cliniques.
Cette avancée s’inscrit dans un contexte international marqué par une mobilisation accrue contre la maladie d’Alzheimer. En France, où près de 1,2 million de personnes sont touchées, selon la Fondation Alzheimer, de nombreux projets de recherche sont en cours pour mieux comprendre et traiter cette pathologie. L’espoir d’un traitement curatif ou, à défaut, d’un ralentissement significatif de son évolution, anime désormais la communauté scientifique.
Le 4-phénylbutyrate (PBA) est considéré comme une innovation majeure car il cible directement la « protéotoxicité », un mécanisme central dans la maladie d’Alzheimer. Contrairement aux traitements actuels qui se concentrent sur les symptômes, le PBA agit sur la cause première de la neurodégénérescence en empêchant l’accumulation de protéines toxiques dans le cerveau.
Les chercheurs estiment qu’il faudra attendre entre deux et trois ans avant de pouvoir mener des essais cliniques chez l’humain, sous réserve que les résultats obtenus sur les modèles animaux se confirment et que les autorités sanitaires donnent leur accord.