La Conférence internationale des barreaux (CIB), qui rassemble les ordres des avocats de 42 pays, a interpellé les autorités maliennes de transition pour exiger qu’elles « fassent toute la lumière » sur l’enlèvement de Maître Mountaga Tall, survenu il y a un mois à Bamako. L’avocat, aujourd’hui détenu dans une prison secrète relevant de la Sécurité d’État, doit bénéficier du respect de ses droits fondamentaux, a souligné l’organisation internationale, selon RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • La Conférence internationale des barreaux (CIB), regroupant 42 pays, exige des autorités maliennes de transition qu’elles clarifient l’enlèvement de Maître Mountaga Tall.
  • L’avocat a été enlevé il y a un mois à Bamako et serait détenu dans une prison secrète de la Sécurité d’État.
  • La CIB demande le respect du droit et la libération immédiate de l’avocat, selon RFI.

Un avocat enlevé et détenu dans des conditions non élucidées

Maître Mountaga Tall, figure du barreau malien, a été enlevé le 29 avril 2026 à Bamako, alors qu’il quittait son domicile. Un mois après les faits, aucune explication officielle n’a été apportée sur les circonstances de son enlèvement ni sur les raisons de sa détention. Selon les informations rapportées par RFI, l’avocat serait retenu dans un centre clandestin géré par la Sécurité d’État, une institution souvent pointée du doigt pour ses pratiques opaques en matière de détention.

Les proches de l’avocat ont confirmé à plusieurs médias internationaux que ses conditions de détention restent inconnues. Aucune visite de la famille ou des représentants légaux n’a été autorisée à ce jour. La CIB, qui regroupe des avocats de tous les continents, a dénoncé cette situation comme une violation flagrante des droits de la défense et des normes internationales.

La Conférence internationale des barreaux monte au créneau

Dans un communiqué diffusé ce 29 mai 2026, la CIB a rappelé que le droit à un procès équitable et à la protection contre les détentions arbitraires est un principe sacré pour les avocats du monde entier. « Nous exigeons que les autorités maliennes de transition fassent toute la lumière sur cette affaire et libèrent immédiatement Maître Mountaga Tall », a déclaré le président de la CIB, John D. Thompson, cité par RFI. L’organisation a également rappelé que la détention d’un avocat sans charge formelle ni accès à un avocat constitue une violation des standards de l’ONU et de l’Union africaine.

La CIB, qui milite pour la protection des droits des avocats, a menacé de saisir les instances internationales compétentes si aucune réponse satisfaisante n’est apportée dans les 48 heures. Une délégation sera envoyée à Bamako dans les prochains jours pour évaluer la situation sur place, a précisé Thompson.

Un contexte sécuritaire et politique tendu au Mali

L’enlèvement de Maître Mountaga Tall survient dans un contexte où le Mali, dirigé par une junte militaire depuis août 2020, fait face à des tensions internes croissantes. Les autorités de transition, dirigées par le colonel Assimi Goïta, ont renforcé les pouvoirs des services de sécurité pour lutter contre les groupes jihadistes et les milices armées. Cependant, ces mesures ont été critiquées par plusieurs organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des restrictions accrues des libertés et des détentions arbitraires.

La Sécurité d’État, en particulier, est régulièrement accusée de commettre des abus contre les opposants politiques et les défenseurs des droits humains. Plusieurs rapports d’ONG, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont pointé du doigt son rôle dans des cas de disparitions forcées et de tortures. L’affaire Mountaga Tall s’inscrit donc dans une dynamique plus large de répression des voix critiques au Mali.

Et maintenant ?

Une réunion d’urgence est prévue ce 30 mai 2026 au siège de la CIB à Paris pour statuer sur les prochaines étapes. Une délégation pourrait se rendre à Bamako dans les 72 heures afin de rencontrer les autorités locales et exiger des clarifications. Par ailleurs, la CIB a laissé entendre qu’elle pourrait saisir la Cour pénale internationale (CPI) si la situation ne s’améliore pas, bien que le Mali n’ait pas ratifié le Statut de Rome. Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des autorités maliennes, qui n’ont pas répondu aux demandes répétées de commentaires.

La question reste entière : les autorités maliennes de transition accéderont-elles aux revendications de la CIB, ou l’affaire Mountaga Tall restera-t-elle un cas non résolu dans un pays où l’État de droit semble de plus en plus menacé ?