La junte militaire au pouvoir à Bamako a officiellement accusé, ce week-end, Paris de soutenir le Front de libération de l’Azawad (FLA), après le lancement d’une offensive armée par ce mouvement indépendantiste dans le nord du Mali fin avril. Des déclarations qui s’appuient sur les relations historiques entretenues entre la France et les groupes touaregs de l’Azawad, même si ces liens se sont fortement distendus depuis plusieurs années, comme le rapporte Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • La junte malienne accuse la France de soutenir le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement indépendantiste touareg
  • Une offensive armée a été lancée par le FLA dans le nord du Mali fin avril 2026
  • Les relations entre Paris et les indépendantistes touaregs se sont fortement distendues ces dernières années
  • Les autorités françaises n’ont pas encore réagi officiellement à ces accusations
  • Le FLA milite pour l’indépendance de l’Azawad, une région majoritairement peuplée de Touaregs

Des accusations qui s’appuient sur des relations passées

La junte malienne, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2020 puis consolidée en 2023, a choisi de mettre en avant les liens historiques entre la France et les indépendantistes touaregs pour étayer ses accusations. « Ces groupes ont bénéficié, dans le passé, d’un soutien logistique et politique de Paris, notamment lors de la crise de 2012 », a rappelé un porte-parole du gouvernement malien sous couvert d’anonymat. À l’époque, la France était intervenue militairement au Mali dans le cadre de l’opération Serval, puis Barkhane, pour lutter contre les groupes jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays.

Si ces soutiens directs ne sont plus d’actualité depuis plusieurs années, les autorités maliennes semblent déterminées à exploiter ce passé pour discréditer les positions françaises actuelles. « La France a toujours entretenu des canaux de dialogue avec ces mouvements, même après leur passage dans l’illégalité », a précisé le même porte-parole. Une réalité que Bamako utilise aujourd’hui pour alimenter une rhétorique anti-française de plus en plus marquée.

Une offensive indépendantiste qui relance les tensions régionales

L’offensive lancée par le FLA fin avril s’inscrit dans un contexte de regain des tensions dans le nord du Mali, une zone où les groupes armés se disputent le contrôle des ressources et des territoires. Selon des sources militaires locales, les combats ont principalement opposé le FLA aux forces de la junte malienne et aux milices progouvernementales dans les régions de Kidal, Gao et Tombouctou. « Les affrontements ont fait plusieurs dizaines de victimes, principalement des combattants, mais aussi des civils pris dans les échanges de tirs », a indiqué un responsable humanitaire sous anonymat.

Cette escalade survient alors que Bamako a multiplié les appels au dialogue avec les groupes armés non jihadistes, sans succès jusqu’à présent. « Le gouvernement a proposé à plusieurs reprises des négociations, mais le FLA exige l’autodétermination immédiate de l’Azawad », a expliqué un analyste basé à Bamako. Une position inacceptable pour la junte, qui refuse toute remise en cause de l’intégrité territoriale du Mali.

Paris dans l’œil du cyclone, entre héritage et désengagement

Côté français, les autorités n’ont pas réagi officiellement aux accusations de Bamako, préférant laisser le ministère des Affaires étrangères étudier la situation. « Aucune preuve tangible ne permet à ce stade d’étayer ces allégations », a tempéré une source diplomatique à Paris. Depuis 2022, la France a en effet réduit sa présence militaire au Mali, transférant une partie de ses responsabilités à la force conjointe Takuba et aux armées locales.

Pourtant, le passé colonial et les interventions militaires françaises dans la région laissent des traces. « Certains groupes touaregs gardent une rancœur envers Paris, qu’ils accusent d’avoir abandonné le Mali après l’avoir instrumentalisé », souligne un spécialiste des questions sahéliennes. Une perception qui pourrait expliquer, en partie, la défiance actuelle entre les deux capitales.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives : la junte malienne devrait présenter, d’ici la fin du mois de juin, un plan de sortie de crise incluant des négociations avec les groupes armés « modérés ». De son côté, le FLA a déjà prévenu qu’il ne baisserait pas les armes sans garantie d’indépendance. Quant à la France, elle devra clarifier sa position pour éviter d’être prise en étau entre Bamako et les indépendantistes, sous peine de voir ses relations avec le Mali se dégrader davantage.

Les observateurs s’attendent à une montée des tensions, d’autant que les élections prévues en 2027 pourraient radicaliser encore davantage les positions des différents acteurs. Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à désamorcer cette crise avant qu’elle ne s’étende au-delà des frontières maliennes.

Le FLA est un mouvement armé indépendantiste touareg, apparu dans les années 2010, qui milite pour la création d’un État autonome dans l’Azawad, une région du nord du Mali. Il s’est notamment illustré lors de la crise de 2012, avant d’être marginalisé par la montée des groupes jihadistes comme Ansar Dine ou AQMI.

Bamako s’appuie sur l’histoire des relations entre Paris et les groupes touaregs, notamment lors de l’intervention française de 2013 (opération Serval). La junte cherche ainsi à délégitimer les positions françaises actuelles et à justifier son rapprochement avec d’autres partenaires, comme la Russie ou l’Iran.